C’est l’histoire d’une entreprise historique. Thomas Cook, le plus ancien voyagiste au monde est à un pas de la faillite. Chronologie de ce qui a poussé ce géant britannique dans cette situation.

Une agence Thomas Cook en Grande-Bretagne.
Une agence Thomas Cook en Grande-Bretagne. © Maxppp / Mark Fairhurst

Il est loin, le temps de Thomas Cook (himself), homme d’affaire, qui créait en 1841 son entreprise de voyages organisés. Son objectif ? Faire découvrir le monde aux Britanniques. D’abord l’Europe, les Amériques, puis en plein apogée de l’empire colonial, l’Egypte et la Palestine. L’entreprise, qui est aujourd’hui la plus ancienne sur le marché, pourrait pourtant bien mettre la clé sous la porte

Des dettes par dessus la tête

178 ans plus tard, parlons chiffres : le voyagiste britannique doit trouver d’urgence 225 millions d’euros. Un besoin d’argent conséquent à une longue descente aux enfers, à cause d’importantes dettes qui s’accumulent depuis près d’une décennie. 

À la fois tour-opérateur et compagnie aérienne, le groupe possède aujourd’hui 200 hôtels sous sa marque, une centaine d'avions et emploie 21 000 personnes. Il réalise environ dix milliards de livres de chiffre d'affaires par an pour quelque 20 millions de clients en provenance de 16 pays et qui voyagent principalement en Europe du sud et en Méditerranée. Mais actuellement, Thomas Cook est contraint de verser plus d’un quart de ce qu’il touche sur un billet ou un séjour à ses créancier

Un milliard et demi d’euros d’intérêts bancaires versés depuis 2011

L’entreprise semble en effet empêtrée dans un cercle vicieux, avec des prêts qui s’accumulent de façon vertigineuse : Thomas Cook a versé au total un milliard et demi d’euros d'intérêts bancaires depuis 2011. Le groupe, fragilisé depuis plusieurs années par la rude concurrence entre tour-opérateurs qui tirent les prix vers le bas, a pris de plein fouet tous les autres chocs subis par le secteur touristique. Augmentation du prix du kérosène pour les avions, attaques terroristes en Afrique (qui ont dissuadé les vacanciers de partir en Tunisie ou en Egypte), la puissance des sociétés de voyages sur Internet

Thomas Cook a été aussi touché en 2018 par l'effet d'une vague de chaleur en Europe de l'Ouest et du Nord, qui a poussé les touristes potentiels à profiter du beau temps chez eux. Enfin, l'environnement économique incertain au Royaume-Uni n’arrange rien. Le flou entourant le Brexit et la chute de la livre, pèse sur le moral des consommateurs et sur leur pouvoir d'achat. 

Un plan de sauvetage il y a seulement trois semaines

Difficile, dans ces conditions, de faire face aux imprévus. Pour tenter de résister à la concurrence, Thomas Cook s’était même lancé dans une stratégie d’acquisition qui n’a, en réalité, fait qu’aggraver son endettement, laissant le groupe une nouvelle fois au bord du dépôt de bilan.

Le dernier plan de sauvetage date d’il y a moins de trois semaines. Plus d’un milliard d’euros ont été injectés dans les caisses, avec l’entrée au capital d’une entreprise de tourisme chinoise, le contrôle de la compagnie aérienne par les créanciers et de nouveaux prêts bancaires. Une somme qui n’a pas permis de tout éponger puisqu’il manque encore 200 millions de livres (227 millions d’euros) pour poursuivre l’activité. 

La situation est d’autant plus critique que, selon l’AFP, aucun investisseur privé ne serait intéressé pour aider l’entreprise

Que se passe-t-il si Thomas Cook fait faillite ?

Si elle n'obtient pas les fonds, l'entreprise devra se placer sous le régime des faillites au Royaume-Uni. Des administrateurs seront nommés pour tenter de trouver un repreneur, restructurer la dette ou vendre des activités. En cas de faillite, Thomas Cook n'aura d'autres choix que d'organiser immédiatement le rapatriement de 600 000 touristes à travers le monde, dont 150 000 Britanniques. Il s’agirait de l'opération la plus importante depuis la Seconde guerre mondiale dans le pays, pour un coût total de plusieurs milliards de livres. Par ailleurs des dizaines d’agences devraient fermer leurs portes et les avions seraient cloués au sol, les salariés du groupe pourraient perdre leur emploi

Selon la réglementation européenne, les touristes déjà en vacances pourraient finir leur séjour et rentrer via d’autres compagnies. Les autres pourraient être remboursés.

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