Le président américain a annoncé qu'il envisage de nouvelles taxes sur les importations de véhicules aux États-Unis, les marques allemandes étant particulièrement visées.

L'usine Wolkswagen de Dresde en Allemagne
L'usine Wolkswagen de Dresde en Allemagne © AFP / Jürgen Lösel / dpa-Zentralbild / DPA

Le numéro un mondial de l'automobile, l'allemand Volkswagen, a vivement dénoncé jeudi le protectionnisme américain après la menace de Donald Trump d'imposer de nouvelles taxes douanières sur les importations de véhicules aux États-Unis.

Le secrétaire du Commerce américain, Wilbur Ross, a lancé mercredi une enquête sous la Section 232 sur les importations de véhicules, y compris les camions et les pièces détachées, pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale américaine, ce qui pourrait donner une base légale à des taxes douanières.

Ces taxes pourraient culminer à 25% sur les importations de véhicules, d'après un article du Wall Street Journal publié peu avant l'officialisation de la nouvelle par la Maison Blanche.  Cette nouvelle menace douanière américaine intervient alors qu'expire le 1er juin l'exemption de taxes accrues sur les importations d'acier et d'aluminium dont bénéficie l'UE depuis mars.

La fédération des constructeurs automobiles, VDA, a également exprimé ses craintes pour ce secteur stratégique de l'industrie allemande.

Les constructeurs allemands produisent plus de voitures aux États-Unis qu'ils n'en importent depuis l'Allemagne. Pour BMW, mastodonte des voitures haut de gamme, "l'accès sans barrières au marché est un facteur crucial non seulement pour le modèle économique du groupe, mais aussi pour la croissance et l'emploi dans l'ensemble de l'économie mondiale".

Donald Trump juge déséquilibrés les échanges commerciaux dans ce secteur notamment avec l'Union européenne (UE). Le président américain a déjà maintes fois évoqué des taxes punitives pour protéger l'industrie automobile américaine qui viseraient notamment l'Allemagne. Selon lui, les voitures américaines sont frappées de taxes supérieures à celles imposées sur les automobiles européennes.

La cohésion européenne mise à mal

Une France qui monte aux barricades, une Allemagne tentée de jouer solo et au milieu Bruxelles qui doute : même si tout le monde ne joue pas la même partition, l'unité européenne essaie de résister aux menaces de Donald Trump.

Le député européen Édouard Martin, craint que l'Allemagne essaie de négocier un accord bilatéral avec les États-Unis à l'approche du 1er juin, date où arrivent à échéance les exemptions aux taxes douanières de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium annoncées en mars par M. Trump.

L'Allemagne pensait obtenir un accord sur le secteur automobile, mais elle se rend compte désormais que les exigences américaines vont beaucoup plus loin et touchent d'autres secteurs. Mercredi, le président américain a annoncé qu'il envisageait de nouvelles taxes sur les importations de véhicules aux États-Unis, ce qui touche en grande partie les marques allemandes, principales firmes européennes représentées sur le sol américain.

Sur le front commercial comme sur les sanctions sur l'Iran, la France est montée dès le début en première ligne pour s'opposer à Washington: le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a exigé à plusieurs reprises une "exemption sans condition" des taxes douanières.  De son côté, l'Allemagne, qui a le plus à perdre en cas de guerre commerciale avec les États-Unis, a donné l'impression de jouer cavalier seul, notamment en dépêchant en mars sa propre délégation à Washington  - avant celle de l'UE - pour négocier directement la possibilité d'un traitement de faveur... pour l'ensemble de l'Union. "Les Allemands font preuve d'une lâcheté inouïe devant leur ami (américain) au nom de la prétendue realpolitik", a fustigé l'éditorialiste Jakob Augstein dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, accusant Angela Merkel de cautionner un système Trump remplaçant la loi par la force et rappelant qu'il s'agit d'un des piliers du fascisme.

Lors d'une réunion des ministres du Commerce européens à Bruxelles, le ministre allemand de l'Economie, Peter Altmaier a prévenu : "En cas d'escalade non seulement sur l'acier, mais aussi sur d'autres produits, et au regard des problèmes avec l'Iran ou la Russie, nous risquons beaucoup plus que de simples répercussions économiques".

Au milieu de ces incertitudes, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, s'est déclarée prête à discuter un accord commercial "restreint" avec les États-Unis qui se concentrerait sur l'abaissement des droits de douane sur certains produits industriels - mais pas agricoles - ainsi que sur l'ouverture des marchés publics.

Une idée qui renvoie au TTIP (ou Tafta), le grand accord commercial négocié par l'UE avec les États-Unis, très impopulaire aussi bien en France qu'en Allemagne.

Mme Malmström a surtout émis des doutes sur la proposition des 28 chefs d'État et de gouvernement européens qui s'étaient mis d'accord la semaine passée lors d'un sommet à Sofia sur ce qu'ils étaient prêts à mettre sur la table pour échapper aux taxes douanières américaines.   "Est-ce que (l'offre de l'UE) sera suffisante ? Franchement, je ne suis pas sûre", a-t-elle affirmé mardi à Bruxelles.

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