Alors que le gouvernement leur demande de pratiquer des tests Covid au sein de leurs établissements, les infirmières scolaires préviennent que ce temps passé sur la prévention sanitaire liée au virus est un temps qu'elles ne pourront pas consacrer aux jeunes en grande souffrance notamment psychique.

"A la rentrée, une lycéenne enceinte est venue à l'infirmerie pour être aidée. On doit être disponible à 100%"
"A la rentrée, une lycéenne enceinte est venue à l'infirmerie pour être aidée. On doit être disponible à 100%" © AFP / Cristina Quicler

Ce qui déclenche la colère des infirmières de l'Éducation nationale, c'est l'annonce des tests à destination des personnels et des élèves qui le souhaiteraient, une charge supplémentaire alors que la situation est déjà préoccupante dans les établissements, explique Mélanie Dhaussy. Elle est infirmière de l'Éducation nationale, en poste dans un collège et dans un lycée et également secrétaire académique du Snics-FSU de Rouen (syndicat des infirmières scolaires).

FRANCE INTER : Pourquoi estimez-vous qu'il n'est pas possible pour vous de réaliser ces tests ?

MÉLANIE DHAUSSY : "Depuis la rentrée de septembre, nous sommes énormément sollicités dans la gestion de la pandémie. D'abord par les élèves qui viennent spontanément chercher dans les infirmeries de l'écoute et des conseils et nous ne pouvons pas tout assumer. On nous demande de nous porter volontaires pour faire partie de brigades départementales de dépistage. Ce qui voudrait dire que nous ne serions pas dans nos établissements scolaires, alors que nos élèves ont énormément besoin de nous. Ils ont besoin de nous au quotidien et ils ont encore plus besoin de nous à cause de la Covid et de toutes les conséquences que cela a sur leur santé. 

On a été malheureusement eu une catastrophe dramatique au premier confinement. Une élève de notre lycée s'est donnée la mort au mois d'avril. C'est une élève qui fréquentait l'infirmerie et qui venait chercher très régulièrement des réponses à ses questions et du soutien. Et là, clairement, comme nous étions confinés loin de notre infirmerie, nous n'avons pas pu répondre à ses besoins et l'administration n'a pas réussi à mettre les moyens pour qu'on puisse répondre correctement aux besoins des élèves lors de ce premier confinement." 

Ce type de situation dramatiques, vous les rencontrez plus souvent en ce moment ?

"Elles sont nombreuses les jeunes filles dans ces situations-là. On a la situation fréquente aussi, de la jeune fille qui est arrivée le jour de la rentrée scolaire enceinte, qui venait chercher de l'aide pour l'accompagner dans sa décision. 

Il y a aussi tous les élèves qui viennent chercher les contraceptions d'urgence dans les infirmeries, puisque là, c'est clairement aussi un droit qui leur est offert et qui nous est cher. Et puis, ces élèves qui sont témoins ou victimes de violences qui viennent puisque nous, on accueille et on écoute et on oriente après en fonction des besoins des élèves."

La prise en charge et l’écoute de ces adolescents nécessitent du temps ?

"Et c'est ce qui nous inquiète fortement puisque les jeunes et les élèves et les adolescents sont les premiers touchés par cette crise, qu'elle soit sanitaire ou économique, puisque leurs parents sont également concernés. Ce sont les citoyens de demain et nous sommes, nous, en infirmières, très inquiètes. On a également beaucoup d'enfants plus jeunes qui présentent des troubles de l'attention, des problèmes d'apprentissage, de la lecture. Une grande fatigue avec des troubles du sommeil importants." 

Ces enfants viennent à l’improviste à l’infirmerie ?

"Oui et donc on a besoin d'être à notre poste, on a besoin d'être disponible à 100% pour pouvoir répondre aux besoins des élèves et pour prendre en compte et écouter tous les syndromes anxieux qui sont qui sont multipliés par la crise. Quand on nous demande de faire le tracing, pour les cas Covid, dans les établissements, ça prend pour certaines collègues deux à trois heures par jour. Pendant ce temps-là, l'infirmerie n'est pas accessible pour les élèves… Ils ne peuvent alors plus venir nous voir de manière spontanée, libre et gratuite. Quand on voit le nombre de consultations qui a lieu dans les établissements, on demande des moyens humains pour pouvoir répondre à ces besoins-là."