La SNCF présente avec Alstom ses TGV du futur, dans un marché aux sérieux concurrents internationaux. D'abord imaginés ultra-connectés, ils seront surtout plus économiques.

Le train qu'Alstom prévoit de construire pour 2021, ébauche.
Le train qu'Alstom prévoit de construire pour 2021, ébauche. © Alstom/Design

Pour la SNCF, le projet représente, selon Guillaume Pépy, le "nec plus ultra", mais pour Alstom, l’obtention de ce chantier de construction, estimé à 50 millions d’euros, serait cruciale. Pour Jean-Baptiste Eymeoud d'Alstom France, "Ce TGV prendra une place centrale dans notre plate-forme grande vitesse". Pour l'instant il s'apelle TGV 5.

Dans un premier temps, il s'agit surtout là d'un partenariat de conception entre l'opérateur SNCF et le constructeur français avec une vingtaine d'experts et contributeurs pour travailler à sa conception jusqu'à fin 2017. La construction de ces "trains du futur" interviendrait dans un second temps... mais ce marché-là ne sera pas forcément attribué à Alstom.

Grandes ambitions technologiques revues à la baisse 

D'abord présenté comme un petit bijou de technologie, les innovations prévues pour ce nouveau train, dont les rames seraient livrées en 2021, ont été revues à la baisse, par mesure d'économies. Initialement maginé comme ultra-connecté en 4G et Wi-Fi, il se préoccupera surtout de critères plus terre-à-terre : des couloirs plus larges, dotés d'accès et d’espaces adaptés aux personnes à mobilité réduite, un wagon-bar remplacé par un chariot, et surtout une plus grande jauge de places (640 au lieu de 509 aujourd’hui).

Ce TGV du futur présenterait surtout l’avantage de réduire de 25 à 30% le coût du billet au kilomètre. Développé avec l’Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), il serait aussi plus économique car moins gourmand en énergie et en électricité.

Pensée avec la SNCF, la conception de ces nouveaux trains doit malgré tout aussi permettre à Alstom de remporter l'appel d'offres sur sa construction, et se positionner ainsi à l’international sur un marché où la concurrence, en particulier sur le continent asiatique, est rude.

Les concurrents chinois : l’ombre grandissante de la China Railway Rolling Stock Group

La China Railway Rolling Stock Group, est née de la fusion, fin 2014, des deux plus gros constructeurs chinois de wagons et de locomotives. Avec sa stratégie offensive, et ses 24 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ce géant chinois a profité du fait que la Chine a bâti en moins de dix ans le plus grand réseau ferré à grande vitesse du monde.

Le train à grande vitesse chinois sur le stand de China Railway Rolling Stock Corp Ltd exposé en Septembre 2015.
Le train à grande vitesse chinois sur le stand de China Railway Rolling Stock Corp Ltd exposé en Septembre 2015. © AFP / LAN YANG / IMAGINECHINA

Les concurrents japonais : Hitachi

Hitachi, fabricant du célèbre Shinkansen (pionnier des trains à grande vitesse depuis 1964 et concurrent japonais du TGV), a choisi de déplacer le siège mondial de son activité ferroviaire en Grande-Bretagne. Un ancien d’Alstom se trouve d'ailleurs désormais à sa tête. Une autre crainte pour le constructeur français, et un autre sérieux concurrent asiatique.

Le Premier ministre britannique David Cameron et le Premier ministre japonais Shinzo Abe visitent un centre d’entretien des trains Hitachi à l’ouest de Londres, le 5 mai 2016.
Le Premier ministre britannique David Cameron et le Premier ministre japonais Shinzo Abe visitent un centre d’entretien des trains Hitachi à l’ouest de Londres, le 5 mai 2016. © AFP / Anthony Devlin/pool

Les concurrents allemands : tensions avec Siemens

Avec le constructeur allemand, les rapports sont plus que tendus depuis qu’Alstom a raflé un contrat sur le marché coréen il y a deux décennies. Dernièrement, l’ex-PDG Patrick Kron avait même déclaré la guerre au patron de Siemens Joe Kaeser, pour des propos tenus dans la presse, qu’il jugeait insultant.

Le Sapsan de Siemens entre Moscou et Saint-Petersbourg
Le Sapsan de Siemens entre Moscou et Saint-Petersbourg © Sergey Korovkin 84 -Creative Commons

Les concurrents canadiens : Bombardier, plombé par l’aéronautique

Le constructeur canadien a déjà effectué un consortium avec Alstom sur un beau contrat signé avec les chemins de fer belges, afin de fournir plus de 400 voitures. Malgré tout Bombardier est encore en train de se relever des coûts importants générés par les difficultés de son programme de construction d’avions.

Le train Zefiro de Bombardier
Le train Zefiro de Bombardier © Bombardier

Les atouts d'Alstom

Pour gagner contre tous ces concurrents, Alstom a deux atouts :

  • Peu de transfert de ses technologies : là où Bombardier ou Siemens ont accepté de transférer leur technologie aux constructeurs chinois, qui fabriquent ainsi des copies à moindre coût, Alstom a toujours jalousement gardé la main sur le secret de fabrication de ses trains, notamment les TGV.
  • La sécurité : dans ce domaine, Alstom a encore une longueur d’avance sur ses outils de signalisation et de contrôle des réseaux, là où la Chine connait de sérieux points faibles, pointés notamment par la catastrophe de Wenzhou, en 2011.

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