L’escalade des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine a pris un nouveau tour avec la réponse de Pékin, hier par voie de presse, à Washington : face aux droits de douane américains imposés à ses produits, la Chine pourrait limiter ses exportations de terres rares en direction des Etats-Unis.

Du minerai de terres rares attend son chargement sur le port of Lianyungang, à l’est de la Chine. Le pays est le premier producteur mondial de ces métaux stratégiques.
Du minerai de terres rares attend son chargement sur le port of Lianyungang, à l’est de la Chine. Le pays est le premier producteur mondial de ces métaux stratégiques. © AFP / WANG CHUN LYG / IMAGINECHINA

"Nous sommes contre la guerre commerciale, mais nous n'en avons pas peur." : ce coup de semonce radical, émanant du vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhang Hanhui, a installé un sentiment d’inquiétude à Wall Street. Car l’économie américaine, celle de l’automobile électrique, des nouvelles technologies, des énergies renouvelables, est très dépendante de l’approvisionnement en terres rares, dont les chinois sont, de loin, les premiers producteurs mondiaux.

Qu’est-ce que c’est ?

Les terres rares constituent un groupe de… métaux, pas vraiment rares d’ailleurs. Ces 17 éléments sont présents sous formes de traces à peu près partout. De là à ce qu’ils soient effectivement exploitables… A grande échelle, ces ressources sont concentrées en Chine, au Brésil, au Vietnam, en Russie, en Inde et en Australie. Des pays qui, justement, les exploitent déjà largement, ou sont en voie de le faire.

Mais les volumes de production actuels, tout comme les réserves connues, ne sont pas au niveau de la demande potentielle, dans l’aéronautique, l’automobile ou l’électronique notamment.

À quoi ça sert ?

Leurs propriétés électroniques, magnétiques, optiques et catalytiques, valorisées depuis les années 1970, font de ces métaux des composants très recherchés dans de nombreux secteurs : la téléphonie mobile, les transports, la production pétrolière, l’éclairage, la production et le stockage électriques, la résonance électromagnétique… pour ne citer que quelques applications.

Et ces applications, pour renforcer le caractère stratégique des terres rares, sont le plus souvent en lien direct avec le développement des technologies dites « propres ». Le secteur des énergies renouvelables, avec les moteurs de voitures électriques ou hybrides ou les batteries d’éoliennes, par exemple, en est très friand. Ainsi, pour fournir une puissance de 1 mégawatt, une éolienne nécessite jusqu’à 600 kg d’aimants, qui contiennent 31 % de terres rares, estime le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).

Peut-on s’en passer ?

Eu égard aux enjeux environnementaux et aux grandes tendances de l’industrie, l’heure n’est pas à la recherche de solutions alternatives aux terres rares, mais bien au développement des technologies « propres ». UBS estime que, sur la base des quantités nécessaires à la fabrication d’une Chevrolet Bolt, le passage à la voiture 100 % électrique impliquerait de multiplier par au moins 7 la production de terres rares.

Entre 2015 et 2017, la demande a augmenté de 16 %, estime Dudley Kingsnorth, professeur à la Curtin University à Perth, en Asutralie. D’ici à 2020, elle progresserait de 23 %. Autant dire que la pression n’est pas en voie de diminution.

Pourra-t-on toujours s’approvisionner ?

Comme l’Australie, l’Afrique du Sud ou la Suède, Washington peut compter sur ses propres ressources à court terme. Mais à moyen terme, les quantités et les prix chinois sont la seule voie minière pour l’industrie. En évoquant une rupture des livraisons de terres rares, la menace que fait peser la Chine sur l’industrie américaine est donc critique.

Pour pallier sa dépendance aux terres rares des autres, l’Europe, qui n’en extrait pas de son sol, a misé dès 2008 sur la recherche de l’efficacité dans l’utilisation des ressources et sur l’énorme gisement potentiel que constitue le recyclage. Le BRGM explique :

Sur les 500 g que pèse un disque dur d’ordinateur, l’aimant permanent en représente 15 g, lui-même étant constitué d’environ 4,5 g de terres rares : 4,2 g de néodyme et 0,3 g de dysprosium.

Encore faut-il aller les chercher.

C’est l’objet du projet Extrade, consacré au recyclage des aimants permanents et terres rares contenus dans les disques durs d’ordinateurs, les haut-parleurs et les petits moteurs électriques. Autre piste, la valorisation des déchets miniers dits « stériles », jugés trop peu concentrés en minéraux d’intérêt. Sauf, peut-être, en terres rares, à condition d’imaginer les techniques d’extraction adéquates.

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