Plusieurs syndicats de l'Éducation nationale appelaient à la grève ce jeudi, notamment pour protester contre les suppressions de postes et la réforme du bac et du lycée. Une réforme qui nourrit les craintes des enseignants jusque dans les plus prestigieux lycées parisiens.

Le cortège parisien a réuni plusieurs centaines de personnes
Le cortège parisien a réuni plusieurs centaines de personnes © Maxppp / Julien Mattia

"On travaille dans des conditions terribles". Dans la bouche d'une professeur du lycée parisien Henri IV, cette phrase a de quoi choquer, ou prêter à sourire.

Et pourtant, à en croire Florence, professeure d'espagnol dans le prestigieux établissement, personne n'est épargné par les suppressions de postes dans l'Éducation nationale. Elle était dans la manifestation de ce jeudi, qui a réuni plusieurs centaines de personnes à Paris, plusieurs milliers dans toute la France. Ils protestaient contre les réformes du lycée et de Parcoursup, demander l'arrêt des suppressions de postes, et réclamaient une augmentation des salaires. Selon le ministère, un peu moins de 8% des enseignants du secondaire (collèges et lycées) se sont mis en grève en cette journée de mobilisation, contre un peu moins de 14% lors de celle de novembre dernier. 

"Comme tous les lycées perdent des heures en France, y compris à Paris, il n'y a pas de raison qu'Henri IV n'en perde pas", explique-t-elle, "alors qu'on a des classes surchargées". 

On travaille avec 40 élèves par classe, il faut le savoir, y compris en cours de langues. On travaille dans des conditions terribles !" 

Tous les établissements craignent d'être pénalisés par la réforme du lycée 

Bien sûr, concède Florence, ses élèves ont un bon niveau, mais elle ne voit pas comment il sera possible d'enseigner correctement avec une dotation horaire diminuée. "Il n'y a déjà quasiment pas de classes allégées ou de groupes de langue à effectifs réduits", poursuit-elle.

Autre motif d'inquiétude, la réforme du lycée et, suivant, celle du bac, qui entre en vigueur dès la rentrée prochaine pour les élèves de première. Si jusqu'à présent, ce sont surtout les lycées en milieu rural qui ont manifesté leurs craintes d'être pénalisés par cette mesure, Florence pointe également les conséquences négatives qu'elle aura sur son établissement. "Le lycée Henri IV est LE lycée littéraire par excellence, plus de la moitié des Normaliens en France en sont issus. Une de ses spécialités, ce sont quand même les langues anciennes. Or, si nous aurons bien la spécialité Langues et civilisations de l'Antiquité, celle-ci sera mutualisée avec le Lycée Montaigne, et nos élèves devront aller suivre des cours dans cet autre établissement. Même à Henri IV, cette réforme a des conséquences tout à fait négatives".

Sans compter, dit-elle, les postes qui seront vraisemblablement supprimés : "La dernière professeure arrivée en lettres classiques est très inquiète, car avec cette mutualisation, elle risque d'être victime d'une mesure de carte scolaire. Quant aux professeurs de sciences économiques et sociales, on leur a déjà proposé de changer de métier : ils ont reçu un courrier leur disant que s'ils voulaient changer, c'était peut-être le moment, car il y a une telle réduction d'horaires en SES que, vraisemblablement, un des deux postes va se retrouver en danger. Les professeurs de sciences de la vie et de la terre sont dans le même cas".

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