La ministre de la Transformation et de la fonction publiques, Amélie de Montchalin, annonce ce mercredi dans Le Monde des "voies d’accès pour les candidats issus des milieux modestes", pour les concours qui permettent de devenir haut-fonctionnaire, commissaire ou encore magistrat.

Amélie de Montchalin veut diversifier les profils dans les cadres de la fonction publique.
Amélie de Montchalin veut diversifier les profils dans les cadres de la fonction publique. © AFP / Ludovic Marin

"Il faut remettre en route l’ascenseur social". Dans un entretien publié ce mercredi dans le journal Le Monde, Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, annonce que des places seront réservées aux candidats issus de milieux modestes dans des concours de la fonction publique. Objectif : remettre de la diversité "sociale et territoriale" dans les profils des cadres. 5 questions pour bien comprendre l'annonce de la ministre.

Qu'annonce Amélie de Montchalin ?

La ministre de la Transformation et de la fonction publiques veut créer à partir de 2021 des "voies d’accès pour les candidats issus des milieux modestes", pour les concours qui permettent d'entrer dans les écoles de service public. Elle souhaite qu'il y ait dans ces concours des "places réservées", pour aller chercher les jeunes "qui pensent que ces concours ne sont pas faits pour eux."

"La haute fonction publique a perdu en diversité sociale et territoriale. Dans la promo 2019-2020 de l'ENA, 76 % des élèves ont un père exerçant une profession dite 'supérieure' : 1 % d’entre eux ont un père ouvrier – c’était 4 % en 2006", s'inquiète-t-elle dans Le Monde.

Comment ça va marcher exactement ?

Pour pourvoir ces "places réservées", Amélie de Montchalin veut notamment s'appuyer sur les classes préparatoires, qui permettent d'accéder aux écoles de la fonction publique. 27 des écoles possèdent leurs propres "prépas", fréquentées au total par 700 étudiants. La ministre veut faire monter ce chiffre à 2 000, "au moins", et ce sont les élèves inscrits dans ces classes préparatoires qui pourront passer les concours dédiés.

Si leurs modalités restent à définir, pas question, prévient Amélie de Montchalin, de faire des concours "au rabais" : "Ils seront sélectifs", dit-elle, et impensable de se passer d'épreuves écrites, "qui appartiennent à notre tradition méritocratique et démocratique."

Ça concerne quelles écoles ?

Amélie de Montchalin souhaite que tous les concours de la haute fonction publique soient concernés : autrement dit, les concours qui forment les "cadres d'administration". Cela s'applique à la plus connue de ces formations, l'École nationale d'administration (ENA) qui forme les futurs hauts-fonctionnaires, qui travailleront par exemple au Conseil d'État ou à la Cour des comptes. Sont aussi concernés les concours pour devenir directeur d'hôpital, administrateur territorial, commissaire de police, magistrat ou encore attaché d'administration.

Quels seront les critères ?

Amélie de Montchalin évoque plusieurs critères pour candidater à ces places réservées : être boursier, avoir passé son bac dans un quartier prioritaire ou dans une zone de revitalisation rurale. Mais, souligne-t-elle, certains élèves qui ne cochent pas ces cases pourront y prétendre, de par leur "mérite" et leur "parcours de vie".  

Une fausse bonne idée pour Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant Unef, jointe par France Inter : "Si on fait un concours spécifique pour les jeunes qui viennent des quartiers populaires et que ce concours est labellisé 'quartiers populaires', on va créer des voies de différenciation qui seront néfastes", estime-t-elle. "Il faut prendre le mal à la racine en abandonnant la sélection, en faisant en sorte qu'il y ait une meilleure pédagogie dans nos établissements. Déjà, on aura dans les candidats aux concours plus de personnes issues des milieux populaires."

Ça a déjà été mis en place ailleurs ?

Depuis 2001, Sciences Po Paris - qui ne forme pas directement les fonctionnaires mais prépare à certains concours, dont l'ENA - promeut la diversité dans ses cursus avec son programme "Conventions éducation prioritaire" (CEP). Chaque année, les meilleurs élèves de certains lycées en zone d'éducation prioritaire peuvent être dispensés des épreuves écrites sur dossier, et passer directement l'oral d'admission. Une procédure qui concerne aujourd'hui 106 établissements en France métropolitaine et en Outre-mer. 

L'ENA fait aussi des efforts en terme de diversité. Ainsi, selon un rapport remis en début d'année au Premier ministre, l'école soulignait que sur les 82 élèves reçus au concours en décembre dernier, plus de 36% étaient boursiers, contre 25% l'année d'avant. "Et 11 élèves ont réalisé une partie de leur scolarité en zone ou réseau d'éducation prioritaire", précise le rapport.

Il y a un an, huit grandes écoles (dont Normal sup' et trois grandes écoles de commerce) présentaient aussi à Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, des pistes pour accroître la diversité sociale en leur sein. L'une des propositions : attribuer des points bonus aux candidats issus de milieux défavorisés lors de la phase d'admissibilité des concours.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.