Pas facile de faire la classe à ses enfants tout en travaillant, surtout s’ils ont des niveaux différents, et que le conjoint ne peut pas aider. Les mères, parce que c’est souvent sur elles que la charge mentale retombe, craquent.

L'école à la maison
L'école à la maison © Getty / Layland Masuda

Alors que la réouverture progressive des classes est annoncée pour le 11 mai, Philippe Meirieu, professeur émérite en sciences de l'éducation et Muriel Paletou, présidente départementale de la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves) en Haute-Garonne ont rassuré les parents et donné des conseils simples dans Le Grand Rendez-Vous de Bruno Duvic.

Le maître mot : s’organiser, poser des règles

Philippe Meirieu : « L’important, c’est de prendre du temps en amont, pour organiser le temps de travail et s'organiser ensemble. Il faut se créer une petite collectivité de vie qui se fixe des règles et qui se donne des moments avec le respect des rituels mis en place.

A tel moment, le parent peut dire « C'est moi qui travaille, ne me dérange pas », à d’autres : « Je suis à ton écoute, mais pas pour faire ton travail à ta place : pour te donner éventuellement un conseil, pour t’expliquer que ce qui est important. Souvent ce n'est pas forcément ce qui est le plus facile, mais précisément ce qui est le plus difficile, parce que c'est là où tu vas apprendre le mieux. » 

Tout ça est très difficile. Je suis très admiratif devant l'investissement des parents qui relayent celui des enseignants pour tenter de réaliser cette continuité pédagogique, ce pari impossible.  »

Tendre vers l’autonomie

Philippe Meirieu : «Il existe des enfants qui peuvent travailler en autonomie toute une journée, d'autres qui travailleront en autonomie une demi-journée, d'autres seulement  un quart d'heure. 

Chez les parents, c’est pareil. Il y a ceux qui sont massivement investis dans la scolarité de leurs enfants. Et d’autres, malheureusement, qui ne peuvent pas le faire. 

Il faut profiter du confinement pour travailler cette marge d'autonomie en demandant à l’enfant « Qu'est-ce que tu es capable de faire seul ? » et prendre quelques minutes par jour, pour réfléchir à comment il va s'organiser.

Puis s’interroger avec lui : « Qu'est-ce qu'il peut faire de manière autonome et sur quoi a-t-il besoin d'aide ? » Ces moments de dialogue au sein de la famille sont essentiels. Si on laisse l'enfant livré à lui-même, il n'avancera pas beaucoup - seuls n'avanceront ceux qui sont déjà de très bons élèves. Mais si on est toujours derrière son dos, il n’acquerra jamais aucune autonomie. 

Après l’expérience de l’autonomie quotidienne on peut faire un bilan : « qu’est-ce qui a marché ou pas marché ? » Et à partir de là, on fait évoluer  l'organisation de son emploi du temps. »

Ne pas culpabiliser, et se rassurer: les enfants ont déjà progressé 

Muriel Paletou : « Dans notre enquête académique réalisée depuis le début du confinement on a constaté chez beaucoup de parents (62,5 % ) un fort sentiment de culpabilité : ils ont peur de manquer de disponibilité ou d'être quelquefois dans l'incapacité d'expliquer ou de comprendre les attendus de l'école. 

Qu’ils se rassurent: leurs enfants sont à l’aise, eux, avec les technologies modernes, et ils ont su très tôt les utiliser. 

La deuxième chose positive qui devrait rassurer les parents est que, selon notre enquête, les enfants ont déjà énormément gagné en autonomie depuis le début du confinement. Même chez les adolescents qui avaient du mal à se mettre au travail ! Cette autonomie est un véritable progrès réalisé, entre autres, grâce aux parents.  »

ECOUTER | Philippe Meirieu et Muriel Paletou dans Le Grand rendez-vous sur l'école à la maison

Aller loin 

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