Les trois groupes audiovisuels français ont annoncé ce vendredi le lancement prochain d'une plateforme commune, nommée "Salto", qui permettra de retrouver leurs programmes en illimité, à la façon de Netflix. Objectif : concurrencer le géant américain du streaming. Mais avec quels programmes ?

Le siège de Francetélévisions, à Paris
Le siège de Francetélévisions, à Paris © AFP / Ludovic Marin

"Salto" : c'est le nom de l'offre OTT (pour "over-the-top", en français "hors du fournisseur d'accès à Internet) annoncée ce vendredi par les trois groupes audiovisuels TF1, M6 et Francetélévisions. Un dispositif que la présidente du groupe public Delphine Ernotte avait appelé de ses vœux dès le début de son mandat, d'abord en imaginant une plateforme publique européenne, puis en se rapprochant finalement d'acteurs privés en France.

L'offre existera en deux formules : la première, à moins de 5 euros par mois, proposera la télé en direct et des fonctions en plus (replay, reprise du programme au début, avant-premières, etc.). La seconde, autour de 7 euros, sera une sorte de Netflix à la française, proposant les programmes des chaînes en illimité, comme les séries Capitaine Marleau ou Clem ou les documentaires Apocalypse, plus des contenus exclusifs. 

Société à parts égales

Il y a vingt ans, ces trois groupes avaient lancé TPS, un bouquet satellite, à l'époque pour contrer Canal Plus et son Canalsatellite (devenu CanalSat, puis Canal tout court). Aujourd'hui, l'ennemi a changé et s'appelle Netflix, mais l'idée d'une coopération à la française est la même. Salto sera une société dont chaque acteur possédera un tiers des parts. 

Pour Stéphane Le Bars, délégué général  de l'Union syndicale de la Production Audiovisuelle, "c'est un cercle vertueux et gagnant pour tout le monde". 

L'important c'est d'éviter que Netflix ne s'accapare le marché de l'abonnement. C'est une très bonne chose que l'opérateur public et les chaînes privées se soient alliés, pour partager les coûts technologiques et marketing de Salto. C'était la seule chance de faire le poids par rapport à Netflix."

Mais quels programmes vont réellement être disponibles sur cette plateforme ? Le modèle économique de la télévision fait que se pose un problème de droits pour une grande partie des programmes : en effet, TF1, M6 et Francetélévisions sont certes des producteurs de programmes, mais ils sont aussi (et surtout) des diffuseurs, qui achètent des programmes à des maisons de production pour les diffuser sur leurs antennes. 

Comment diffuser des programmes que l'on ne possède pas ?

Aucun problème ne se pose donc pour les programmes produits en interne, comme les rendez-vous d'informations, certains magazines ou des fictions. Par exemple, sur M6, Top Chef est produit par Studio 89, filiale du groupe. Mais, par exemple, pas la série Kaamelott, produite par une société externe appelée Calt, à qui M6 a acheté les programmes pour les diffuser... à la télé. Le contrat liant M6 à Calt mentionne-t-il la diffusion de la série sur tous les supports ? C'est la question qui va se poser. 

Un contrat qui lie un producteur (ou un distributeur) et un diffuseur mentionne le type de diffusion. Et c'est pour cette raison, par exemple, que vous ne retrouvez pas sur le replay de TF1 les films diffusés : négocier des droits pour une diffusion télévisée ou pour sept jours de diffusion à tout moment, ça ne coûte pas le même tarif. 

Comment cet écosystème va-t-il s'articuler pour intégrer cette diffusion "à la Netflix", notamment pour les programmes déjà produits et dont le contrat ne mentionne pas cette utilisation ? Selon Le Monde, les longues négociations (cinq ans) entre les différents acteurs ont notamment porté sur ce point, Francetélévisions tentant de convaincre les producteurs de mettre à disposition gratuitement en échange d'une partie des revenus de la plateforme. 

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