un compromis sur les retraites complémentaires semble accessible
un compromis sur les retraites complémentaires semble accessible © reuters

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Un compromis entre au moins quatre confédérations syndicales et le patronat français sur le financement des caisses de retraites complémentaires du privé semble jeudi à portée de main, un test pour la future réforme du régime de base.

CFDT, Force ouvrière, CFTC et CGC se disent prêtes à accepter une revalorisation des prestations Arrco et Agirc légèrement inférieure à l'inflation et limitée dans le temps, si les organisations patronales, dont le Medef, acceptent une augmentation, également limitée, des cotisations.

"A ce prix d'une augmentation des taux de cotisation on peut envisager le reste, c'est-à-dire une sous-indexation limitée pour les pensions", a expliqué la négociatrice de la CGC Danièle Karniewizc. "C'est un effort qu'on va demander à chacun sur un ou deux ans pour faire face à l'urgence."

Ces négociations, commencées en novembre, doivent aboutir avant fin mars pour que les nouveaux niveaux de cotisations et de prestations s'appliquent au 1er avril. Faute de quoi, c'est un accord de mars 2011 qui s'appliquera, avec pour conséquence le creusement des déficits des retraites complémentaires.

La gestion des deux caisses relève exclusivement des partenaires sociaux mais ces tractations font figure de test pour la réforme du régime de base, que le gouvernement entend lancer d'ici la fin de l'année.

L'Agirc et de l'Arrco, dont les prestations sont fonction d'un nombre de points accumulés par les retraités, contribuent à hauteur de près de quatre milliards d'euros au déficit général du système français de retraites (14 milliards d'euros en 2011).

LE PRÉALABLE DES RESSOURCES

Si rien n'est fait, leur besoin de financement pourrait atteindre huit milliards d'euros par an en 2020, selon le Conseil d'orientation des retraites (Cor).

Le Medef a mis jeudi sur la table une nouvelle proposition mélangeant hausse des cotisations sans augmentation parallèle des droits à retraite et désindexation partielle des prestations, pour tenter d'enrayer cette dérive déficitaire.

Dans ce texte, il a cependant ramené de cinq à trois le nombre d'années pendant lesquelles ces mesures s'appliqueraient.

CGT, CFDT, Force ouvrière, CFTC et CGC ont fait front commun pour faire de la recherche d'un compromis sur les ressources des caisses, donc les cotisations, un préalable.

La CFDT, jusqu'ici opposée à une hausse des cotisations assortie de nouveaux droits -donc de nouvelles dépenses- s'est d'autre part ralliée aux quatre autres centrales syndicales.

Mais inversement, celles-ci ont fait un pas en direction de la CFDT et du Medef pour accepter qu'une partie de cette hausse ne donne pas droit à l'acquisition de points retraite.

Les négociateurs du Medef, de la CG-PME et de l'UPA se sont isolés pendant une pause pour examiner ces propositions.

"La balle est dans le camp des employeurs", a déclaré Danièle Karniewizc.

"Je crois qu'ils ont bien compris qu'on n'était pas prêt à se laisser faire", a renchéri Eric Aubin, négociateur de la CGT, qui continuait cependant de rejeter pour sa part toute idée de désindexation partielle des pensions.

Ce qui faisait dire à un négociateur de la CFDT que la CGT ne signerait sans doute pas, quoi qu'il arrive et conformément à son habitude, un éventuel accord.

SOUS L'OEIL DU GOUVERNEMENT

Le gouvernement se défend de toute intervention dans les discussions mais les suit attentivement.

Le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a ainsi estimé qu'en cas d'accord sur une désindexation des retraites complémentaires le gouvernement ne "pourra pas ne pas en tenir compte".

"Je crois qu'il va falloir que les papy-boomers (...) soient mis eux-mêmes à contribution d'une façon plus importante", a dit pour sa part mercredi le député PS Jean-Marie Le Guen sur RTL.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, a mis en garde le gouvernement contre la tentation de faire jouer aux partenaires sociaux le "rôle des méchants" en leur faisant endosser la responsabilité d'une baisse du pouvoir d'achat des retraités.

Une opinion partagée par les organisations syndicales, qui renvoient cependant dos à dos le Medef et le gouvernement.

"Nous ne voulons pas servir de poisson-pilote pour le régime général", explique Patrick Poizat, négociateur de la CFTC.

En tout état de cause, les partenaires sociaux partagent un même diagnostic: s'ils parviennent jeudi à s'accorder sur des mesures conservatoires à court terme, cela ne résoudra pas le problème des retraites complémentaires à moyen et long termes.

Selon le négociateur de FO, Philippe Pihet, président de l'Arrco, il y aura de toute façon une "clause de revoyure" en 2014 pour évaluer les effets des mesures prises "et prendre en compte la réforme du régime de base qui est annoncée".

Edité par Yves Clarisse

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