Alors que le gouvernement discute ce jeudi son "plan Marshall" pour le tourisme en France, lors d'un comité interministériel, les professionels du secteur s'alarment. A Saint-Raphaël, dans le Var, désertée en ce mois de mai, le début de saison se fait attendre. Et l'été s'annonce difficile. Reportage.

Le port de Saint-Raphaël : la ville déserte, le tourisme à l'arrêt.
Le port de Saint-Raphaël : la ville déserte, le tourisme à l'arrêt. © Radio France / Rémi Brancato

Il craint une deuxième vague de faillites, à l'automne, après une saison qui s'annonce morne, et une troisième l'an prochain, quand il faudra débuter le remboursement des prêts garantis par l'État. Alors pour ne pas alourdir la trésorerie des professionnels du tourisme, il demande, comme d'autres, que ces prêts soient amortissables sur 10 ans et que l'État demande aux assurances de couvrir les pertes d'exploitation. Alors qu'un comité interministériel sur la relance du tourisme se tient ce jeudi, à Saint-Raphaël (Var), Daniel Moussouyan a rouvert début mai les portes de son commerce pour vendre des glaces à emporter. Mais sa situation, incertaine, traduit bien l'état de l'économie touristique de cette station balnéaire varoise. Trois de ses six salariés sont encore en chômage partiel et, pour l'instant, aucune prévision d'embauche des dix saisonniers supplémentaires.

Des catamarans bloqués à quai

Face à lui, sur le pont de l'un de ses trois maxi-catamarans, Claude Coste fait des prévisions bien sombres. Son entreprise, qui emploie trois personnes à l'année et jusqu'à 12 saisonniers, loue les voiliers pour des événements privatifs et propose des sorties en mer pour les touristes.

"Les gens louent un bateau, se mettent dans le port de Monaco et regardent le grand prix par exemple" détaille Claude Coste. Pour ce type d'événements, "c'est mort" dit simplement le gérant, qui s'attend à perdre 70 % de son chiffre d'affaires, et peut-être même à vivre une saison blanche, en fonction des mesures sanitaires qui seront imposées pour les sorties touristiques en mer.

Il s'attend ainsi à ce qu'on limite à 25% le nombre de touristes autorisés à bord : "Il se peut que l'on ne sorte pas du tout", car la jauge ne couvrirait même pas les charges. 

Saint-Raphaël : Claude Coste et son fils louent et privatisent leurs catamarans, qui restent à quai pour l'instant.
Saint-Raphaël : Claude Coste et son fils louent et privatisent leurs catamarans, qui restent à quai pour l'instant. © Radio France / Rémi Brancato

Claude Coste, qui comme quasiment tous les professionnels du secteur a demandé un prêt garanti par l'État (PGE) a emprunté 300 000 euros pour traverser cette période, soit 25% de son chiffre d'affaire annuel. La mairie ne lui fera pas payer la location au port et tous ses crédits ont vu leur remboursement reporté de six mois. Il craint tout de même de devoir procéder à des licenciements.

Un hôtel vide, des réservations en chute libre

Sur la plage, un peu plus loin, les couloirs de l'hôtel Continental, quatre étoiles, sonnent creux depuis mi mars. "Au mois de juillet, j'ai honte, on est à 4 % de taux d'occupation alors qu'habituellement à cette période on a 40 % de réservations", détaille Jean Grolleau, le patron. Comme beaucoup d'autres, il n'a pas embauché les 12 saisonniers prévus, et craint pour cet été une baisse d'au moins 30 % du chiffre d'affaire. Et depuis le déconfinement, les appels affluent "plutôt pour des annulations", des clients "qui ne veulent pas prendre de risque et préfèrent rester dans leur cocon". 

Dans son hôtel, Le Continental, vide, Jean Grolleau compte les réservations
Dans son hôtel, Le Continental, vide, Jean Grolleau compte les réservations © Radio France / Rémi Brancato

Pour Aurore Laroche, la perte se chiffre déjà à 1 million et demi d'euros. La dynamique directrice de l'Esterel caravaning, immense camping 5 étoiles de 495 emplacements dans le massif du même nom, ronge son frein alors que les premiers clients auraient du arriver le 1er avril. 16 000 séjournent ici chaque année.

"Normalement tous les week-ends en ce moment je suis complète" explique celle qui dit avoir un "tempérament de battante" et qui a écrit à Emmanuel Macron, pour défendre l'hotellerie de plein air, plus adaptée à l'application des mesures sanitaires de distanciation sociale. "Dans cet établissement de 19 hectares en pleine nature, avant de croiser autre chose qu'un sanglier cela va être compliqué" sourit-elle. 

Des aménagements pour lutter contre l'épidémie au camping

Faute de réponse, elle a mobilisé son équipe pour anticiper les mesures sanitaires pour lutter contre le Covid-19. "En six semaines, on s'est bougé". La crèche restera fermé cet été, les clubs pour enfants ont doublé de surface, les terrasses du restaurant ont perdu deux tables sur trois et du plexiglass est installé à la caisse du supermarché. A l'accueil, Gaelle, prépare "des pochettes avec un kit Covid : quatre masques, quatre paires de gants et du gel hydroalcoolique" destinées aux clients.

Aurore Laroche gère l'Esterel Caravaning, camping qui attend de pouvoir ouvrir
Aurore Laroche gère l'Esterel Caravaning, camping qui attend de pouvoir ouvrir © Radio France / Rémi Brancato

"Il faut nous donner une date" - Aurore Laroche, directrice de l'Esterel Caravaning

Aurore Laroche aussi a contracté un PGE de 800 000 euros avec sa banque. L'entreprise, familiale et lancée il y a 45 ans par ses parents, a "les reins solides". Mais l'incertitude pèse. "Il faut que le gouvernement nous donne une date, c'est la seule chose que l'on attend" implore-t-elle.

Déjà des faillites parmi les professionnels du tourisme

Mais d'autres ont déjà jeté l'éponge. "Il y a déjà des entreprises qui ont décidé de ne pas rouvrir" témoigne Jean Grolleau, également président de l’association des commerçants de Saint-Raphaël. Souvent, explique-t-il, ce sont celles qui n'ont pas obtenu de prêt, comme des enseignes de vêtements ou de souvenirs. 

Il craint une deuxième vague de faillites, à l'automne, après une saison qui s'annonce morne, et une troisième l'an prochain, quand il faudra débuter le remboursement de ces PGE. Alors pour ne pas alourdir la trésorerie des professionnels du tourisme, il demande, comme d'autres, que ces prêts soient amortissables sur 10 ans et que l'Etat demande aux assurances de couvrir les pertes d'exploitation.  

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