Les dernières décennies ont vue se succéder nombre de scandales dans le petit milieu du vin. Falsifications d’appellation AOP, dissimulations de vins non-déclarés, mélanges, les formes d'escroqueries ne manquent pas. En réponse, la répression des fraudes redouble de vigilance. Focus sur les typologies de la triche.

La "chaptalisation du vin", qui consiste à rajouter du sucre pour augmenter le degré d'alcool du précieux liquide est une des typologies de fraude la plus répandue.
La "chaptalisation du vin", qui consiste à rajouter du sucre pour augmenter le degré d'alcool du précieux liquide est une des typologies de fraude la plus répandue. © Philippe Roy

La dernière grosse affaire en date remonte à il y a quelques jours à peine. Christophe Robert, ancien footballeur de Valenciennes, a été jugé à Bordeaux pour vente de vins frauduleux. Entre juin 2017 et mars 2018, 500 bouteilles de vin médiocres auraient ainsi été écoulées sous des appellations de grands crus pour la modique somme de 100 000 euros. Un autre scandale, bien plus retentissant celui-là, a vu le Château Giscours, troisième cru classé Margaux, revenir devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour "chaptalisation frauduleuse". Un procédé interdit qui se couple d'un mélange entre une cuve de merlot et de cabernet sauvignon.  

Toujours source d'étonnement, ces affaires se succèdent pourtant depuis les années 60 et le premier grand scandale médiatique dans le milieu viticole corse. Le méfait ? Avoir fabriqué du vin… sans raisins. Depuis, d'autres systèmes de fraude ont été révélés dans les vignobles français et au sein de grandes familles de négociants et domaines viticoles.

Chaptalisation : une réglementation stricte et des sanctions immédiates 

Chaptalisation. Ce terme désigne l'une des méthodes de tromperie les plus communes. Le procédé consiste à ajouter du sucre dans le vin pour augmenter sa teneur en alcool. Autrefois préconisé pour la conservation du vin, le système est aujourd'hui soumis à une réglementation très stricte. Interdite pour les vignobles du Sud et autorisée sous certaines conditions en France septentrionale, son utilisation crée beaucoup de frustrations et de conflits au sein de la filière. 

En réalité, cette ligne dure de la répression des fraudes vise à maintenir la singularité et la qualité du vignoble français, aux prises avec une demande toujours supérieure aux capacités de production. Dans le vignoble bordelais particulièrement, la chaptalisation est perçue comme une forme de sacrilège par les pairs de la profession et est passible de lourdes peines. Outre la confiscation de la production, les fauteurs encourent la prison ferme et de lourdes amendes. 

AOP : Appellation d'origine... pipée ?

Près de 41 % des vins français relèvent d'une appellation d'origine protégée, dite AOP, pour un chiffre d'affaires de 19,1 milliards. Elle désigne un produit dont toutes les étapes de production sont réalisées selon un savoir-faire reconnu dans une même aire géographique, qui donne ses caractéristiques au produit. C’est un sigle européen qui protège le nom du produit dans toute l’Union. Ironie ou non, c'est pour lutter contre la fraude que l'AOP a été créée au XXe siècle, puis élargie à l'échelle européenne. Soumise à certaines contraintes, l'AOP garantit aux vins qui en bénéficient une "meilleure image" en termes de commercialisation, et une fourchette légèrement plus haute de tarifs. Ainsi, il n'est pas rare que des viticulteurs agrémentent leurs étiquettes d'une appellation protégée qu'ils n'ont pas reçue. 

En 2017, le service de répression des fraudes (DGCCRF) a révélé qu'un négociant du Vaucluse avait mis en vente "environ 200 000 hectolitres de vin sans indication géographique (...) avec une fausse appellation d'origine côtes-du-Rhône et côtes-du-Rhône villages, dont 10 000 hectolitres avec une fausse AOP châteauneuf-du-pape", entre octobre 2013 et juin 2016. 

La fraude à l'importation a le vent en poupe

Reposant là aussi sur une législation européenne stricte, les cas de fraude à l'importation se sont multipliés ces dernières années dans le secteur viticole, mais aussi alimentaire et textile.

En 2005, la DGCCRF intervenait chez un importateur français pour faire déboucher 230 000 bouteilles de vins bulgares falsifiées par de la glycérine de synthèse, indice de fabrication de vin artificiel, et les faire réexpédier en Bulgarie pour des usages industriels. En 2013, les services de contrôle allemands signalaient le transit par le port de Sète de citernes entières de vin bulgare présentant la même falsification, réexpédiées par l’importateur français, de bonne foi, chez un embouteilleur allemand.

En 2011, l’attaché agricole de l’ambassade d’Afrique du Sud à Paris s’étonnait de la vente en France d’un vin de ce pays présenté comme "pinot rosé", alors qu’il n’y avait eu aucune exportation d’un tel vin. Les vérifications faites en France et en Belgique ont montré que la mention de  cépage "pinot" avait été ajoutée sur les documents accompagnant ces containers de vin d’Afrique du Sud rosé.

Dissimulation, falsification, distribution souterraine et autres petits arrangements

Certains viticulteurs dissimulent une partie de leur récolte, non-déclarée, dans des caves et cuves cachées. Destinée à être vendue directement de manière clandestine, ou détenue à titre complémentaire, elle sert bien souvent à pallier les récoltes déficitaires. D'autres distribuent ces surplus sous de fausses dénominations, en restauration notamment, pour réaliser des marges plus importantes. En 2016, un micro-entrepreneur du vin mousseux de qualité (VMQ) s’est ainsi retrouvé devant le tribunal correctionnel pour l'avoir distribué en le faisant passer pour du "petit champagne". L’examen des factures a montré que le vin mousseux utilisé pour la fraude était acheté 2,70 euros la bouteille, alors que le prétendu champagne de marque était revendu aux consommateurs 250 euros la bouteille.

D'autres vendent leur vin sous de fausses appellations de grands crus bourgeois ou de faux millésimes et coupent le liquide en le mélangeant à d'autres vins, ou encore en l’aromatisant. 

Cette énumérations des systèmes de triche montre que les domaines viticoles sont soumis à de grosses pressions en terme de rendement et de réglementation. Pour les petits producteurs, qui doivent maintenir leurs vignobles, et les grandes maisons ,qui doivent préserver leur renommée, la tâche est parfois ardue. 

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