La ministre de l'Enseignement supérieur a confirmé mercredi le maintien des examens en présentiel. Plusieurs collectifs d'étudiants, très inquiets de la progression épidémique, exigent au contraire de composer en distanciel.

Des étudiants de l'IUT de Toulouse passent un examen en présentiel le 25 mai 2021.
Des étudiants de l'IUT de Toulouse passent un examen en présentiel le 25 mai 2021. © AFP / THOMAS BARON / HANS LUCAS

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a confirmé ce mercredi sur France info la décision de "maintenir les examens en présentiel". "C'est la demande majoritaire des étudiants", a-t-elle précisé. Pourtant, de nombreux collectifs d'étudiants, de Paris à Aix-en-Provence, tirent la sonnette d'alarme. Le nombre de cas positifs au Covid parmi les élèves explose avant la rentrée, et ils sont inquiets de se retrouver à plusieurs centaines dans des amphithéâtres dès la semaine prochaine. Ils mettent en garde : certains élèves pourraient se rendre aux examens bien qu'infectés au Covid, pour ne pas prendre le risque d'aller aux rattrapages ou de perdre leurs bourses. 

45 % des élèves cas contact à la Sorbonne

Lundi, l'antenne UNEF de l'Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne a publié les résultats d'un sondage mené ce week-end, auquel 5 000 étudiants ont répondu. Les résultats sont "sans appel" selon le syndicat étudiant. 16% des élèves de la Sorbonne se déclarent positifs au Covid (soit 800 personnes) à cinq jours du début des partiels, et 45% (2250 personnes) se déclarent cas contact. Le syndicat alerte:

La situation sanitaire des étudiant.e.s de notre Université est très dégradée.

Dans la même Université, des élus "indépendants", étudiants des facultés de droit et d'économie notamment, soutenus par des conseillers régionaux d'Ile-de-France, ont publié ce mardi une lettre ouverte à Frédérique Vidal, intitulée "Pour des partiels sans Covid !" Elle a pour l'instant recueilli 5700 signatures. Ils demandent à la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche "de prendre toute mesure nécessaire pour éviter la catastrophe universitaire et sanitaire qui se profile", avant d'ajouter "des solutions existent : passage des examens en distanciel ; report des épreuves ; session bis."

Des pétitions à Paris, Marseille et Rennes

Même chose à l'Université d'Aix-Marseille (AMU) où des étudiants non-syndiqués ont lancé une pétition (près de 1 900 signatures à ce jour) demandant le passage des examens en distanciel. Ils jugent "absurde" de devoir venir sur place alors que "le nombre de contaminations n'a jamais été aussi haut depuis le début de la pandémie". 

Cela est très dangereux. Avec les fêtes de fin d'année, nombre d'étudiants vont être positifs. Il y a ceux qui vont être courants et qui donc ne vont pas se présenter aux examens, mais aussi ceux qui ne vont pas être au courant et qui vont se présenter aux examens.

A l'Université de Rennes 2, les étudiants de la licence de psychologie demandent à passer leurs examens "en ligne" et ont recueilli à ce jour un peu plus de 400 signatures

Des sessions balais aléatoires

Le maintien des examens en présentiel a-t-il été décidé "à la demande majoritaire des étudiants" comme l'affirme la ministre ? En réalité, la situation est un peu plus compliquée. De nombreux étudiants, et parfois une majorité, souhaitent en effet maintenir le présentiel, car tous ne sont pas égaux devant le distanciel (problème de connexion, d'intimité, de matériel informatique). 

Selon le sondage de l'UNEF, seuls 30% des étudiants sont pour des partiels "en distanciel pour tout le monde"'. En revanche, 34% (1700 élèves) sont pour une solution alternative, une adaptation du présentiel : ils souhaitent une "utilisation de la note de contrôle continu et l’organisation d’une session balais durant le second semestre pour les étudiant.e.s atteint.e.s du Covid 19 durant les partiels."

Ces sessions "balais" permettent aux étudiants positifs durant les épreuves de janvier de repasser les examens en présentiel (en février par exemple), sans attendre la session de rattrapages de la fin d'année. Retenue comme solution par la direction de l'Université Paris 1 - Panthéon la Sorbonne, elle permet aussi "à tout le monde de conserver son droit à une seconde chance", commente Mélanie Luce, présidente nationale de l'UNEF. 

L'UNEF dénonce un manque de communication du gouvernement

Selon l'UNEF, le problème réside avant tout dans un manque d'anticipation et de communication du ministère de l'Enseignement supérieur. "Les Universités n'ont pas été écoutées et soutenues dans l'organisation des examens", poursuit Mélanie Luce. De nombreuses universités n'ont pas encore prévu ou communiqué sur la tenue d'éventuelles "sessions balais", et beaucoup d'étudiants ne savent pas à quoi s'en tenir pour la semaine prochaine

Il faut communiquer auprès des étudiants, mettre les moyens pour que ces sessions balais se tiennent, et embaucher du personnel pour cela

poursuit la présidente de l'UNEF. Elle regrette que toutes ces précisions ne soient "pas dans les annones de Frédérique Vidal, qui a simplement dit "tout va bien se passer". Bien sûr que ça ne rassure pas les étudiants."

Dans ce cas, elle confirme qu'il y a en effet un "risque" que des étudiants positifs au Covid ou cas contacts se rendent à l'Université pour ne pas être pénalisés. Certains étudiants ont en effet "peur d'aller aux rattrapages", ou peur de "perdre leur bourse", selon un étudiant de Licence 2, signataire de la pétition pour l'Université d'Aix-Marseille.