Touché aussi de plein fouet par la crise sanitaire, Danone va supprimer jusqu'à 2.000 postes administratifs, dont "400 à 500" en France annonce ce lundi le géant français de l'agroalimentaire.

 Emmanuel Faber, PDG de Danone depuis décembre 2017.
Emmanuel Faber, PDG de Danone depuis décembre 2017. © AFP / Patrick Kovarik

Pour redresser la barre et retrouver le chemin de la croissance et de la rentabilité, Danone applique un remède radical : la suppression de postes, jusqu'à 2.000 côté administratifs, dont "400 à 500" en France. "Essentiellement des directeurs, des managers", seront concernées par ces suppressions de postes, a précisé le PDG de Danone Emmanuel Faber. Ce dernier doit s'adresser dans la matinée à la communauté financière, qu’il s’agit de rassurer. Mais une chose est sûre, la crise, qui affecte en particulier le secteur de l’eau en bouteille, oblige aujourd’hui Danone à s’adapter, et à s’adapter vite, avec une réorganisation de l'entreprise par zones géographiques et non plus par secteurs d'activité.

"On est loin des objectifs, il faut y revenir"

Emmanuel Faber, PDG de Danone depuis décembre 2017 ne le cache pas : "Nous allons faire un travail sur les coûts pour retrouver de la rentabilité", assène ce patron nouvelle génération que l’on a plutôt l’habitude d’entendre défendre les objectifs sociaux et environnementaux de sa société à mission, bien plus que ses objectifs financiers. Cette fois, ils sont pourtant prépondérants, avec la nécessité de réaliser un milliard d'euros d'économie d'ici 2023.

Et un retour à une croissance rentable dès le second semestre de l'année prochaine.

Et pourtant, détaille-t-il aujourd’hui, "la Covid-19 nous coûte cher et nous devons réduire nos coûts et revenir à notre objectif de 3 à 5% de croissance rentable".

Les eaux, secteur le plus affecté par la crise

Danone, le champion français de l’agroalimentaire, s’est développé dans quatre grands secteurs. Deux qui s’en sortent encore correctement : les produits laitiers frais ou végétaux, et la nutrition spécialisée. Un autre domaine inquiète à plus long terme : la nutrition infantile. Les spécialistes annoncent une baisse démographique liée à la crise sanitaire et économique. Déjà estimée à 10-15% aux Etats-Unis, cette baisse devrait afficher les mêmes niveaux en Chine, et l’Europe ne sera sans doute pas épargnée. La nutrition infantile devrait aussi connaitre un creux d’activité.

Mais aujourd’hui c’est la crise de l’eau en bouteille qui plombe Danone. Parce qu’il n’y a plus de restauration hors domicile, un débouché des plus primordiaux. Le secteur est très sensible aussi à l’indice de mobilité, et au trafic dans les gares, les aéroports, les Relais-H, qui là aussi marque très nettement le pas. Les résultats, dans cette branche : un deuxième trimestre à -30% "qui pose même un problème de couverture des frais fixes", dit Emmanuel Faber. Le troisième trimestre a été moins catastrophique : -15% mais pas de quoi se réjouir. "On n’attend pas de retour à la croissance avant 2023", anticipe même le PDG de Danone.

Moins de salariés dans les sièges

La réduction de coûts va donc passer par des baisses d’effectifs, des suppressions de postes dans les grands sièges du groupe à travers le monde : en France (où est envisagé un rapprochement du siège de Paris et de celui de Rueil-Malmaison) mais aussi à Amsterdam, Singapour.

Quoi qu’il en soit, et même s’il faut rassurer d'urgence les marchés financiers, Emmanuel Faber tient à prendre ses décisions à travers son prisme très social : "Nous nous engageons à accompagner tous les salariés concernés, notamment les moins payés, qui seraient alors formés pour retrouver un poste au sein même de Danone". "C’est un chantier qui s’ouvre", conclue-t-il. Le premier semestre 2021 sera en effet consacré à la négociation globale : six mois de discussion avec les syndicats. Pour une mise en œuvre dès le second semestre 2021.