Le 21 juin, pour la première fois, les lycéens de terminale vont affronter une nouvelle épreuve, celle du grand oral du baccalauréat. Pour la réussir parfaitement, Charles Haroche, auteur du "Grand Oral du Bac pour les Nuls", donne ses derniers conseils.

Un garçon se tient debout dans un couloir alors que des lycéens passent l'examen du baccalauréat.
Un garçon se tient debout dans un couloir alors que des lycéens passent l'examen du baccalauréat. © AFP / Martin Bureau

Se tenir debout, droit, les pieds ancrés dans le sol et regarder les membres du jury dans les yeux : voici quelques-uns des conseils donnés par Charles Haroche, ancien avocat, qui enseigne l'art oratoire et la rhétorique à l'Université Paris X et Paris VII dans le cadre du programme Eloquentia. Il est aussi l'auteur du livre Le Grand Oral du Bac pour les Nuls (éditions First).

Ce grand oral fait partie de la réforme du baccalauréat initiée par le ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, Jean-Michel Blanquer. Prévu à l'origine en 2020, pour la voie générale et pour la voie technologique, il a été annulé en raison de la crise sanitaire. Pour la première fois, les lycéens vont donc s'essayer cette année à l'art oratoire. 

Ce n'est pas un exercice de récitation mais vraiment de réflexion 

L'épreuve se déroule en deux parties. Tout d'abord, l'épreuve orale, de réflexion et d'argumentation sur un sujet choisi par l'élève, puis le temps de l'échange entre le lycéen et les membres du jury. 

Se visualiser et se sentir légitime

Charles Haroche conseille notamment un travail de visualisation en amont. 

"Beaucoup d'élèves auront une appréhension avant cette épreuve, chose normale. Il faut donc se visualiser." Le candidat doit visualiser le temps de préparation et visualiser le premier son qui va sortir de sa bouche pour se sentir légitime d'être présent.

À partir du moment où vous avez travaillé votre sujet, rappelez-vous un principe que les Romains énonçaient il y a 2 000 ans : possède ton sujet et les mots suivront

"Le plus souvent, l'enseignement de la parole n'étant pas privilégié en France, on ne se sent jamais légitime quand on est jeune pour prendre la parole si elle n'est pas parfaite", assure Charles Haroche. Pourtant, selon lui, ce n'est pas grave. "Ce n'est pas grave d'hésiter, de bafouiller, ou d'avoir des moments de bégaiements, tous les grand orateurs en ont". 

Car à partir du moment où l'élève a travaillé son sujet, il est en quelque sorte devenu expert dans sa matière. Il peut se sentir libre de s'exprimer et de défendre son point de vue. 

"L'épreuve ne peut que bien se passer pour vous", assure Charles Haroche qui souligne l'importance de cette légitimité. 

"Dans quelques années, vous aurez peut-être le même niveau d'études que vos enseignants, voire un niveau supérieur, détaille-t-il. C'est donc une épreuve où vous devez vous sentir à égalité avec les enseignants en face de vous." 

Utiliser les silences

Deuxième conseil essentiel pour réussir l'examen, prendre son temps. 

"Ralentissez, surveillez votre débit de parole", recommande-t-il. Puisqu'avec le stress vous allez toujours avoir tendance à vouloir parler trop vite. "Surtout utiliser des silences même si cela peut effrayer. Dans votre présentation, vous allez avoir un grand A, un grand B, et ce sont ces silences qui vont permettre à l'examinateur de savoir que vous passez d'un argument à un autre" analyse Charles Haroche.

Si vous écoutez les grands orateurs Barack Obama, De Gaulle, Malraux, vous allez voir qu'ils utilisent énormément les silences pour nous permettre de comprendre les différentes étapes d'un discours.

Les silences permettent de mettre en lumière la structure d'un discours. Le spécialiste estime qu'il ne faut pas en avoir peur quand on s'exprime à l'oral. 

