Qui connaissait Avenir lycéen avant les enquêtes publiées par Libération et Mediapart ? Cette association de lycéens a pourtant reçu mandat, financement et surtout toute l'attention du ministère de l'Education nationale. Jean-Michel Blanquer est accusé d'avoir influencé, voire donné naissance à ce mouvement.

Jean-michel Blanquer doit répondre face aux accusations de favoritisme à l'égard d'Avenir Lycéen.
Jean-michel Blanquer doit répondre face aux accusations de favoritisme à l'égard d'Avenir Lycéen. © AFP / Ludovic Marin

À qui a profité la création d’Avenir lycéen, ce syndicat né en 2018, et accusé d’avoir gaspillé l’argent public en notes de restaurant et d’hôtellerie? Libération et Mediapart soupçonnent le ministère de l’Education Nationale d’avoir créé cette organisation et de l'avoir dirigé en sous-main, afin de contrer les mouvements contre la réforme du lycée et les blocages des établissements à l’hiver 2018.

Le numéro 2 du ministère de l’Éducation Nationale de l’époque est largement mis en cause dans cette affaire : dans les pages de nos confrères de l'Est Républicain, Jean-Marc Huart, actuel recteur de l’académie de Metz-Nancy, dément toute implication dans la naissance ou le contrôle de cette formation lycéenne. France inter a demandé à des acteurs et témoins de la création d’Avenir lycéen de nous donner leur version des faits.

"Yes ! On a gagné"

Le lien entre le ministère et l’association, Clairanne Dufour le découvre le jour de l’élection de membres d’Avenir lycéen au Conseil supérieur de l’éducation, l’instance où discutent les représentants du monde éducatif. Elle sort téléphoner la bonne nouvelle et croise Jean-Marc Huart, alors numéro 2 de Jean-Michel Blanquer : "Dans les couloirs, il me dit : 'Clairanne, yes ! On a gagné'!. Et cette phrase, je pense qu'elle restera à jamais gravée dans ma tête. Si ça avait été un autre, syndicat, il n'aurait pas dit ça. 

Des syndicats qui ne partageaient pas forcément la politique du ministère, il ne serait pas allé les voir. Il ne leur aurait pas dit : 'On a gagné'

Clairanne devient présidente de l'organisation lycéenne cette année-là. Elle raconte comment, en avril 2019, Maxence Duprez, fondateur d'Avenir lycéen, a été nommé chargé de mission auprès du numéro 2 du ministère, à la Direction générale de l'enseignement scolaire : "Dans les 4 mois qui ont suivi la création d'Avenir lycéen, on a l'un des cofondateurs qui a obtenu un poste de chargé de mission à la Direction générale de l'enseignement scolaire... Ça a été un peu un pion en interne, pour avoir encore plus d'emprise : l'un des cofondateurs, qui co-préside les conseils d'administration, ce n'est pas anodin. Ce n'est pas acceptable et ça montre bien le lien entre les deux structures."

"Pas la même spontanéité que chez les autres syndicats lycéens"

Nathan Monteux, l’un des fondateurs d’Avenir lycéen, rejette quant à lui totalement l’idée d’une influence du ministère : "Ce sont des gens qui sont animés par une volonté de nuire, c'est simplement du mensonge pur et dur. Tous ceux qui disent que c'est le ministère qui aurait organisé la création d'Avenir Lycéen, moi, je n'ai aucun problème à dire : c'est faux."

Claire Guéville se souvient de sa première rencontre avec les élus d’Avenir lycéen. La secrétaire nationale du Snes-fsu en charge des lycées est alors assez surprise : "On a vu arriver ces jeunes qui n'avaient pas du tout les mêmes attitudes, la même spontanéité qu'on pouvait trouver chez d'autres représentants lycéens. On avait très clairement l'impression d'un discours formaté, toujours dans le sens de l'administration."

Dans le sens de l’administration, et donc du ministre de l'Éducation, qui nie pourtant aujourd'hui tout lien d’influence ou de favoritisme.