Les pédagogies dites "nouvelles" (bien qu'elles existent depuis plus d'un siècle), type Freinet ou Montessori, encouragent l'autonomie et l'activité de élèves dans l'apprentissage. Chercheurs et enseignants collaborent aujourd'hui pour en évaluer les bénéfices sur le cerveau des enfants.

Enfant jouant avec des blocs de couleur
Enfant jouant avec des blocs de couleur © Getty / d3sign

Les méthodes d'enseignement inventées par Célestin Freinet et Maria Montessori ont pour socle commun de laisser les élèves suivre leur élan naturel face à un panel d’activité… Certains voient dans cette grande liberté laissée aux enfants leur donne une plus grande soif d'apprendre ; d'autres au contraire s'inquiètent d'un éventuel retard dans l'apprentissage des fondamentaux et de la socialisation des enfants. 

Montessori au banc d'essai

Une expérience a été menée dans une école maternelle publique (à lire dans Cerveau & Psycho) française pour mettre la pédagogie Montessori au banc d’essai. Cette expérience a été menée par le chercheur en neuroscience Jérôme Prado (CNRS de Lyon), l'enseignant Alexis Gascher et la doctorante Philippine Courtier. Elle a été réalisée sur 200 élèves de classe maternelle, pendant trois ans, dans un quartier étiqueté difficile (l’école maternelle Ambroise-Croizat de Vaulx-en-Velin, en réseau d'éducation prioritaire)

Sébastien Bohler, rédacteur en chef de la revue Cerveau & Psycho, soulignait à notre antenne au micro d'Ali Rebeihi : "quand on aborde la question de Montessori, il est souvent la question des inégalités de revenus et des origines professionnelles des parents, alors voir ce que ça donne vraiment dans une ZEP, c'était assez essentiel". 

Il précise : "L'impact de l'éducation Montessori versus l'éducation traditionnelle a été testé dans trois domaines :

  • les compétences scolaires : lecture, mathématiques, dénombrement, reconnaissance de symboles...
  • les compétences sociales : les capacités d'interagir avec les autres, de détecter les intentions d'autrui...
  • les fonctions exécutives, c'est-à-dire les fonctions cognitives de haut niveau, qui permettent de planifier, de changer de stratégie, de s'observer en action, de prendre conscience de ce qu'on est en train de faire...

"Les résultat ont été globalement positifs" résume Sébastien Bohler. 

Il détaille :

"Surtout en lecture : les élèves en fin de maternelle ayant suivi l'enseignement Montessori vont beaucoup plus loin que ce que font des élèves normalement. Ils arrivent à lire des phrases entières, ils sont presque au niveau CP sur certains aspects. En mathématiques, il n'y a pas de grosse différence.

Les compétences sociales : ça marche très bien aussi. Ce qui répond à une objection qui est souvent faite : on dit que les élèves ayant suivi un enseignement Montessori sont habitués à faire les choses selon leurs envies donc ils vont être moins tolérants à la frustration, quand on veut leur imposer des règles... En fait non, ça se passe très bien.

Les fonctions exécutives : "plutôt un effet positif aussi"

(lire l'article relatant l'expérience ici pour avoir le détail - attention il est réservé aux abonnés)

Le regard d'un enseignant Freinet devenu neuroscientifique

Olivier Houdé est aujourd'hui directeur du laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant du CNRS ; il a été enseignant Freinet dans sa jeunesse. Le chercheur résume au micro d'Ali Rebeihi : 

Il faut toujours préserver, dans le cerveau de l'enfant qui apprend, la curiosité.

"Il y a beaucoup de travaux d'imageries cérébrales qui montrent les circuits neuronaux de la curiosité et que cette curiosité doit être éveillée (ndlr : un exemple, en anglais, ici). Pour cela, il faut que l'enfant soit dans une situation où il a ENVIE de découvrir quelque chose qu'il ne sait pas déjà. Il ne faut pas que les tâches soient trop faciles mais pas non plus trop difficiles (car cela tue la curiosité). Et puis tâtonner : pour trouver, il faut que l'enfant manipule lui-même. Ce faisant, il va tester des hypothèses, et certaines choses vont marcher (hypothèse validée) d'autres non (hypothèse rejetée). Il y a un mécanisme de correction d'erreur dans le cerveau et c'est ça le tâtonnement expérimental de Freinet".

Cela dit, le chercheur relativise un peu : "lorsqu'on lit dans de grands quotidiens aujourd'hui que les neurosciences découvrent, grâce aux images du cerveau, qu'un enfant peut apprendre à lire avant le CP, personnellement, même si je suis neuroscientifique, je souris parce qu'il y a un siècle, Montessori avait découvert cela par son matériel concret ! Les neurosciences ont beaucoup d'autres choses à nous apporter"

Aller plus loin

ECOUTER Grand bien vous fasse sur les pédagogies alternatives

LIRE le dossier dans Cerveau & Psycho : Pédagogies Montessori, Freinet…: quels bénéfices pour le cerveau des enfants ?

LIRE L’intelligence humaine n’est pas un algorithme d'Olivier Houdé, ou encore, du même auteur L'école du cerveau 

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