Le gouvernement veut lancer en 2020 un "parcours 1000 jours", pour guider les futurs parents dès le quatrième mois de grossesse et jusqu'aux deux ans de l'enfant. Avec un postulat de départ : les Français manquent encore d'informations.

Plusieurs pathologies peuvent être évitées dès le quatrième mois de grossesse, avec un suivi adéquat
Plusieurs pathologies peuvent être évitées dès le quatrième mois de grossesse, avec un suivi adéquat © Maxppp / Olivier Pirot

"Afin de lutter contre les inégalités de destin, nous voulons surinvestir cette période où beaucoup se joue", déclarait mardi 12 septembre le secrétaire d'État à la protection de l'enfance, Adrien Taquet. L'an prochain, le gouvernement doit lancer le "parcours 1000 jours", un panel de conseils et de services à destination des futurs parents, dès le quatrième mois de grossesse et jusqu'aux deux ans de l'enfant.

Les idées reçues ont la peau dure

Ce "parcours 1000 jours" se justifie, selon le gouvernement, par un problème : le manque d'informations de nombreux Français autour de la grossesse. Alexandra Benachi, cheffe de service gynécologie-obstétrique à l'hôpital Antoine-Béclère, à Clamart, va travailler avec le gouvernement sur l'élaboration de ce parcours. Aujourd'hui, faute de mieux, "_beaucoup de patientes vont chercher des informations sur Internet_", explique-t-elle.

"La transmission orale, en famille, joue un rôle très important aussi. Mais il faut lutter contre les idées toutes faites qui, malheureusement, n'ont plus cours aujourd'hui. Prenez la phrase 'Il faut manger pour deux pendant la grossesse' : on l'a tous entendue, or ce n'est pas du tout vrai, au contraire, il faut faire attention à ne pas prendre trop de poids." Le "parcours 1000 jours" devrait permettre de pallier à cette désinformation, en fournissant des conseils accessibles à toutes, et établis sur la base d'un consensus scientifique.

"Seules 30 % des femmes bénéficient d'un contrôle au quatrième mois de grossesse."

Il existe déjà des dispositifs, tels que l'entretien du quatrième mois, pour détecter les éventuels dangers auxquels s'exposerait la mère. Mais ces mesures ne couvrent pas toutes les femmes : "Seules 30 % des patientes enceintes y ont accès", explique le docteur. "Certaines maternités n'ont pas assez de moyens, parfois les patientes ne viennent pas..." Le "parcours 1000 jours" devrait ainsi proposer une généralisation de ce type de rendez-vous.

Le bien-être de la mère, élément primordial mais encore méconnu

À grands renforts de campagnes de prévention, les dangers de la cigarette et de l'alcool pendant la grossesse sont désormais connus. Pour autant, d'autres facteurs de risque persistent, et ce dès le début de la grossesse, explique le Dr Benachi. "Tout se joue in utero, et beaucoup de problèmes peuvent être évités avec une bonne prise en charge de la grossesse. On sait que la programmation de pathologies comme le diabète, l'obésité, certaines maladies cardiovasculaires et allergies, se fait dès les 1000 premiers jours de l'enfant. On le sait, mais il faut le répéter."

Et au-delà de l'aspect purement médical, d'autres facteurs sont aussi essentiels, souligne Alexandra Benachi : "Le bien-être et le confort de la mère jouent un rôle majeur que l'on a beaucoup sous-estimé. Tout est lié, de plus en plus d'études montrent que le mode de vie et la nutrition sont indissociables du bien-être lors du développement de l'enfant."

"Si une patiente mange correctement, mais qu'elle est très déprimée, cela va retentir sur son enfant, la façon dont la grossesse sera vécue, et sur les premiers jours du bébé."

D'où sort ce concept du "parcours 1000 jours" ?

Peu connu, le concept des "1000 premiers jours de l'enfant" existe pourtant depuis plusieurs années, et se fonde sur un rapport publié par la très sérieuse OMS. "Mais le concept n'est pas encore bien passé dans les équipes médicales", regrette le Dr Benachi. "L'idée de ce concept, c'est de prendre le problème dans sa globalité, et de ne pas dissocier ce qui relève purement du médical-scientifique de tout ce qui est psychique, psychologique. Les 1000 jours, ce n'est pas nouveau, mais ça reste encore assez méconnu dans le monde soignant."

Un comité réunissant une vingtaine d'experts doit être prochainement mis en place, pour définir le contenu du "parcours 1000 jours". En parallèle, le secrétaire d'État Adrien Taquet entame un "tour de France" pour rencontrer, selon le ministère, 1000 parents dont l'avis permettra de construire le "parcours".

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