Invité mardi sur France Inter, le député Adrien Quatennens a affirmé que "l'espérance de vie est fonction de l'âge auquel vous partez en retraite". Si les chiffres bruts semblent montrer le contraire, la situation est en réalité complexe et ne met pas les économistes d'accord.

Adrien Quatennens lors de la manifestation contre la réforme des retraites
Adrien Quatennens lors de la manifestation contre la réforme des retraites © AFP / Karine Pierre / Hans Lucas

Peut-on établir un rapport de proportionnalité entre espérance de vie et âge de départ à la retraite ? C'est le calcul qu'a présenté, lundi matin sur France Inter, le député LFI Adrien Quatennens. Réagissant à la question de la réforme des retraites, il a déclaré : 

"Il y a une hypocrisie quand monsieur Macron nous dit 'on vit plus longtemps donc il faut travailler plus longtemps'. Mais c'est notamment parce que la durée du temps de travail dans la vie a diminué que l'espérance de vie a augmenté. D'ailleurs précisément, l'espérance de vie est fonction de l'âge auquel vous partez en retraite. Donc on voit bien l'absurdité du système."

Une corrélation difficile à trouver ?

Ces propos sont-ils fondés ? Nous avons fait l'expérience de mettre sur un même graphique, et pour plusieurs pays, d'un côté l'espérance de vie, et de l'autre l'âge légal de départ à la retraite (le plus haut quand il y a plusieurs options dans un pays). Et voici le résultat.

Si l'on se fie à ces chiffres bruts, il est difficile de constater une corrélation : par exemple, parmi les pays où l'âge légal de départ en retraite est de 65 ans, on trouve aussi bien la Moldavie, où l'espérance de vie est de 72,1 ans, que la Suisse où elle est de 83,4 ans. L'espérance de vie semble possède d'autres facteurs, d'un pays à l'autre.

Cela suffit-il à invalider les propos d'Adrien Quatennens ? En réalité, la situation est beaucoup plus complexe que cela : "Il n'y a pas de consensus sur les études analysant cette question", confie un économiste travaillant pour une organisation internationale et ayant souhaité garder l'anonymat. D'abord parce que "les effets peuvent être évidemment très différents en fonction du type d'activités". 

Pas de consensus chez les économistes

"Il y a effectivement un débat entre ceux qui, au prétexte de l'augmentation de l'espérance de vie, proposent de retarder l'âge de la retraite, et ceux qui expliquent que c'est aussi grâce à la retraite à 60 ans que l'espérance de vie a pu augmenter, et que repousser l'âge de la retraite pourrait avoir des effets sur l'espérance de vue", explique de son côté l'économiste Maxime Combes, porte-parole d'Attac. 

Il ajoute : "_Il faut déconstruire ce qui est présenté comme une évidence_, de dire 'L'espérance de vie augmentant, retardons l'âge de départ à la retraite'. À partir du moment où les deux sont corrélées, ce qui est présenté comme une évidence ne l'est plus". 

"Ce sont de faibles indices que travailler plus longtemps aurait un impact négatif sur la santé physique mais un impact positif sur la santé psychologique", ajoute notre économiste anonyme, qui ajoute qu'un autre facteur important est l'âge de départ avant augmentation. "Augmenter l'âge de 60 à 62 ans n'a par exemple pas du tout le même effet que de 70 à 72 ans", détaille-t-il. 

Ainsi, si l'assertion d'Adrien Quatennens "a l'air assez aventureuse" selon ce spécialiste, la littérature économique à ce sujet est "trop fragile" pour démentir ou confirmer totalement ces affirmations. 

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