Derrière l'application de traçage numérique StopCovid se cache une "task-force" française composée de plusieurs instituts et entreprises en charge de l'élaboration du dispositif, dont la start-up alpine Lunabee Studio. L'un de ses représentants répond aux questions de France Inter.

La start up Lunabee Studio travaille sur l'application française Stop Covid
La start up Lunabee Studio travaille sur l'application française Stop Covid © Maxppp / Jean-François FREY

Protocole de sécurisation des données, paramètres techniques, ergonomie de l'application... Les chantiers et différents maillons de la chaîne StopCovid sont nombreux. La liste des acteurs activement engagés sur ce dossier sensible, au coeur de la stratégie de déconfinement voulue par le gouvernement, est désormais connue. On y retrouve en première ligne l'Inria, l'Anssi, aux côtés de l'Inserm et de l'Institut Pasteur mais aussi les entreprises Dassault Systèmes, Capgémini, Orange ou encore les sociétés Withings (objets connectés) et Lunabee Studio, en charge de la conception de l'interface de l'application. Olivier Berni est l'un des fondateurs de cette start-up installée à Chambéry. 

-FRANCE INTER : Comment vous-êtes vous retrouvés dans la task-force StopCovid ? 

OLIVIER BERNI : "Dès le début du confinement, nous avons eu l'intuition qu'avec une application sur les téléphones portables, on pouvait réussir à remonter les chaînes de contagion et permettre ainsi d'accélérer le déconfinement. On a tout de suite contacté le gouvernement et travaillé sur des maquettes que nous avons montrées. Notre agilité a sans doute plu. Nous l'avons fait car cela fait près de dix ans que nous concevons des applis accessibles à tous et que nous voulions aider. Nous travaillons pour les utilisateurs des applications, pas pour les commanditaires de ces outils. Nous sommes fiers de faire partie de 'cette équipe de France StopCovid'. Notre engagement y est bénévole." 

Quand serez-vous prêts ? 

"Cinq membres de l'équipe sont sur ce projet. Nous travaillons jour et nuit, week-end compris pour que l'appli soit prête à temps. Mais nous ne sommes qu'un seul maillon d'une longue chaîne !"

Quel regard portez vous sur le débat et les inquiétudes des défenseurs des libertés individuelles ? 

"Bien sûr nous n'avons pas à émettre un avis politique sur ce dossier. La question de la souveraineté numérique ne nous regarde pas. Mais ce que je peux vous dire, c'est que je ne comprends pas la polémique actuelle sur la vie privée. À partir du moment où l'appli est sécurisée et où l'intégralité du code de ce projet - c'est-à-dire réellement ce que cela fait - sera publié en open source, donc que tout un chacun pourra vérifier par lui même comment fonctionne l'application, j'ai du mal à entendre ces inquiétudes." 

Pour vous ces interrogations n'ont pas lieu d'être ? 

"Encore une fois, nous ne sommes pas là pour répondre aux critiques. Mais il est sûr que si nous n'avions pas été convaincus par ces aspects du projet, nous n'y participerions pas. Stop Covid repose sur l'anonymat et le volontariat. Avec des protocoles informatiques qui sont très sécurisés, notamment ce protocole Robert sorti par l'Inria. Depuis le début, médias et réseaux sociaux véhiculent des contre-vérités. On a dit beaucoup de choses fausses. J'espère que le débat à l'Assemblée va tout de même permettre de clarifier ce que l'application fait et ce qu'elle ne fait pas. À savoir de tracker des personnes et de stocker des informations confidentielles sur ces personnes." 

Sur quoi repose selon vous la réussite de ce projet ? 

"Ce qui est certain, c'est que plus l'application sera adoptée, plus elle fonctionnera bien. Notre but, à Lunabee Studio, est donc de la rendre accessible au plus grand nombre. Il faut qu'elle soit facile à prendre en main, à utiliser. Il faut aussi qu'elle soit accessible aux non voyants par exemple. Nous devons également traduire en plusieurs langues les messages qui seront délivrés aux utilisateurs. C'est l'un des enjeux essentiels pour nous."

Quels sont les enjeux économiques pour une société comme la votre ? 

"Il n'y en a pas vraiment car nous ne sommes donc pas rémunérés pour notre participation. Cela dit, pour nous qui sommes passionnés par ce que nous faisons, à savoir créer des applis qui changent la vie des gens, cela nous donne une opportunité inédite en terme visibilité. Nous n'avons jamais eu une telle tribune." 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.