Les défenseurs du lait cru ont repris les armes pour s'opposer à l'extension de l'AOP aux camemberts pasteurisés. Une mesure prévue en 2021 qui ne menace en rien la filière, assurent les instigateurs de la réforme.

Productions de la fromagerie Durand, au sein du village de Camembert, en Normandie.
Productions de la fromagerie Durand, au sein du village de Camembert, en Normandie. © AFP / CHARLY TRIBALLEAU

On avait cru la guerre du camembert terminée. Après une bataille sur l'étiquette des camemberts, accusée par les producteurs de camembert au lait cru AOP de tromper le consommateur, c'est maintenant la question de la pasteurisation qui a ravivé les craintes des producteurs. En février 2018, un accord avait été conclu pour que les camemberts au lait pasteurisé, dont "Le Président" de Lactalis, aient droit eux aussi à l'AOP à partir de 2021 (jusqu'alors, ils devaient se contenter de la mention "fabriqué en Normandie" qui leur interdisait le bénéfice de l'appellation d'origine protégée).

"La mort du camembert" avait dénoncé Richard Ramos dans une tribune. Mercredi dernier, le député MoDem du Loiret a distribué un fromage normand à tous ses collègues de l'Assemblée, en signe de soutien aux défenseurs du lait cru qui accusent l'institut national des appellations d'origine de nuire à la filière.

Pour rassurer les producteurs, la sénatrice UDI de l'Orne Nathalie Goulet organise ce mardi une conférence de presse pour prendre la défense d'un accord qui a bénéficié à toute la filière, plaident l'INAO et plusieurs élus. "L'AOP n'est pas le cheval de Troie des industriels et, non, la production des camemberts au lait cru n'est pas en danger" a aussi assuré le ministre Didier Guillaume mercredi.

Le cahier des charges prévoit en effet au minimum 30 % de lait de vaches normandes nourries avec de l'herbe en Normandie, sur un territoire bien défini, pour bénéficier de l'appellation.

Une nouvelle AOP sur le lait cru

Pour sauver le lait cru, la solution c'est la création d'une nouvelle AOP encore plus exigeante qui s'appellera "véritable camembert de Normandie" et devra "obligatoirement faire appel au lait cru" et une proportion encore plus élevée de vaches normandes, a-t-il ajouté. Le cahier des charges est discuté actuellement dans la filière. 

Les opposants craignent qu'en autorisant au sein d'une même appellation "l'original et la copie" le gouvernement n'ouvre la boite de Pandore : et si le brie de Meaux ou le comté réclamaient aussi "deux niveaux de qualité pour booster leurs parts de marché" ? 

"Pas question", répond Jean-Louis Piton, président du conseil permanent de l'INAO . L'affaire du camembert était un cas "exceptionnel", car le "fabriqué en Normandie" qui existait avant la création de l'AOP en 1983, n'avait jamais vraiment décollé. "On ne va jamais accepter cette démarche pour d'autres AOP", prévient-il. 

Avec la clarification de l'étiquette, le pari est désormais que le "véritable" augmente ses volumes, si les gourmets l'achètent. Le pari a déjà été gagné par d'autres AOP fromagères où coexistent lait pasteurisé et cru, comme le Saint-Nectaire par exemple, souligne-t-il.

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