Un laboratoire a conçu un vin censé avoir le goût amer qu’aura le Bordeaux en 2050 si on ne lutte pas activement contre le réchauffement climatique. Les experts du climat ont pu le déguster à la COP24. "Tout le monde a bien compris le sens de cette provocation" expliquent ses concepteurs.

Un laboratoire a imaginé le goût que le Bordeaux pourrait avoir en 2050 à cause du réchauffement climatique
Un laboratoire a imaginé le goût que le Bordeaux pourrait avoir en 2050 à cause du réchauffement climatique

Avez-vous déjà bu le cru Bordeaux 2050 ? Ses concepteurs l'ont appelé "le vin venu du futur" en espérant, avec ce breuvage, provoquer un changement d'attitude, notamment chez les viticulteurs bordelais.

Le vin a été présenté à la COP24, au sommet climat qui se tient actuellement en Pologne. Les visiteurs qui l'ont goûté ne s'y sont pas trompés : "ce n'est pas mauvais mais ce n'est pas du Bordeaux". 

Le vin, outil de communication pour alerter sur le changement climatique

Même l'ONU s'est appuyé sur ce breuvage exclusif pour s'inquiéter de la possible disparition d'un vignoble aussi connu que celui de Bordeaux. "Si nous ne prenons pas les mesures climatiques appropriées, le vin, un atout économique important dans la région de Bordeaux en France, sera perdu. Une équipe a créé un vin dans les conditions climatiques de 2050 : un goût de #ChangementClimatique... #COP24" lit-on sur le compte Twitter ONU-Climate.

Les experts en environnement de l’ONU ont bien compris l'intérêt de faire goûter un vin au goût mauvais pour comprendre les effets du changement climatique. 

"Tout le monde a compris le message, et l'intérêt de le faire savoir pour alerter sur le climat", explique l’œnologue Pascal Chatonnet 

Conditions climatiques en 2050 dans le Bordelais et conséquences sur le vin
Conditions climatiques en 2050 dans le Bordelais et conséquences sur le vin / AJE - LABORATOIRE EXCELL

À Bordeaux, des vins plus épais et moins élégants

L'idée à l'origine vient de Valéry Laramée, journaliste spécialisé en environnement, las d'alerter sans succès sur le réchauffement climatique. Il a demandé à l’œnologue Pascal Chatonnet de concocter ce cru 2050, pour montrer aux vignerons les dangers qu'ils encouraient. 

Si on ne fait rien, les vignobles de Bordeaux devraient migrer vers le nord de plusieurs dizaines de kilomètres, et même centaines, car dans la région de Bordeaux, les conditions climatiques pour les végétaux seront différentes et les vignes n'y seront plus à leur aise. 

Pascal Chatonnet du laboratoire œnologique Labexcell a donc essayé de composer le cru Bordeaux 2050, en vinifiant des jus obtenus dans les conditions climatiques du bordelais de 2050. Il est allé cherché en Tunisie et dans le Minervois les assemblages nécessaires. Plus chaud, plus secs, soumis à des variations météo brutales, les mêmes cépages utilisés dans le bordelais aujourd’hui donneront demain des vins moins sophistiqués, plus épais, "moins élégants" disent les professionnels. Pour aller vite, ce ne seront pas de mauvais vins, mais ça n'aura plus rien à voir avec l’aristocratie du vin que représentent les grands vins de Bordeaux.

Le vin, si fragile devant les colères du climat

Pour éviter ce mauvais scénario, l'INRA  incite les vignerons à planter sur des parcelles exposées différemment, en proposant des variations génétiques sur les cépages pour qu'ils s'adaptent mieux aux nouvelles conditions climatiques par exemple. 

Derrière la provocation, se cache un enjeu de taille. Le vin avec ses 558 000 emplois en France et ses 13 milliards d'euros de chiffres d'affaires, est un poids lourd économique, mais particulièrement sensible au changement climatique. 

La température augmentant, on estime que la limite nord des terres viticoles en Europe se déplacera de quelques dizaines de kilomètres au nord par décennie. Cela permet à certaines régions de développer une activité viticole, mais cela peut provoquer aussi une perte de qualité pour certains vignobles. La maison de champagne Vranken-Pommery a par exemple planté des hectares de vignobles dans le sud de l'Angleterre et se félicite du climat propice qui y règne pour ses crus. 

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