Avec cette plateforme pour recueillir le plus de témoignages possibles, l'Unapei espère briser les digues qui subsistent entre le handicap et l'école. À la rentrée 2018, sur plus 340 000 enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire, la moitié d’entre eux bénéficiaient d’un accompagnement.

La plateforme vise à recueillir le maximum de témoignages pour rendre compte de la "réalité de terrain".
La plateforme vise à recueillir le maximum de témoignages pour rendre compte de la "réalité de terrain". © AFP / Jean-Sébastien Evrard

Faciliter l’accès des enfants handicapés à l’enseignement. C’est l’objectif d’une plateforme lancée ce vendredi par l’Unapei, association qui défend les intérêts des personnes atteintes d’un handicap mental. Le site internet, marentree.org, a pour but de récolter des témoignages "sur la réalité du parcours éducatif et scolaire" des enfants : il s’agit de "témoigner pour faire connaitre au plus grand nombre la réalité de leurs parcours souvent chaotiques, source d’exclusion et de perte de chance", explique l’association. 

Des témoignages pour avoir une "réalité de terrain"

Si vous connaissez une personne handicapée qui éprouve des difficultés d’intégration à l’école, que vous soyez parent, proche ou personnel éducatif, vous pouvez ainsi décrire sa situation. Des onglets permettent ensuite de trier les témoignages selon le département, la tranche d’âge et le type de scolarisation

Des exemples de témoignages déjà transmis à la plateforme marentree.org.
Des exemples de témoignages déjà transmis à la plateforme marentree.org. / Capture d'écran du site marentree.org

On ne peut pas défendre quelqu'un qu'on n'identifie pas et qu'on ne connaît pas", Sonia Ahehehinnou, porte-parole de l'Unapei

"Ma fille, scolarisée en moyenne section, s'est vue notifiée une AVS - auxiliaire de vie scolaire - sur un temps complet. Et comme l'AVS n'est pas arrivée, ma fille a été déscolarisée : elle n'est plus allée à l'école", témoigne la porte-parole de l'Unapei Sonia Ahehehinnou, interrogée par France Inter. "Il faut essayer que les familles se mobilisent le plus possible, parce qu'on ne peut pas défendre quelqu'un qu'on n’identifie pas et qu'on ne connaît pas."

Chacun est invité à contribuer à la plateforme.
Chacun est invité à contribuer à la plateforme. / Capture d'écran du site marentree.org

Des témoignages publics qui peuvent s’avérer bénéfiques selon Servane Legrand, psychologue clinicienne dans le domaine de la petite enfance : "Ce qui est très utile pour les familles, c’est le fait de pouvoir partager ensemble. Ce qui me semble intéressant dans cette plateforme c’est de pouvoir mutualiser des expériences : le handicap est toujours quelque chose qui surgit _de manière extrêmement brutale et traumatique dans la vie d’une famille._"

La psychologue met néanmoins en garde : "Il serait en revanche dommage _que ce soit uniquement utilisé comme une décharge de mécontentements_, même si effectivement il y a des expériences qui sont tout à fait décourageantes pour les familles, voire qui présentent une certaine violence institutionnelle."

Le handicap surgit de manière extrêmement brutale et traumatique dans la vie d'une famille", Servane Legrand, psychologue clinicienne dans le domaine de la petite enfance

"À chaque rentrée, il y a un certain nombre de parents en difficulté par rapport à la scolarisation de l'enfant", déplore la porte-parole de l'Unapei Sonia Ahehehinnou. "Cette plateforme, c'est justement pour faire ressortir tous ces invisibles là, et pour avoir la vision la plus juste de toutes ces inégalités et avoir une réalité de terrain pour pouvoir la remonter au gouvernement."

Un gros enjeu de politique publique

Au mois de juin, le gouvernement a annoncé la mise en place d’une cellule de réponse à la prise en charge sous 24 heures des dossiers des élèves handicapés. Il a aussi promis l’organisation d’un entretien d’accueil avec la famille, l’enseignant et l’accompagnant dans le mois qui suit la rentrée scolaire. En février, l’Assemblée nationale a elle voté le recrutement des AESH – pour Accompagnants des élèves en situation de handicap – en CDD de 3 ans, renouvelable une fois, avec un CDI au bout de 6 ans.  

De son côté, la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées Sophie Cluzel a affirmé vouloir une "société inclusive", dans laquelle les personnes handicapées ne sont pas cantonnées aux institutions spécialisées. 

"J’ai le sentiment qu’il y a une vraie volonté politique autour de l’inclusion", estime Servane Legrand la psychologue de la petite enfance, non sans un regret : "malheureusement, _j’ai quand même le sentiment que les moyens ne sont pas à la hauteur_." Dans un rapport parlementaire remis en juillet, Sébastien Jumel, député PCF, soulignait que l’inclusion des enfants handicapés en milieu scolaire avançait "à pas lents"

À la rentrée 2018, plus 340 000 enfants handicapés étaient scolarisés en milieu ordinaire, et près de la moitié d’entre eux bénéficiaient d’un accompagnement. 

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