Le salaire de Carlos Ghosn à Renault est un des plus contestés par les actionnaires.
Le salaire de Carlos Ghosn à Renault est un des plus contestés par les actionnaires. © MaxPPP / Vincent Isore

La saison des assemblées générales des entreprises du CAC 40 touche à sa fin. A l’heure du bilan, on retiendra surtout le ras-le-bol de plus en plus grand des petits actionnaires sur les salaires mirobolants des patrons.

Parmi les rémunérations les plus contestées cette année, celle de Franck Riboud : six millions d’euros pour sa dernière année aux manettes de Danone. Celle aussi, de Carlos Ghosn : 15 millions d’euros cumulés avec Renault et Nissan. Pour le savoir, il suffit de regarder le vote des assemblées générales qui disposent, depuis l’an dernier, d’un nouvel instrument de contrôle : le "say on pay", une consultation des actionnaires en fait, sur la rémunération des patrons.

88 % d’avis défavorables chez les actionnaires d’LVMH

Les actionnaires peuvent donc désormais exprimer un avis. Le vote est consultatif, mais souvent probant. Et encore, la défiance est en réalité plus forte que les scores officiels affichés, si l’on ne prend en compte que le vote des actionnaires minoritaires , ceux qui n’ont pas le pouvoir, qui ne dirigent pas vraiment les entreprises. L’Hebdo des AG a pris le temps de refaire les calculs en écartant systématiquement le vote des actionnaires majoritaires qui ne vont évidemment pas s’opposer à leur rémunération, et ainsi chez LVMH par exemple, l’avis sur le salaire de Bernard Arnault passe de 80% d’adhésion tous actionnaires confondus, à 88% de désapprobation chez les petits actionnaires .

"Bien sûr qu’on est pas d’accord"

Chez Véolia, Vinci, Danone et Sanofi aussi l’écart est important. Toutes ces entreprises ont des avis défavorables à plus de 52% chez les actionnaires minoritaires. La rémunération des patrons n’aurait donc pas été adoptée en AG si la voix des plus petits était privilégiée , comme celle de Marcel qui détient quelques parts, lui, à la BNP. "Bien sûr qu’on est pas d’accord avec ces salaires ! Nouson travaille toute une vie pour s’offrir quelques actions, alors que nos dirigeants sont largement payés , même surpayés."

La défiance des petits actionnaires a doublé en un an

Chez Renault, certains actionnaires ont même poussé quelques huées contre le détail des rémunérations en pleine assemblée générale. Des sifflets malgré leur fatalisme. "Carlos Ghosn est un rouage du système, il fait ce que les actionnaires majoritaires lui demandent de faire, reconnaît le propriétaire de quelques actions chez le constructeur automobile. Ca me choque et en même temps il fait du bon travail." "La question n’est pas de savoir s’il gagne trop, mais s’il mérite ce qu’il gagne" , explique un autre actionnaire. "Les footballeurs gagnent ces sommes là par mois. Lui il les gagne en un an alors il faut aussi relativiser." N’empêche, cette année, à regarder les pourcentages d’avis défavorables, la contestation des rémunérations des grands patrons a doublé en moyenne.

►►► POUR EN SAVOIR PLUS : Le Téléphone sonne sur les rémunérations des patrons du CAC 40 ce jeudi 14 mai, à 19h. 04 45 24 7000 et #telsonne

Laurent Kramer a épluché les calculs de l'équipe de l'Hebdo des AG pour France Inter >

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Le reportage de Laurent Kramer sur la rémunération des grands patrons

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