Total prévient qu'il abandonne son projet d'exploitation gazière face au rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran. Son partenaire chinois risque bien de sortir vainqueur de cette bataille.

Rafinerie de South Pars en Iran dont l'un des opérateurs est Total
Rafinerie de South Pars en Iran dont l'un des opérateurs est Total © Maxppp / ABEDIN TAHERKENAREH/EPA/Newscom

A son arrivée au sommet Union européenne-Balkans à Sofia jeudi matin, Emmanuel Macron a déclaré : 

Les entreprises, en particulier les entreprises internationales qui ont des expositions dans de nombreux pays, font des choix qui leur sont propres en fonction des intérêts qui sont les leurs.

Le groupe pétrolier Total a en effet confirmé mercredi qu'il ne pourrait poursuivre son projet de développement du plus grand gisement de gaz naturel au monde qu'à la condition d'obtenir une dérogation le protégeant contre toute sanction "secondaire" de la part des Etats-Unis.

Le pionnier menacé

Total a signé en juillet 2017 un accord avec l'Iran en vue de développer la phase 11 de South Pars, avec un investissement initial d'environ 1 milliard de dollars, devenant alors la première des majors pétrolières à signer un contrat en Iran depuis l'accord sur le nucléaire conclu en juillet 2015.

Ce qui est important, c'est que les secteurs les entreprises de taille moyenne intermédiaire, qui sont peut-être moins exposées à des marchés américains ou autres, puissent faire ce choix librement, a ajouté Emmanuel macron ce jeudi.

La décision de Donald Trump de sortir de l'accord sur le programme nucléaire de l'Iran conclu en 2015 et le rétablissement de sanctions sont sources d'inquiétude pour les entreprises françaises, dont Total ou encore les constructeurs automobiles PSA et Renault.  

La Chine en embuscade

Le géant énergétique chinois CNPC est également engagé avec le français Total dans un contrat de 4,8 milliards de dollars pour développer la phase 11 du vaste champ gazier iranien Pars Sud. Le ministre iranien du Pétrole Bijan Namdar Zanganeh a aussitôt prévenu : si Total se retire, ses parts (50,1 % du projet) seront allouées au chinois CNPC. 

Un groupe comme Total qui utilise des financements bancaires venant de banques américaines et qui a d'importantes activités aux USA notamment dans les gaz de schiste ne peut pas s'offrir le luxe de se priver des échanges avec les Américains

► ECOUTER Philippe Chalmin, professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine, spécialiste des matières premières

6'29

L'économiste Philippe Chalmin

Par Bruno Duvic

Un marché juteux en suspens

Les exportations de la France vers l'Iran ont atteint 1,5 milliard d'euros l'an dernier, contre 500 millions en 2014. On les doit essentiellement à Thalès, Airbus, Total... et PSA. Les investissements de PSA en Iran sont importants. Avec 444 600 voitures vendues en  Iran en 2016, la part de marché du groupe est de près de 30 %. PSA, qui tablait sur 1 milliard d'euros de recettes sur cinq ans, risque à son tour de revoir son plan d'investissement. Renault, de son côté, souhaite vendre en Iran 250 000 voitures par an d'ici 2022. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.