"Sidération", "effroi", "effarement": le monde de l'éducation était abasourdi vendredi soir après la décapitation d'un professeur d'histoire qui avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.

Effroi et colère après la décapitation d'un professeur d'histoire
Effroi et colère après la décapitation d'un professeur d'histoire © Maxppp / Yoan Valat

"C'est la République qui est attaquée" avec "l'assassinat ignoble de l'un de ses serviteurs", a réagi le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, sur Twitter.  "Notre unité et notre fermeté sont les seules réponses face à la monstruosité du terrorisme islamiste. Nous ferons face", a ajouté le ministre.  

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Il a reçu samedi à 9h, avec le Premier ministre, les représentants des personnels et des parents d'élèves et promet qu'il s'adressera par vidéo "à tous les professeurs, les personnels et aux familles".  

Venu dans la soirée au collège du professeur décapité, Emmanuel Macron a salué "tous les enseignants de France", en affirmant "que nous sommes avec eux, que la nation toute entière sera là, à leurs côtés, aujourd'hui et demain pour les protéger et les défendre, leur permettre de faire leur métier qui est le plus beau qui soit : faire des citoyens libres".  

Vendredi, un enseignant a été décapité à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) et son agresseur présumé tué par la police dans la ville voisine d'Eragny (Val-d'Oise).  Selon une source policière, la victime, un professeur d'histoire-géographie du collège du Bois-d'Aulne, avait montré récemment à ses élèves des caricatures de Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression.  

"Nous sommes sous le choc", dit le Snes-FSU

"Nous sommes sous le choc", a déclaré à l'AFP Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire peu après la divulgation de ces faits.  "Il y a ce soir beaucoup d'effroi, beaucoup d'émotion". "Un collègue a été assassiné parce qu'il a fait son métier en utilisant le support de la caricature", a-t-elle ajouté, évoquant une "attaque contre le cœur du métier de professeur qui consiste à enseigner mais aussi à former des citoyens, construire des opinions éclairées en confrontant des avis différents".  

Même émotion du côté du SE-Unsa: "c'est l'horreur qui frappe l'école de la République", a lancé son secrétaire général, Stéphane Crochet. "Toute la communauté éducative est profondément bouleversée, les personnels, les élèves, les familles".  Il a appelé à "l'unité nationale autour de l'école pour refuser la violence et l'obscurantisme".     

Sud Education exprime son horreur

"Les enseignant-e-s doivent pouvoir aborder différents sujets du programme en classe en utilisant les supports pédagogiques qui leur paraissent pertinents sans avoir à craindre des représailles", a écrit la fédération dans un communiqué. Franck Collard, le président de la fédération des professeurs d'histoire et de géographie (APHG), a rappelé que les cours d'éducation morale et civique (EMC) ont été renforcés après les attentats de 2015. 

"Normalement, les collègues sont armés pour ne pas choquer les consciences", a-t-il souligné. "Mais c'est parfois difficile, cela reste un lourd fardeau pour les professeurs", a-t-il poursuivi. "Ce soir, les collègues sont sidérés et se sentent un peu démunis".  Certains parents d'élèves s'étaient émus la semaine dernière, notamment sur les réseaux sociaux, après l'utilisation en cours des caricatures par le professeur.  

"Travailler sur cette liberté d'expression, c'est ce qu'on fait tous".

"Il peut y avoir différents types de pratiques pédagogiques mais tuer quelqu'un parce qu'il enseigne la liberté d'expression, c'est affreux", a lâché Christine Guimonnet, secrétaire générale de l'APHG. Sans vouloir commenter le contexte, qui va faire l'objet d'une enquête, elle a rappelé que "travailler sur cette liberté d'expression, c'est ce qu'on fait tous".  "Il y a ce qui est dans les programmes, et les interstices dans lesquels on se glisse", a-t-elle souligné. "Les élèves ont besoin d'avoir des outils intellectuels pour comprendre que la religion n'est pas qu'un élément spirituel mas aussi un sujet de discorde", a-t-elle par exemple relevé.  

Après une "première réaction d'effroi", Jean-Rémi Girard, président du Snalc (syndicat du secondaire) demande maintenant que "justice soit faite". "Nous avons besoin de comprendre l'enchaînement des événements, comprendre comment on peut finir décapité quand on est un enseignant au XXIe siècle".