Les stations de ski vont-elles rouvrir en février ? La décision sera annoncée d'ici jeudi. Beaucoup de professionnels n’y croient plus. Les domaines sont fermés depuis presque un an. Mais certains veulent voir dans cette crise une opportunité : la montagne ne peut plus dépendre seulement des remontées et du ski alpin.

Les remontées mécaniques ne devraient pas rouvrir début février mais certains professionnels veulent croire que cette crise est une chance pour proposer une autre vision du tourisme de montagne.
Les remontées mécaniques ne devraient pas rouvrir début février mais certains professionnels veulent croire que cette crise est une chance pour proposer une autre vision du tourisme de montagne. © Radio France / Jérôme Val

On a eu des "fréquentations hallucinantes" depuis Noël, se réjouit Guillaume Maurel, directeur du site nordique des Glières, près d’Annecy. Il représente aussi les 23 autres domaines nordiques de Haute-Savoie où l’on pratique le ski de fond. "Pendant les dernières vacances de Noël, on a eu un phénomène de report avec la fermeture des remontées", constate-t-il. "Je prends l’exemple probant du Grand-Bornand où le chiffre d’affaire a progressé de 250 % par rapport au Noël de l’an dernier." Et il y a un signe qui ne trompe pas à ses yeux : "On est sous-dimensionné dans les tailles de parkings et c’est là qu’on voit qu’on est sur-fréquenté : tous nos parkings sont saturés."

Le ski de fond devient une "alternative crédible"

Le ski de fond, longtemps dans l’ombre de son imposant grand frère du ski alpin veut jouer sa carte dans cette crise. Sa pratique est en hausse depuis cinq ans (avant la crise sanitaire, on comptait 700 000 adeptes de ski de fond) mais cet hiver si particulier a accéléré cette dynamique : pas besoin de remontées mécaniques pour pratiquer. Comme la randonnée à ski ou les balades à raquettes, le ski de fond séduit aussi avec son image très nature au grand air. Ce loisir devient à la faveur de la paralysie des stations une "alternative crédible" pour Guillaume Maurel. "Le regard sur ce sport est en train de changer", explique le responsable. "Là où on était un peu une sous-catégorie il y a quelques années, on monte en puissance et on sent qu’on devient de plus en plus un enjeu de développement pour nos territoires de montagnes.

Malgré l'arrêt des remontées mécaniques, comme ici à la Plagne, "il faut faire évoluer nos pratiques", estiment certains professionnels de la montagne
Malgré l'arrêt des remontées mécaniques, comme ici à la Plagne, "il faut faire évoluer nos pratiques", estiment certains professionnels de la montagne © Radio France / Jérôme Val

La montagne à l’arrêt : voilà qui interroge aussi Bertrand de Monvallier. Il a fondé il y a plus de 25 ans l’école de ski Oxygène : 300 moniteurs dans une dizaine de stations. Cette saison, son chiffre d’affaire a fondu de 97 % en moyenne. "Nous allons finir à genoux", regrette le dirigeant. Mais assure-t-il, "ça ne sert à rien de ressasser et de se lamenter". Il persiste à croire que cette crise est une chance.  

"Si on ne fait pas évoluer notre modèle, on ira dans le mur"

"Il faut mettre cette période à profit pour repenser notre modèle", veut croire Bertrand de Monvallier. "Si on ne le fait pas évoluer, on ira dans le mur." Si ce n’est pas le coronavirus qui paralyse les stations, ce sera peut-être autre chose, comme le réchauffement climatique, qui le fera dans quelques années. "On ne peut pas accepter que nos activités soient dépendantes de seulement trois à quatre mois de saison d’hiver", poursuit-il. "Il va falloir aller vers le développement d’activités hors ski et ce sur quatre saisons : on peut pratiquer toute l’année des activités sportives. L’été par exemple en eaux vives ou avec le VTT à assistance électrique en plein essor. Ces pistes peuvent participer au renouveau de nos montagnes."

Le ski de fond, mais aussi la randonnée, les balades à raquette : même sans télésiège, la montagne veut croire en son avenir. "C’est un défi essentiel et stratégique", résume Bertrand Monvallier.