le négociateur propose un compromis pour la sncm
le négociateur propose un compromis pour la sncm © reuters

MARSEILLE (Reuters) - Le négociateur nommé par le gouvernement et les six syndicats des grévistes de la SNCM sont parvenus mercredi à un "protocole de fin de conflit" qui donne un sursis de cinq mois à la compagnie maritime, a-t-on appris de source préfectorale.

Selon la même source, ce document sera présenté jeudi en Assemblée générale aux grévistes et leurs dirigeants syndicaux se sont engagés sur une reprise du travail.

Trois navires de la Société nationale Corse-Méditerranée bloqués à Marseille et un quatrième retenu à Ajaccio étaient réarmés mercredi soir pour être en mesure de reprendre la mer jeudi, a ajouté cette source.

En signe de bonne volonté, les grévistes de la SNCM ont décidé de débloquer le Kalliste, navire de la CMN (Compagnie méridionale de navigation) qu'ils retenaient dans le port de Marseille. Ce déblocage était en cours dans la soirée.

Les dirigeants syndicaux se bornaient pour leur part à déclarer que les marins décideraient jeudi matin en assemblée générale de la poursuite du mouvement ou de la reprise du travail. Mais ils se montraient satisfaits de l'issue de trois jours de discussions avec le négociateur, Gilles Bélier.

Celui-ci a proposé de repousser de cinq mois la perspective d'un redressement judiciaire de la compagnie, ont-ils précisé.

"Nous avons obtenu la sécurisation de la compagnie jusqu'au 30 novembre", a expliqué à Reuters Frédéric Alpozzo, de la CGT.

Ce délai sera mis à profit pour travailler sur le contentieux opposant l'Union européenne et la SNCM, la survie de la compagnie et la recherche d'un repreneur.

"Tout le monde est d'accord pour éviter la liquidation judiciaire", a ajouté le dirigeant syndical.

VALLS MENACE

Il a précisé que l'argent dû par les assurances de la SNCM après une avarie d'un de ses navires, le Napoléon Bonaparte, dans le port de Marseille, serait débloqué pour assurer la trésorerie de la compagnie au cours des prochains mois.

"Il faut saluer le travail du négociateur", a dit à Reuters Patrick Panzani, du syndicat autonome des marins.

"Ce texte liste les différences de point de vue entre les salariés et les actionnaires", a-t-il précisé. "Nous réservons la primeur de ce texte aux salariés (...) Mais il montre que le redressement judiciaire n’est plus l’unique priorité."

Le conflit de la SNCM en est à son 16e jour et paralyse l'activité économique de la Corse. Le Premier ministre, Manuel Valls, avait annoncé mercredi après-midi son intention de faire cesser les blocages de navires et les violences dans les ports.

Ces actes "sont inacceptables", avait-il déclaré à l'Assemblée nationale. "Le gouvernement, dans les heures qui viennent, prendra toutes les mesures nécessaires pour que ces blocages cessent, ils ont trop duré."

Auparavant, les marins avaient voté la reconduction pour 24 heures de leur mouvement, malgré un appel de Manuel Valls mardi à y mettre fin, sous peine de "couler" la compagnie.

Les syndicats réclament des assurances sur la mise en oeuvre du plan industriel signé en juin 2013 par l'ancienne direction de la SNCM, dont la société Transdev, détenue à 50/50 par Veolia et la Caisse des dépôts, a repris le contrôle en mai.

Ce plan prévoit la suppression de 500 emplois sans licenciement sur 2.600 postes et le renouvellement de la flotte avec l'achat de quatre navires. Mais Transdev et Veolia, qui souhaitent se désengager, refusent de l'appliquer.

TENSION EN CORSE

La situation de la SNCM est notamment grevée par la décision de la Commission européenne de demander le remboursement de 440 millions d'euros d'aides d'Etat, jugées illégales.

Les négociations butaient notamment sur la position de Transdev, actionnaire à 66% de la compagnie, qui privilégiait, comme le gouvernement une procédure de redressement judiciaire - un "diktat" dénoncé par les syndicats.

En Corse, près de 1.000 commerçants, entrepreneurs et agriculteurs, selon les organisateurs, 350 d'après la police, ont manifesté à Bastia contre "le manque de responsabilité de la CGT Marins" et "le manque de courage du gouvernement".

Une trentaine de manifestants ont forcé les portes de la direction régionale de la SNCM à Bastia, renversé du matériel et arrosé des bureaux avec un extincteur.

Selon le président du Conseil exécutif de Corse, Paul Giacobbi, l'île "perd un million d'euros par jour depuis le début du mouvement". Vannina Pieri, présidente de l'Agence pour le tourisme de la Corse, estime que "quelque 230.000 passagers sont d'ores et déjà perdus côté SNCM".

Le Premier ministre a annoncé qu'il recevrait jeudi les "acteurs socio-économiques" corses pour chercher des solutions et des compensations à la situation provoquée par la grève.

(François Revilla, avec Elizabeth Pineau et Roger Nicoli à Bastia, édité par Gérard Bon et Emmanuel Jarry)

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