Pendant près de trois ans, le milliardaire a mené un véritable bras de fer avec la famille Guillemot, fondatrice du géant français des jeux vidéo, en grignotant petit à petit des parts dans l'entreprise (jusqu'à 27 %). Il a fini par abandonner la bataille... Tout en empochant 1,2 milliard de plus-value au passage.

Stand Ubisoft lors du dernier salon E3 du jeu vidéo en juin 2017
Stand Ubisoft lors du dernier salon E3 du jeu vidéo en juin 2017 © AFP / Christian Petersen

C'est le secret d'un bon jeu : donner l'impression à tous ceux qui ont participé qu'ils n'ont rien perdu. Et dans le dossier Ubisoft/Vivendi, tout le monde se dit sans doute qu'il a gagné.

La famille Guillemot, d'abord. Depuis plus de deux ans, elle lutte pour conserver la main sur l'entreprise familiale, et organise des contrefeux contre ce qui lui semblait être une tentative de prise de contrôle de la part de Vincent Bolloré, via sa société Vivendi. D'un point de vue stratégique, elle a non seulement fédéré ses actionnaires contre ce nouveau venu envahissant et ses rachats successifs, mais aussi mobilisé les salariés pour faire front contre un ennemi commun. Motif parfait pour resserrer les rangs à tous les niveaux : le village gaulois n'est jamais plus efficace que lorsque les Romains sont à ses portes.

Ubisoft affirme même faire d'une pierre deux coups : l'entreprise annonce notamment l'entrée dans son capital, via l'achat d'une partie des parts de Vivendi, du chinois Tencent. Ce dernier prend 5 % des actions, pas suffisant pour prendre une place trop importante, mais assez pour créer un "partenariat stratégique". Il doit permettre, selon Ubisoft, "d'accélérer dans les prochaines années [le] développement en Chine, et d'exploiter un marché dont le potentiel est considérable".

Pour les fondateurs d'Ubisoft, le départ de Bolloré a tout de la victoire : "l'évolution de notre actionnariat est _une excellente nouvelle pour Ubisoft_", se félicite Yves Guillemot dans un communiqué.

Un repli qui rapporte gros

Pour Vincent Bolloré, cet échec symbolique (abandonner publiquement, après un siège de plusieurs mois) est largement compensé par le "score" obtenu. Autrement dit, par l'argent récolté dans la bataille. Il avait fallu débourser près de 800 millions d'euros pour s'offrir un quart d'Ubisoft, mais revendre ce morceau s'avère payant : en pleine expansion, la multinationale française du jeu vidéo a vu le prix de ces fameuses actions s'élever. Les 27 % acquis par Vivendi valent désormais 2 milliards d'euros, presque deux fois plus que ce qu'ils ont coûté. Une défaite rapporte rarement autant.

Difficile de deviner lequel des deux "vainqueurs" avait prévu cette issue. Autrement dit, est-ce qu'Ubisoft a été suffisamment habile pour faire de la valeur de ses actions un appât trop tentant pour Vincent Bolloré, ou est-ce ce dernier qui a eu du flair en poussant sa cible à adopter cette stratégie, très lucrative à court terme pour lui ? En tout cas, la partie est finie, mais pas le jeu à long terme de Vivendi : dans un communiqué, l'entreprise "confirme son intention de renforcer sa présence dans le secteur particulièrement dynamique des jeux vidéo".

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