Dans "Bienvenue dans le nouveau monde ou Comment j'ai survécu à la coolitude des starts-up", Mathilde Ramadier raconte les coulisses d'une économie numérique aux pieds d'argile.

Jeune travailleuse dans une start up
Jeune travailleuse dans une start up © Domaine Public

Voici quelques chiffres qui ne figurent pas dans ce livre, et c'est dommage :

En France on estime qu'il y a eu 10 000 start up créées ces 5 dernières années. Elles ne proposent quasiment que des CDI et échouent dans 90% des cas.

Mathilde Ramadier, jeune française, parlant parfaitement l'allemand, s'est donc frottée à ce monde incertain à Berlin.

Elle relate son expérience pour un site internet qu'elle appelle The Base, mais aussi d'autres essais de plus courtes durées dans ce monde de petites entreprises ultra connectées.

Je suis country manager France. Loin de m’occuper du développement commercial de la startup pour la France, comme le titre pourrait le laisser croire, je suis chargée de collecter des informations dans certains secteurs culturels en France afin d’établir une gigantesque base de données – la plus importante au monde en la matière, cela va de soi. (Extrait Bienvenue dans le nouveau monde )

L'absence de hiérarchie est un leurre

Imaginez votre grand "dadet" de 22 ans qui n'arrive pas à se faire obéir de sa sœurette de 10 ans mais qui se retrouve à la tête d'une équipe de 10 jeunes plus diplômés que lui, qu'il n'aura peut-être pas les moyens de rémunérer. Il se peut que cela créer quelques dégâts managériaux, si l'on y ajoute son impréparation totale à appliquer le droit du travail, son improvisation permanente en matière d'organisation du travail, et de contrôle des performances de son équipe.

Lorsqu’on ne répond pas du tac au tac à une demande sur Skype, on nous ordonne d’aller plus vite, d’être encore plus « multitâche ». Dans la majorité des cas, une vraie discussion en face à face ferait pourtant gagner beaucoup de temps à tout le monde. Être interrompu en permanence dans son travail par des messages qui surgissent de nulle part nuit à la concentration et est extrêmement fatigant pour le cerveau. Enfin, quand il nous en reste un. (Extrait Bienvenue dans le nouveau monde )

Ils ne sont pas là pour travailler ?

Ce sont les conditions parfaites pour réduire les jeunes salariés de ces startups à l'état d'esclaves. Corvéables à merci, contraints de dédier leur vie à ces entreprises, car ils ne sont pas là pour travailler, mais leur dit-on pour "faire la révolution" ou "changer le monde".

Country manager en 4/5e, je touchais 960 euros bruts par mois, non négociables les six premiers mois (Extrait Bienvenue dans le nouveau monde )

Un sexisme larvé

Ce milieu des start-ups n'est pas exempt de machisme ou de sexisme larvé. Seules 9% des start-ups sont dirigées par des femmes. Les femmes y sont en général DRH, appliquant des directives de manières inhumaines.

Les différents comportements décrits ici – celui du CEO de Vesta qui met sa vie en scène sur Instagram en temps réel, de la DRH qui gère ses tâches à travers un logiciel et reçoit plus de candidatures qu’elle ne peut en traiter, de la quality manager qui invente une douzaine d’étapes cryptées au lieu de donner une simple consigne en quelques mots – relèvent tous de cette angoisse, devenue existentielle puisqu’elle recouvre tous les aspects d’une existence qu’elle condamne. (Extrait Bienvenue dans le nouveau monde ) .... Un ennui profond s’était installé, puis un sentiment de médiocrité partagé, d’où découlait certains jours une vraie tristesse. (Extrait Bienvenue dans le nouveau monde )

La question qui reste en suspens est celle de la protection des salariés au quotidien, d'une réglementation adaptée aux conditions de vie des ces petites unités économiques, si fragiles. Les CEO, pour ne pas dire patrons d'un nouveau genre, ne sont-ils pas tout simplement des stagiaires qui n'ont pas trouvé leur place dans les entreprises plus traditionnelles et installées dans le système économique ?

Bienvenue dans le nouveau monde, Comment j'ai survécu à la coolitude des start-up, Mathilde Ramadier, Editions Premier Parallèle

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