Rencontre avec trois jeunes femmes qui choisissent de se reconvertir pour devenir développeuse data et IA. Lisa, Garance et Frédérique sont bien conscientes de l'enjeu de la représentativité des femmes dans le secteur du numérique.

La place des femmes dans les métiers du numérique est minoritaire, de l'ordre de 20 à 30 % selon les secteurs
La place des femmes dans les métiers du numérique est minoritaire, de l'ordre de 20 à 30 % selon les secteurs © Getty / Bloom Productions

Selon les derniers chiffres de l'enquête 2019 Besoins en Main d'Œuvre de Pôle Emploi les métiers de l'informatique se placent à la 5e position dans le classement des métiers les plus recherchés en France, (après les agents d'entretien, aides à domicile, aides-soignants et métiers dans la restauration) avec plus de 46.000 projets d'embauches cette année. 

Cette demande est en croissance et les professionnels signalent déjà une pénurie d'ingénieurs informatiques dans tous les secteurs. D'autres études, montrent parallèlement la faible présence des femmes dans le secteur. Cette manne pour l'emploi échappera-t-elle aux femmes ? 

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Vie connectée - formation pour développeuses data IA

Par Christine Siméone

Selon l'étude GenderScan de 2019 le déclin de la proportion de femmes dans les formations au numérique se poursuit : la rentrée 2017/2018 ne comptait  que 8% de femmes parmi les 21 700 inscrits dans ces spécialisations, soit un point de moins qu’en 2010 ! Conséquence,  la mixité est en panne dans le secteur. Seul un quart des équipes comprennent entre 40 à 60% d’hommes ou de femmes,  alors même qu’avec une performance supérieure de 7% les équipes mixtes font la preuve de leur valeur ajoutée.

Il y a incontestablement des précisions à apporter sur ce que les sont ces métiers du numérique et à quoi ils servent.  Quand on parle numérique, le grand public pense encore souvent informatique. On prononce plus souvent le mot de développeur plutôt que celui de développeuse, et le développeur est encore perçu comme geek, dans le sens négatif du terme, jeune peu sociable, enfermé derrière ses écrans. 

Certains organismes comme Simplon.co, entreprise sociale et solidaire rassemblant un groupe d'experts du numérique, essaient donc de favoriser la formation de ceux qui en sont écartés.
 

"Les femmes peuvent être prises de haut"

Rencontrées sur le campus Microsoft qui accueille la  formation proposée par Simplon.co, Lisa Barthe, Garance Casalis et Frédérique Lachaud, s'orientent vers l'intelligence artificielle alors que leur parcours ne les y aurait pas menées naturellement.  On ne leur a pas demandé de diplôme en particulier, simplement une appétence certaine pour le code, les mathématiques et les statistiques. Après une remise à niveau si besoin, elle suivent des cours pendant plusieurs mois avant d'entrer en contrat de professionnalisation. 

Garance Casalis, sur le campus Microsoft dans le cadre d'une formation Simplo.co pour devenir developpeuse Data IA
Garance Casalis, sur le campus Microsoft dans le cadre d'une formation Simplo.co pour devenir developpeuse Data IA / Microsoft

Garance Casalis, 25 ans, se voit bien "chef de projet pour montrer une IA  en France ou à l'étranger pourquoi pas". Ses connaissances en linguistique et en traitement automatique du langage l'ont convaincu de tenter se rapprochement avec l'IA. Elle note que parfois les femmes "peuvent être prise de haut dans ce milieu, le numérique tu ne peux pas comprendre nous dit-on, comme si la technique n'était pas accessible aux femmes. Alors qu'on peut être très compétentes sur ce type de métier. C'est aussi cela qui m'a poussée dans cette voie. Moi je dis développeuse quand je me présente, c'est important de féminiser le nom". 

Lisa Barthe suit la formation Simplon.co sur le campus Microsoft Issy-les-Moulineaux
Lisa Barthe suit la formation Simplon.co sur le campus Microsoft Issy-les-Moulineaux © Radio France / CS

"La présence des femmes apportera une pluralité de pensées dans les équipes"

Lisa Barthe,  27 ans, est d'abord devenue photographe notamment sur les tournages audiovisuels. Elle s'est ensuite orientée vers la sociologie, la philosophie, l'économie et l'anthropologie, et met à profit son savoir en matière d'analyses de données pour devenir développeuse. Si au lycée, elle a été plutôt poussée à suivre des études en philosophie, elle se rend compte, qu'elle se plait parfaitement dans le monde des mathématiques. 

"Bizarrement dans mon parcours, j'étais bonne en maths en seconde, et pas du tout en terminale. Je me suis rendue compte qu'en on m'avait fait croire le contraire." Aujourd'hui elle fait le tri dans ce qui lui plaît ou non, et estime que les femmes ont quelque chose à apporter : "La présence des femmes apportera une autre vision du monde et une autre façon de travailler, plus de pluralité de pensées,  c'est donc important que les femmes soient plus présentes".

Frédérique Lachaud, se reconvertit dans les datas et l'IA
Frédérique Lachaud, se reconvertit dans les datas et l'IA © Radio France / CS

Frédérique Lachaud, rebondit sur cette idée : "C'est vrai que nous sommes attendues sur ces métiers spécifiques, et quand on rencontre des patrons on nous demande quel plus nous apporterions aux équipes". Frédérique a 34 ans. C'est une littéraire qui a pris goût au code par le pur hasard des rencontres. Après un double master en droit international, son passage dans le service clientèle d'une start up l'a convaincu de franchir le pas vers une reconversion.

"Ces métiers sont ouvertes à tous types de femmes" 

En septembre elles seront en contrat de professionnalisation.  Pour Laurence Lafont,  directrice marketing et développement chez Microsoft, "l'IA s’installe dans nos vies et ce n'est pas que pour des bac +5, chacun peut y accéder, développer des compétences et s'ouvrir à de nouveaux métiers. Aujourd'hui par exemple on a des algorithmes qui détectent des problèmes de dyslexie chez les enfants ; ça a nécessité de l'entrainement et du travail sur la donnée. L'aide au diagnostic, l'analyse de radio, s'appuie sur des ia, qui peuvent faire parler les données. On peut aussi avoir besoin de développeuse pour le design d'une application. On a besoin de sociologues par exemple et de tous ceux qui connaissent le fonctionnement du cerveau humain." . Et Laurence Lafont conclut : 

Le chantier est immense pour l'ensemble de la société. les femmes doivent prendre confiance, les hommes employeurs doivent s'ouvrir à cette diversité, car elle amènera beaucoup de créativité. Ça n'avance pas assez vite, il y a un gros travail à faire dès le primaire, pour que les jeunes filles restent ouvertes à ces métiers. Il faut leur montrer des rôles modèles, ces métiers sont ouvertes à tous types de femmes. 

Toujours selon l'étude GenderScan 2019, ce sont les diplômes spécialisés qui permettent aujourd’hui aux femmes d’exercer des fonctions techniques et  d’accéder aussi vite que les hommes, à des postes à responsabilités. 

Les patrons du secteur semblent avoir fait un pas en renforçant récemment la mixité des équipes,  les dispositifs d’accompagnement pour la gestion de carrière. 

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