La grève continue à la SNCM
La grève continue à la SNCM © Reuters

C'est le secrétaire d'État aux Transports Frédéric Cuvillier qui l'évoque, douze jours après le début de la grève dans la compagnie maritime. Pour lui, l'avenir de la compagnie passera sans doute par un redressement nécessaire.

Le secrétaire d'État a même directement écrit aux organisations syndicales, pour leur expliquer non seulement que la situation de leur entreprise était particulièrement grave, mais que leur grève ne faisait que la précipiter un peu plus rapidement vers le gouffre.

La situation décrite par la direction de l'entreprise laisse à penser que ce redressement passe par la voie du redressement judiciaire. La vérité est que la situation de la compagnie est grave et qu'avec cette grève elle s'aggrave de jour en jour. La trésorerie pèse sur la pérennité de l'entreprise à court et moyen terme.

"Tout ça pour ça", c'est ce que se disent les salariés grévistes, Laurent Gauriat

Après avoir rencontré les six syndicats grévistes, Frédéric Cuvillier a nommé lundi Gilles Bélier négociateur dans le dossier et l'ancien président de la SNCF et d'EADS Louis Gallois comme délégué interministériel chargé d'établir "un plan stratégique de soutien aux compagnies de transport maritime françaises".

Les syndicats réclament toujours à l'Etat et aux actionnaires des assurances sur la mise en oeuvre du plan industriel de l'ancienne direction de la compagnie, dont Transdev a repris le contrôle le mois dernier.

Pour la CGT de la SNCM, on ne parle pas ici d'un redressement, mais bien d'une liquidation déguisée. Le syndicat a immédiatement dénoncé les propos de Frédéric Cuvillier, par la voix de son représentant Frédéric Alpozzo.

Le redressement judiciaire, c'est un moyen de démanteler la SNCM, avec plus d'un millier de licenciements. Ce n'est pas acceptable pour nous. M. Cuvillier est un menteur et un liquidateur.

Le plan industriel de la SNCM signé en juin 2013 prévoit la suppression de 500 emplois sans licenciement sur 2.600 et le renouvellement de la flotte avec l'achat de quatre navires, mais Transdev et Veolia, qui souhaitent se désengager, ont une nouvelle fois refusé de le mettre en oeuvre.

"L'entreprise n'est pas en mesure aujourd'hui de passer commandes de nouveaux navires. La situation ne le lui permet pas", ajoute Frédéric Cuvillier dans une interview à La Provence. "Plusieurs pistes et scenarii ont été établis pour renouveler la flotte. Dans tous les cas, il faut un investisseur et nous nous y employons."

La situation de la SNCM est notamment grevée par la décision de la Commission européenne de réclamer le remboursement de 440 millions d'euros d'aides d'Etat jugées illégales.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | La SNCM entre deux eaux, ses dirigeants inquiets

Des tensions de plus en plus importantes sur le terrain

Le conflit de la SNCM s'est envenimé cette semaine avec des affrontements sur le port de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud) entre des marins grévistes et des socioprofessionnels qui exigeaient la fin de la grève entamée le 24 juin.

À Bastia, une réunion entre le préfet de Haute-Corse et plusieurs patrons locaux s'est mal terminée. Une vingtaine de représentants d'entreprises, venus réclamer des garanties de l'État sur une fin rapide de la grève, ont été encerclés par les CRS, qui les ont violemment évacués.

Le reportage sur place de Marie-Gaëtane Comte

Les marins de la compagnie occupent et retiennent à quai à Marseille le cargo mixte de la Compagnie Méridionale de Navigation (CMN) "Kalliste". La CMN a depuis dérouté ses autres navires qui assurent la liaison avec les ports corses vers Toulon. Des bateaux de croisières suppriment leurs escales dans le port de Marseille.

Les organisations socioprofessionnelles de Corse, les transporteurs et les agriculteurs ont manifesté devant les préfectures à Ajaccio et Bastia vendredi après-midi. Dans un communiqué, ils demandent la reprise immédiate du trafic et l'ouverture de négociations avec les marins de la SNCM, dont les "grèves à répétition" placent selon eux la Corse dans une "situation économique dramatique" depuis des décennies.

C'est la troisième grève de la SNCM depuis le début de l'année.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.