Une étude menée avec des élèves de CE1 à Vichy et Riom avant et après le confinement révèle les conséquences du confinement, sur les capacités physiques et intellectuelles. Des enfants ont pris jusqu’à cinq kilos.

L'étude a été menée dans l’Allier et le Puy-de-Dôme auprès de 90 enfants de 7 et 8 ans.
L'étude a été menée dans l’Allier et le Puy-de-Dôme auprès de 90 enfants de 7 et 8 ans. © AFP / Myriam Tirler / Hans Lucas

C’est une nouvelle alerte sur l’état de santé des plus jeunes, plus d’un an après la fin du premier confinement. Une nouvelle étude, pas encore publiée, révèle les probables conséquences sur les capacités physiques et intellectuelles des enfants. Et les résultats sont édifiants. L’expérience a été menée auprès de 90 élèves de CE1 de l'Allier dans une école de Riom et une école en zone d’éducation prioritaire de Vichy. 

Comparaison entre deux groupes d’élèves

L’étude a commencé en septembre 2019, bien avant l’épidémie de Covid-19. Quatre vélos-bureaux sont installés dans les classes. Les élèves pédalent en même temps qu’ils suivent le cours et s'y installent chacun leur tour deux fois par jour, pendant toute l’année. L’annonce du confinement interrompt l’expérience, qui touchait à sa fin. D’autres tests permettent d’évaluer les enfants et leurs capacités. Finalement, Martine Duclos, chef du service de médecine du sport au CHU Clermont-Ferrand, à la tête de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité (Onaps), décide de mener l’étude avec de nouveaux élèves de CE1 à la rentrée 2020. La différence : les enfants évalués ont vécu un confinement strict.

Une baisse de 40% des capacités cognitives 

"Ces résultats, on ne s’attendait pas à les avoir" témoigne la professeure Martine Duclos. L’un des tests de condition physique les plus significatifs est celui dit de la navette. Il faut courir le plus vite possible de manière répétée entre deux plots, et de plus en plus vite, avec un signal sonore. Après le confinement, ces enfants de 7 et 8 ans n’atteignaient même pas le premier plot avant le "bip". "Ils étaient complétement essoufflés" se souvient Martine Duclos.

Autre test : celui des capacités cognitives. Elles ont diminué de 40% en un an. Sur un ordinateur, les enfants doivent relier le chiffre 1 à la lettre A, le chiffre 2 à la lettre B etc. Il y a un temps limite. Avant le confinement, en 2019, tous les enfants ont réalisé le test sans soucis, dans le temps imparti, qu’ils soient en zone REP ou non. "Après le confinement, plus de la moitié n’a pas été capable de faire le test dans le temps limite. Ce n’est pas normal" résume Martine Duclos. Elle en tire une analyse : 

Il y a une corrélation entre les capacités en endurance et cognitive. Ce n'est pas le seule cause. Avec le confinement, il y a eu une diminution des stimulations intellectuelles, de l'interactivité entre les enfants. Il y a d'autres phénomènes avec le confinement qui explique qu'il y a eu une diminution des capacités cognitives.

Ces expériences démontrent une augmentation de la masse corporelle (appelé IMC, c’est-à-dire le poids divisé par la taille au carré) de 1 à 2 points en moyenne, soit deux à trois kilos de plus. Certains élèves ont pris jusqu’à cinq kilos. "On savait que ce serait moins bon, mais à ce niveau-là, on n’imaginait pas qu’il y aurait une telle diminution des performances. Tout est diminué à un tel niveau. C’est impressionnant" déplore la cheffe du service de médecine du sport au CHU Clermont-Ferrand

Dans une étude publiée en novembre dernier, l'Agence nationale de sécurité sanitaire alertait sur le temps passé par les jeunes devant des écrans (plus de deux heures par jour) conjugué à une trop faible activité sportive (moins d’une heure quotidienne). D’après l’Anses, deux tiers des adolescents présentent un niveau de sédentarité et d'inactivité physique dangereux pour leur santé. Avant l'épidémie de Covid-19 déjà, seulement 13% des adolescents de 11 à 17 ans avaient une activité physique quotidienne, soit une heure, comme le préconise l'Organisation mondiale de la santé.