Les ventes de vin ont fortement baissé avec le confinement et la fermeture des restaurants : 2 millions d'hectolitres seront bientôt distillés, avec une subvention européenne pour aider la filière. À Montlouis-sur-Loire, des vignerons refusent cette solution "de court terme", selon eux, et misent sur la qualité.

Dans une parcelle de vigne de Bertrand et Lise Jousset, vignerons, à Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire
Dans une parcelle de vigne de Bertrand et Lise Jousset, vignerons, à Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire © Radio France / Rémi Brancato

"Je suis en train de relever, c’est-à-dire qu’on repasse tous les brins dans le palissage, pour éviter qu’ils tombent au sol." En ce début juin, Arnaud travaille à la main, avec ses deux collègues, dans cette parcelle de chenin, un cépage de blanc, du domaine de Bertrand et Lise Jousset, comme pendant tout le confinement. À Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire, comme ailleurs, dans les exploitations viticoles, le travail ne s'est pas arrêté avec l'épidémie de coronavirus.

"On ne s’est pas arrêté de travailler pendant le confinement et c’est en ce moment que le millésime se joue, on a beaucoup d’opérations sur les vignes", confie Bertrand Jousset. Pour autant, les difficultés se font sentir. "De mi-mars à mi-mai, pratiquement, on n’a rien vendu et notre problème sera en décalé, car on est payé à 60 jours", explique le vigneron.

La trésorerie en difficulté pour assurer les vendanges

Fin août, il faudra embaucher 20 saisonniers, comme chaque année, en plus des cinq salaires annuels versés, y compris pendant le confinement. Un "gros poste de dépenses" pour Bertrand. Alors son épouse, Lise, prépare en ce moment le dossier pour contracter un prêt garanti par l'État cet été. 

Bertrand Jousset, vigneron, dans une de ses parcelles de vigne, à Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire, au micro de France Inter
Bertrand Jousset, vigneron, dans une de ses parcelles de vigne, à Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire, au micro de France Inter © Radio France / Rémi Brancato

L'année sera difficile, mais le couple espère que les ventes vont s'étaler d'ici la fin de l'année et se rattraper l'an prochain. En attendant, pas question pour eux de distiller, de transformer leur vin invendu en alcool pour l'industrie, comme le permet depuis peu la mesure de distillation de 2 millions d'hectolitres de vin, subventionnés par des fonds européens pour aider la filière viticole face aux invendus.

Des vignerons opposés à la distillation

"Il vaut mieux trouver une solution pour stocker momentanément si on a un manque de place, mais pas jeter", s'offusque Lise. "Je pense que c’est une hérésie de donner des subventions à des entreprises viticoles pour distiller, il vaudrait mieux les aider à produire autrement", défend la vigneronne, qui produit du vin naturel et met en avant un modèle de production qualitatif.

Pour elle, les entreprises qui auront recours à la distillation, "font, pour beaucoup, de la viticulture de masse : on parle de vins qui sont vendus dans n’importe quel supermarché à 3,5 euros, de modes de production qui, à mon sens, sont obsolètes."

Un pied de vigne, à Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire
Un pied de vigne, à Montlouis-sur-Loire, en Indre-et-Loire © Radio France / Rémi Brancato

À Montlouis-sur-Loire, la plupart des vignerons ne devraient pas être concernés par la distillation, qui prévoit d'indemniser l'hectolitre de vin à 78 euros pour un vin sous appellation et 58 euros pour un vin sans indication géographique. Ici, les vignerons sont plutôt en sous-production et même si tous ont souffert de l'arrêt des ventes en restauration et de leur chute à l'export, pour la plupart les stocks ne sont pas énormes.

Le coronavirus, "révélateur", de la surproduction ?

Dans le village, François Chidaine, vigneron, lui aussi en bio comme la moitié des vignes de Montlouis, n'aura pas recours à la distillation. Même s'il reconnaît que "l'État a fait son travail" en venant en aide aux entreprises viticoles en difficulté, pour lui, "cela ne règle pas le problème de fond : on sait qu’il y a des stocks assez importants dans certaines appellations, de deux à trois ans, et le corona n’est qu’un révélateur de ce problème de marché."

Également vice président de l'appellation d'origine contrôlée (AOC) de Montlouis, il pointe "une surproduction ou un manque de marché" antérieurs à l'épidémie dans le monde viticole. "Tous les ans, je pars dans l’idée de produire un vin de qualité, donc l’idée de distiller, ce n’est pas possible, ce n’est pas mon job", conclut-il.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.