L'éditeur français de jeux vidéo Ubisoft a annoncé mardi le lancement d'une nouvelle plateforme dédiée à la vente d'objets dans des jeux vidéo, sous la forme de NFT, ces fameux certificats virtuels sécurisés. Petit à petit, les NFT entrent dans les usages communs.

Les locaux d'Ubisoft à Montréal
Les locaux d'Ubisoft à Montréal © AFP / Éric Thomas

On les a connus s’échangeant pour l’équivalent de millions de dollars pour clamer la propriété du premier tweet ou d’une image conçue par un artiste. On les a suivis dans un étonnant jeu de cartes virtuelles à collectionner, Sorare, valorisé à plusieurs millions d’euros. Et voici qu’on retrouve désormais les NFT dans un jeu vidéo grand public, édité par l’un des plus gros studios, le français Ubisoft.

L’entreprise a annoncé mardi le lancement de Quartz, sa propre plate-forme de NFT, qui pour l’heure ne propose que du contenu lié au jeu "Ghost Recon : Breakpoint". "Ubisoft va permettre aux joueurs d’acheter des habits virtuels qui seront en quantité limitée dans ce jeu de tir tactique, et ces habits virtuels seront inscrits dans un protocole blockchain via un standard NFT", explique Grégory Raymond, journaliste spécialiste des cryptomonnaies.

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Des objets uniques ou en série limitée

Acheter des objets annexes dans un jeu pour personnaliser son expérience, ce n’est pas nouveau - certains jeux comme Fortnite en ont même fait leur principal fonds de commerce. En revanche, à l'heure actuelle, ces objets sont distribués de manière illimitée. En faisant entrer les NFT, qui sont des certificats d'authenticité ultra-sécurisés (basés sur la blockchain, une sorte de gigantesque registre de transactions), on fait entrer dans le monde du commerce d'objets virtuels des notions qui n'existaient pas jusqu'ici, comme les numéros de série ou les éditions limitées. 

"Si vous achetez un fusil spécial sous forme de NFT, les autres joueurs, quand ils vous verront dans le jeu, ils verront que vous avez cet objet particulier : ça fera de vous un joueur un peu plus classieux", détaille Grégory Raymond. Mais surtout, cela permet de monétiser les objets achetés : "Si vous possédez un objet comme ça dans le jeu, personne ne peut le prendre, pas même Ubisoft. Même si le jeu ne tournait plus demain, le NFT existe encore et pourra toujours avoir de la valeur.

"Les joueurs prennent le contrôle du système économique"

C’est ainsi un véritable marché d’occasion virtuel qui va se mettre en place : les joueurs et joueuses pourront revendre leurs NFT sur les plateformes d’échange de cryptomonnaie, à condition "que ce soient des plateformes qui prennent en charge les NFT développés sur le protocole Tezos, un protocole blockchain concurrent de Bitcoin et Ethereum mais qui est beaucoup moins énergivore et permet de traiter beaucoup plus d’informations par seconde", précise Grégory Raymond. Ce qui signifie qu'Ubisoft, en lançant de système, accepte de lâcher du lest, et qu'une partie du modèle économique de ses jeux lui échappent : une fois ses NFT vendus, Ubisoft n'a plus aucun droit sur eux. 

Selon le journaliste spécialisé, "on voit désormais une utilisation des NFT à travers les jeux vidéo, ce n’est plus seulement une valeur artistique que l’on essaie d’évaluer, c’est la valeur d’utilisation que ces NFT ont dans un jeu. Cela permet d’avoir une idée plus claire de la valeur des choses. Ce qui pourra arriver plus tard, c’est que potentiellement l’identité numérique pourra être un NFT". 

Ce format développé par Ubisoft - qui pour le moment les distribue gratuitement, mais pourrait bientôt les vendre - pourrait donc faire évoluer l'approche des NFT et les faire un peu plus entrer dans les usages : "anLe système économique interne aux jeux se déplace, et les joueurs en prennent le contrôle. On pourra, dans le metaverse [l'univers virtuel imaginé par plusieurs organismes et entreprises, dont Meta (ex-Facebook), ndlr], avoir des mondes ouverts où les éditeurs ne contrôlent plus tellement le jeu, et où les expériences internes sont conçues par les joueurs."