Philippe Meirieu, est professeur honoraire, chercheur en science de l'éducation et spécialiste de la pédagogie, auteur de "Ce que l'école peut encore pour la démocratie" aux éditions Autrement. Il est l'invité du journal de 13h à la veille des vacances scolaires après deux années chaotiques dans les classes.

Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l'éducation
Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l'éducation © AFP / Eric Dervaux / Hans Lucas

Les vacances scolaires débutent donc après demain mardi, jusqu'au 2 septembre. Pour les écoliers, collégiens ou lycéens, ces vacances s'annoncent donc à l'issue de deux années scolaires chaotiques en raison de la crise du coronavirus. Certains élèves ont pu paraître totalement perdus. Le spécialiste des sciences de l'éducation, Philippe Meirieu, était l'invité du journal de 13h, ce samedi. 

FRANCE INTER : Quel est l'état des enfants et des jeunes à l'issue de cette période compliquée

Philippe Meirieu : Vous avez raison il est temps que les vacances arrivent et qu'on puisse retrouver un équilibre de vie. Nous voyons à travers certaines études que, quand même, beaucoup d'enfants en Ont été sinon traumatisés, du moins bousculés par cette crise sanitaire et par les conditions de la scolarité. Cette année, je pense que pour reprendre l'année prochaine dans de bonnes conditions, il faut qu'ils passent de belles vacances.

C'est quoi des belles vacances ? Ne rien faire en juillet et en août ? Ou au contraire, essayer de rattraper le retard scolaire et garder un pied dans l'éducation ?

C'est un peu difficile. C'est à la fois tout cela. Ce que nous savons aujourd'hui, c'est qu'il y a un lien très fort entre l'équilibre psychique et les apprentissages cognitifs. Quelqu'un qui est en déséquilibre psychique et qui est un peu inquiet, traumatisé, angoissé aura du mal à apprendre. Beaucoup d'enfants sont aujourd'hui en déséquilibre psychique. Ils ont vécu une période un peu traumatique pour eux-mêmes et donc il faut retrouver cet équilibre psychique. Un cadre sécurisé, une ambiance relativement sereine et en même temps, dans cet équilibre psychique, il faut entretenir la curiosité, le désir d'apprendre. Il faut lire, il faut discuter, il faut bricoler. Il faut faire des tas de choses qui permettent d'avoir une activité intellectuelle et une activité cognitive qui soit constructive et positive. 

Le plus difficile, c'est peut être pour les écoliers qui passent du primaire au collège. Est ce que c'est la transition la plus délicate sur laquelle il faut faire le plus d'attention pour les parents ?

Oui, sans aucun doute. C'est la transition qui marque sans doute la rupture la plus forte. Je crois qu'il faut là aussi proposer aux enfants un cadre serein, sécurisé, leur dire que ce n'est pas la même école, mais c'est une école qu'on va continuer quand même avec les mêmes principes et qu'on va l'accueillir en sixième. Les sixièmes sont en général très bien accueillis. Il faut dire à son enfant qu'on va l'accompagner et qu'il aura auprès de lui des adultes qui vont veiller sur lui. Je crois que les enfants ont vraiment besoin de sentir que les adultes veillent sur eux. Ils ont vécu une période où la mort, les masques, tout cela a pu les inquiéter profondément. Nous avons des études qui montrent que ils ont pris du poids, qu'ils ont perdu un certain nombre de facultés cognitives. Ils ont subi cette crise plus que nous ne le pensons, je pense, et ils ont vraiment besoin d'adultes solides et sereins à leurs côtés. 

Il y a une question également importante qui est le décrochage scolaire. Est ce que des retards pourront être rattrapés, selon vous, dans les semaines qui viennent et à partir de la rentrée? 

Oui, il faut relativiser cette question. Bien sûr, il y a des retards, mais d'une part, ces retards ont affecté presque tous les élèves. Les écarts ne se sont pas, il faut l'espérer, grands. Les études semblent montrer le contraire, mais je pense que les professeurs seront attentifs à ce que les écarts soient comblés, à ce qu'il y ait un accueil et un accompagnement personnalisé. Je pense qu' il faudra au cours de l'année prochaine, que nos enfants soient bien accompagnés sur le plan de la scolarité et qu'ils aient une année la plus sereine possible dans des conditions qui soient les plus équilibrées possible. 

Philippe Meirieu, quelles leçons enseignements tirez-vous de ces mois de crise dans les classes? 

Le fait que nous n'avons peut être pas suffisamment anticipé sur la durée que nous avons probablement géré trop au coup par coup pour les enfants, le coup par coup était quelque chose de difficile à vivre. Par rapport à cela, nous avons sans doute besoin, nous autres adultes, que nous soyons parents, que nous soyons administrateurs de l'Education nationale, professeurs, de nous projeter un peu plus loin, de lisser les choses d'une manière un peu plus grande pour éviter de soumettre nos enfants à des à-coups qui les déstabilisant quand même beaucoup.