"De toute façon, lorsque l'on ne sait pas quoi dire, on a tendance à les remplacer par des 'euh', constate-t-il. Il vaut donc mieux utiliser des silences, avec parcimonie, pour permettre aux examinateurs de comprendre où vous en êtes dans votre réflexion".

Éviter de lire ses notes

Lors du grand oral du bac, évitez de lire vos notes. Il est essentiel de s'approprier sa réflexion, son argumentation, comme le rappelle Charles Haroche : "ce n'est pas une épreuve de récitation mais de conviction." 

Tout au long de l'exposé, il faut regarder les membres du jury. 

C'est par le regard que vous allez créer un lien avec eux. D'autant plus que l'épreuve sera masquée, c'est donc le seul moyen que vous avez de voir leur réaction et voir s'ils sont intéressés ou non.

Ne vous décomposez pas

Si les examinateurs ne semblent pas intéressés ou s'ils posent une question, ne pas se décomposer et adopter une attitude positive. "Cela ne veut pas dire que vous avez dit une erreur, ça ne veut pas dire que vous vous êtes trompé, ça veut dire au contraire, sans doute, dans la plupart des cas, que le jury va vouloir aller au-delà dans la discussion pour vous aider à approfondir", souligne l'ancien avocat. 

L'échange avec le jury sur votre futur parcours professionnel est une étape à ne pas sous-estimer. Par une préparation du sujet et des "billes pour votre contre-argumentation", vous allez pouvoir répondre.

Si vous ne savez pas ce que vous voulez faire plus tard, ce qui est tout à fait normal à votre âge, assumez-le en disant que vous avez choisi telle discipline, par exemple le droit ou la biologie, parce que vous avez une appétence pour la discipline mais que vous ne savez pas encore vers quel métier de cette discipline vous voulez envisager à l'avenir

Dans un parcours scolaire, il est rare que l'on ait un temps pour parler de soi. C'est désormais possible, "alors ne soyez pas timide, n'ayez pas peur et soyez fier de ce que vous avez déjà accompli et de ce que vous voulez accomplir par la suite", appuie Charles Haroche.

Soigner votre posture

Autre conseil, la posture à adopter. Il est évident que l'impression donnée aux examinateurs jouera sur leur attention. Il faudra donc veiller à "se tenir debout, le corps doit former un T, à ancrer vos pieds au sol de sorte à ne pas avoir ce que l'on appelle des gestes parasites, c'est-à-dire toutes les attitudes qui vont un peu troubler l'attention du jury", précise Charles Haroche. Il faut éviter par exemple de bouger d'un pied à l'autre, se croiser les bras, se passer la main dans les cheveux, toucher ses bagues etc. 

"Vous pouvez aussi demander l'avis de vos amis, de vos parents ou de vos proches, ils sauront vous aider à trouver les gestes que vous devez gommer pour le jour de l'oral"

Répétez puis reposez-vous

Il faut travailler le texte, reprendre son sujet et répéter, non pas dans un souci de récitation comme s'il s'agissait d'une poésie à l'école primaire mais en réfléchissant à la manière dont on va le dire en se posant toujours cette même question : "est-ce que je parle de telle sorte à être compris et est-ce que je vais être convaincant ?" propose Charles Haroche.

Il ne faut pas avoir honte d'accepter une certaine part d'anxiété et de trac avant l'examen, c'est tout à fait normal, ça vient avec le talent et ça veut dire aussi que vous accordez de l'importance à votre propos

À deux jours de l'épreuve, il est désormais nécessaire de se reposer pour arriver en forme. "Évitez ce piège qui consisterait à apprendre tout le temps, reposez-vous aussi, aménagez-vous des temps de repos pour éviter d'avoir un trou noir le jour J", explique l'orateur, habitué à préparer des discours. 

Extérioriser son stress en faisant du sport ou des exercices de respiration est aussi essentiel. "Certains font des échauffements spécifiques où ils crient avant une épreuve, une plaidoirie, ou un grand concert", commente Charles Haroche. Donc soufflez, mais en tout cas une chose est sûre : "si vous avez peur de parler en public, c'est parfaitement normal, ça se soigne ! "