Les colères se suivent même si les couleurs changent. C'est désormais aux enseignants d'afficher leur mécontentement avec les "stylos rouges". Julie et Jennifer, deux professeures des écoles, racontent à France Inter les raisons de ce mouvement débuté il y a 3 semaines.

La page Facebook des stylos rouges regroupe début janvier plus de 42000 personnes.
La page Facebook des stylos rouges regroupe début janvier plus de 42000 personnes. © capture d'écran facebook stylos rouges

Après les "gilets jaunes", les "stylos rouges"… La couleur est différente mais la colère n'en est pas moins présente pour ces professeurs, enseignants du primaire et du secondaire, qui se sentent eux aussi délaissés. Ils ont lancé un mouvement pour protester notamment contre leur faible pouvoir d’achat, mais aussi contre le manque de reconnaissance dont ils estiment être victimes comme ils l'écrivent sur leur compte Twitter. 

Leur mouvement a démarré au lendemain du discours d’Emmanuel Macron aux "gilets jaunes", le 11 décembre dernier : "Il a parlé à beaucoup de monde. Mais il nous a oubliés" regrette Julie. Et pour cette enseignante d'une classe de CE2-CM2 dans les Yvelines, cet oubli est malheureusement récurrent. L'idée germe à ce moment là d'une mobilisation qui change des modes d'actions habituels. "Notre action nous la menons en parallèle de celle des syndicats", explique Julie.

La jeune femme de 37 ans est aujourd'hui modératrice de la page Facebook "Les Stylos Rouges" qui compte plus de 42 000 membres. Elle se dit solidaire du mouvement des "gilets jaunes" et de "cette France qui souffre et qui ne va pas bien". Pour sa part, après 14 ans d'enseignement, elle vit avec son salaire de 2 000 euros nets. "Bien sûr, la question salariale est importante, mais celle de la reconnaissance l'est tout autant."

"À aucun moment le président ne fait référence à ses propres employés"

"Les voir augmenter... je préférerai plutôt les voir crever", en lisant ce type de commentaires au bas d'un article où l'on parle des enseignants, Jennifer accuse le coup. Pour la jeune femme, elle aussi enseignante et membre des "stylos rouges", c'est une preuve supplémentaire, s'il en fallait une, de la nécessité pour les enseignants d'être soutenus et défendus par leurs hiérarchies et leur ministère.

Pour la jeune femme, le stylo rouge est un bon symbole, "Pour corriger la copie du ministre. Car il y a pas mal de corrections à faire sur ce qui a été mis en place par le ministère. On sort le stylo rouge pour corriger et lui soumettre nos propositions" ajoute la jeune femme.

Payée 1 700 euros, elle a conscience que la revalorisation salariale est importante mais qu'elle ne résoudra pas tout. Ce manque de considération, qu'elle dénonce chez les politiques, elle le constate aussi chez certains parents et dans l'opinion publique où l'enseignant n'a pas toujours une bonne image. Les récentes affaires de violences au sein d'établissements scolaires ont remis cette réalité sur le devant de la scène. 

"Le hashtag #pasdevague (lancé juste après un acte de violence grave d'un élève contre une enseignante) a clairement alimenté notre colère, mais malheureusement il n'y a rien de nouveau dans ces phénomènes de violence. Ce qui a été le véritable déclencheur de notre mouvement, c'est d'entendre le président répondre aux "gilets jaunes" le 10 décembre dernier. Dans ses allocutions, à aucun moment le président ne fait référence à ses propres employés, les fonctionnaires de l'État que nous sommes. On s'est alors dit qu'il était temps de parler."

Redonner un élan aux syndicats

Enseignante depuis 8 ans en Normandie et avant cela en Seine-Saint-Denis, Jennifer a été syndiquée et a conscience de l'utilité des organisations syndicales, notamment face aux politiques. "On ne se substitue pas aux syndicats et ce mouvement n'est pas contre eux". 

L'action qui nous est proposée ce sont souvent des grèves qui donnent trop souvent du grain à moudre à l'opinion publique et qui permettent à l'État de faire des économies... Au final, cela n'a plus vraiment de poids, notamment avec la mise en place du service minimum

"Nous on ne veut pas mettre les syndicats de côté, on veut générer un mouvement qui regroupe tous les enseignants pour redonner un élan aux syndicats. On les soutient et on espère qu'ils nous soutiendront aussi".

Pour le moment les "stylos rouges" sont en pleine consultation sur les actions à venir. Mais ils préviennent d'ores et déjà que s'ils ne sont pas entendus, ils envisagent d'agir concrètement et très rapidement. 

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