À la veille du 50ème Forum économique mondial de Davos (Suisse), Oxfam publie son rapport annuel sur les inégalités mondiales. Sans grande surprise, le décalage entre les plus pauvres et les plus riches s'amplifie.

Le logo d'Oxfam à Londres en février 2018
Le logo d'Oxfam à Londres en février 2018 © AFP / Justin TALLIS

Les inégalités ne cessent de se creuser : c'est le constat d'Oxfam à la veille du 50e Forum économique mondial, à Davos en Suisse. L'ONG met à jour les dernières données sur les inégalités dans le monde et chaque année, les richesses se concentrent un peu plus. C'est encore le cas en 2019 : les 1% les plus riches de la planète possèdent désormais plus du double du reste de l'humanité, soit 92% de la population mondiale. "Une minorité d'hommes blancs se taille la part du lion" résume l'ONG, et le rythme de réduction de la pauvreté est deux fois inférieur à celui de 2013. Des disparités de revenus en constante augmentation, alors que les gouvernements les favorisent.

Pour Pauline Leclère, porte-parole d'Oxfam France, "les inégalités sont au cœur de fractures et de conflits sociaux partout dans le monde. Elles ne sont pas une fatalité, elles sont le résultat de politiques sociales et fiscales qui réduisent la participation des plus riches - entreprises et particuliers - à l'effort de solidarité par l'impôt et fragilisent le financement des services publics. Transports, éducation, santé, système de retraites sont sacrifiés."

En France, les inégalités et la pauvreté repartent à la hausse

La France ne fait pas exception à cette tendance générale avec 41 milliardaires, quatre fois plus qu'après la crise financière de 2008. Qui sont-ils ? Plus de la moitié ont hérité de leur fortune et seulement cinq sont des femmes. Quant à leur richesse cumulée, 329,9 milliards de dollars, c'est cinq fois plus qu'après 2008. La France "maintient un statu quo mortifère alors qu'elle est traversée par la révolte des gilets jaunes et par la plus longue grève générale de la Ve République", selon elle.

Symbole de la prospérité des milliardaires français, Bernard Arnault, le patron du groupe de luxe LVMH est devenu l'homme le plus riche du monde le 16 décembre 2019, en l'espace de quelques heures, devançant Jeff Bezos, patron d'Amazon, et évinçant Bill Gates. Avec une fortune de 76 milliards de dollars, il est revenu en 4e position dans le dernier classement du magazine Forbes, publié le 27 décembre 2019.

Réforme des retraites : miroir grossissant des inégalités

À l'inverse, les inégalités repartent à la hausse, en 2019, on compte 400 000 pauvres de plus dans l'Hexagone selon l'INSEE. "Malgré les attentes de justice fiscale, les plus pauvres restent les grands perdants des mesures budgétaires depuis le début du quinquennat : ce sont les seuls à ne pas avoir vu, depuis trois ans, leur pouvoir d'achat augmenter significativement", déplore Oxfam. Intitulé "Celles qui comptent", le rapport rappelle que les premières victimes des inégalités sont les femmes : "22 hommes les plus fortunés possèdent plus de richesses que l'ensemble de la population féminine d'Afrique." 

Des inégalités que la réforme des retraites française, qui sera présentée le 24 janvier en conseil des ministres, risque encore d'accentuer. Oxfam alerte : en allongeant la durée de travail pour toucher une retraite à taux plein ou en imposant une décote pour carrière incomplète, le gouvernement prend le risque de renforcer les inégalités. Selon l'INSEE, les femmes perçoivent en moyenne une pension de droit direct (hors pension de reversion) inférieure de 42% à celle des hommes en 2017. La prise en compte de l'ensemble de la carrière, au lieu des 25 meilleures années, va pénaliser les carrières hachées, des petits boulots ou des périodes de chômage de longue durée. En particulier pour les femmes nées en 1956, une femme sur deux a eu plus de 20% d'années incomplètes au moment de liquider sa pension, contre 6% pour les hommes.

Parmi les propositions de l'ONG : s'assurer que le système de retraites corrige les inégalités, en supprimant les systèmes de décote pour les carrières incomplètes. En revenant à un calcul de la pension basé sur les meilleures années, pour prendre en compte la réalité de l'emploi des femmes, notamment les carrières hachées ; et en renforçant la cotisation de solidarité prélevée sur les hauts revenus afin de tenir compte de leur espérance de vie plus longue.

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