C'est ce jeudi que paraît chez Gallimard le livre écrit par le ministre de l'Éducation nationale. "École ouverte" revient largement sur la crise sanitaire. Le ministre, tout au long de ces 112 pages, cherche à justifier les décisions qu'il a prises.

Jean-Michel Blanquer publie ce jeudi "Ecole ouverte" chez Gallimard
Jean-Michel Blanquer publie ce jeudi "Ecole ouverte" chez Gallimard © AFP / Estelle Ruiz / Hans Lucas

Dans "École ouverte", Jean-Michel Blanquer, en 112 pages, répond aux critiques et livre sa vision de l'école - qu'il écrit tout au long de son livre avec un E majuscule. Mais surtout, le ministre se justifie et assure avoir pris les bonnes décisions pendant la crise sanitaire, et fait les bonnes réformes pendant le quinquennat.

Dès les premières pages, le ministre se glorifie que la France ait été "l'un des pays qui ont le plus maintenu les écoles ouvertes". Il ajoute :

"J'avais une conviction, un mantra pourrait-on dire, que je me répétais matin et soir : ouvrir les écoles."

Un confinement accepté à contrecœur

Il raconte les coulisses des prises de décision depuis un an et demi. À commencer par le 12 mars 2020, quand il affirme que le confinement général n'est pas envisagé : "Ce 12 mars, l'épidémie est déjà galopante dans certains territoires, les premières écoles sont déjà closes et je sais que nous aurons encore à en fermer dans des départements ou encore des régions entières", raconte-il. "Mais je n'imagine pas que le confinement sera général dans quelques jours, sur tout le territoire, et pendant près de deux mois."

Lorsqu'il apprend que ce même soir, Emmanuel Macron veut annoncer de nouvelles mesures strictes, il lui écrit "comme nous en avons l'habitude lui et moi par messagerie Instagram". À l'annonce du fait que c'est un confinement généralisé qui se prépare, il écrit :

"Je pense tout de suite à ce que cela signifie pour les élèves de notre pays (...) je suis trop habité par la question de l'École pour ne pas être sidéré par cette situation historique inédite et brutale."

Pourtant, le soir même, Emmanuel Macron annonce l'inverse. "Je ne discute pas le bien-fondé de cette décision (...) Les choix les plus difficiles sont toujours ceux que l'on prend là où il y a le plus d'inconnues", explique-t-il, comme à contrecœur. C'est avec amertume aussi qu'il décrète le contrôle continu complet pour le bac 2020.

Sur la mise en place des mesures dans les écoles, s'il reconnait "mille imperfections et bien des insuffisances, et non moins de voix pour les dénoncer", il préfère s'appesantir sur "la somme inouïe de travail accompli par les uns et les autres".

"Ils ne passeront pas"

Jean-Michel Blanquer raconte aussi, dans le livre, les heures qui ont suivi l'assassinat de Samuel Paty, l'an dernier. Reprenant à son compte les mots d'Emmanuel Macron, il affirme : "Mes positions sur la laïcité et sur la défense de la République face au fondamentalisme islamiste ont été nettes depuis le début du quinquennat. "Ils ne passeront pas", j'en fais ma devise et j'y resterai fidèle", dit-il.

Sur la même page, évoquant les polémiques qui renaissent peu après les temps d'union nationale, il revient sur l'emploi du terme "d'islamo-gauchisme" : "J'ai le sentiment d'énoncer une vérité que j'ai constatée des dizaines de fois dans la vie académique comme dans la vie politique : des courants se voulant avant-gardistes et qui, pour certains sans le savoir, font le lit de ce qui est l'un des fascismes de notre temps."  Il relate les critiques qui lui sont faites, les attribue au fait que ses propos "visaient au plus près ceux qui constituent ce mouvement en France", et cite Edwy Plenel et Jean-Luc Mélenchon comme ses "procureurs zélés sur Internet". Il conclut ce passage ainsi :

"Si défendre une position républicaine c'est désormais être d'extrême-droite, c'est que cette extrême-gauche a un problème avec la République."

Blanquer "aime" les professeurs

Dans son récit, Jean-Michel Blanquer salue "les trésors de dévouement" de toute une profession. Il n'a jamais été aussi dithyrambique sur les professeurs. "Je les aime, mais ce serait incongru de le dire si directement", écrit-il pourtant, comme pour faire oublier les critiques et les polémiques.

Il raconte par exemple avoir assisté aux premiers enregistrements des émissions Lumni sur France Télévisions, avec des enseignants qui n'avaient pas été formés pour la télévision : "Dès que la caméra se met à tourner, un silence religieux se fait sur le plateau (...). Chacun écoute, captivé par le talent des deux professeurs de CP qui font la leçon de lecture du jour et qui, en quelques minutes, perdent toute appréhension, toute hésitation dans la voix."

"À la fin de l'enregistrement, tout le monde est très ému. Voir ces professeurs donner tant avec talent, humilité et engagement m'émeut moi aussi."

Le lyrisme l'emporte parfois : "Nous pouvons compter sur le dévouement des professeurs qui inventent des pratiques remarquables sur le terrain et ne comptent pas leur temps pour prendre des nouvelles de leurs élèves (...) C'est la France dans ce qu'elle a de plus beau qui se révèle dans ces moments-là, une France faite de générosité, d'abnégation, de sens du service public, et d'attention à autrui."

Il estime avoir toujours agi au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant. Avec emphase, parfois : "Je voyais que nous avions sauvé les enfants de France d'un naufrage dramatique."