Dans un mini-documentaire, onze journalistes témoignent auprès de Reporters sans frontières. Ils ont travaillé pour l'industriel ou ont enquêté sur ses méthodes. "Le Système B" analyse l'organisation mise en place par l'industriel Vincent Bolloré "pour mettre au pas l'information".

Le documentaire de RSF de 16 minutes est diffusé à partir de ce jeudi.
Le documentaire de RSF de 16 minutes est diffusé à partir de ce jeudi. © Reporters sans frontières

C'est un mini-documentaire de Reporters sans frontières. L'organisation publie ce jeudi matin un mini-film de 16 minutes sur Vincent Bolloré et ses pratiques dans les médias. Grace à une série de témoignage, "Le Système B" décrypte sans concession les méthodes utilisées par l’homme d’affaires quand il s’empare d’un média ou quand des journalistes tentent d’enquêter sur lui. 

CNews, une chaîne "avec peu d'informations"

Le documentaire revient d’abord sur la prise de contrôle d’I-Télé en 2015 par Vincent Bolloré, renommé CNews. Une partie de la rédaction a fini par démissionner après un mois de grève. Un scénario qui s’est répété lors de la reprise d’Europe 1.

Parmi les témoignages, celui de Pascale Clark. La journaliste, passée par Canal + et Europe 1, égratigne la chaîne d’information en continu. "Il y a très peu d’informations en réalité, ce sont vraiment des gens qui expriment une opinion extrêmement tranchée, pas dans la nuance et ils sont souvent peu informés", analyse Pascale Clark. 

Valentine Desjeunes, l’ancienne secrétaire général de la rédaction d’I-télé ajoute : "Ils ont fait une chaîne qui ne coûte pas cher et qui fait de l’audience, pour un patron d’industrie je pense que c’est parfait, par contre pour l’indépendance éditoriale, la notion que l’on se fait du journalisme, pas forcément on va dire." 

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Les journalistes, "des petits soldats"

Pour Jean-Pierre Canet, le co-auteur du livre "Vincent tout puissant", l’industriel peut retirer de l'antenne tout ce qu'il ne lui plaît pas. "C'est une version totalitaire du journalisme". Le documentaire rappelle qu’au moment du rachat de Canal+ par Vincent Bolloré, un documentaire sur le Crédit Mutuel avait été déprogrammé. La banque est un partenaire financier du groupe Bolloré. Le reportage aurait dû être diffusé dans l’émission Spécial Investigation, supprimée depuis.

Vincent Bolloré "est quelqu’un qui gère par la terreur" estime Jean-Baptiste Rivoire, l’ancien rédacteur en chef adjoint du magazine. "L’information est stratégique pour lui. Il veut en faire ce qu’il veut et donc les journalistes sont des petits soldats."

Des procès pour tenter de museler

La méthode Bolloré, c’est aussi l’intimidation selon Reporters sans frontières. Il attaque une première fois en justice une enquête journalistique en 2009. Les procédures coûtent cher aux médias. "C’est de l’acharnement", raconte la journaliste Agnès Rousseau. "On est vraiment dans des poursuites abusives, des poursuites bâillons, qui visent à ce que les médias se censurent ou s’autocensurent sur ces sujets qui sont sensibles pour le groupe Bolloré." RSF considère que cela représente même "une menace pour la démocratie".

Le journaliste de France Télévisions Tristan Waleckx rappelle que Vincent Bolloré perd ses procès contre des journalistes et des médias "quasiment à chaque fois". "Même quand il perd, il gagne. Au final, il a réussi à vous faire perdre du temps, à vous faire perdre de l’argent et surtout il peut dissuader d’autres personnes à enquêter sur lui".

"C’est dangereux pour la démocratie"

Le secrétaire général de Reporters Sans Frontières Christophe Deloire considère ce film comme un cri d’alarme : "La conception de Vincent Bolloré, c’est d’un journalisme servile, voire d’un journalisme réduit à pas grand-chose. C’est ce qu’il a fait dans ces médias." 

Il poursuit : "C’est quelqu’un qui a largement éradiqué le journalisme d’investigation. C’est dangereux pour la démocratie. Il faut trouver les moyens d’éviter que le système médiatique devienne un système où des médias sont des jouets pour l’influence de ses propriétaires." Vincent Bolloré n’a pas répondu aux sollicitations de RSF, ses avocats non plus. En tous cas jusqu’à présent.