Avec la fermeture de tous les établissements scolaires "jusqu'à nouvel ordre" en raison du coronavirus, l'enseignement va désormais être dispensé à distance pour les douze millions d'élèves que compte l'Hexagone. Mode d'emploi.

Mails, espaces intranet, plateforme "Ma classe à la maison" : plusieurs outils sont à la disposition des enseignants
Mails, espaces intranet, plateforme "Ma classe à la maison" : plusieurs outils sont à la disposition des enseignants © Maxppp / Est Républicain

Coronavirus oblige, "la période qui s'ouvre n'est pas une période où les enfants ne doivent pas travailler, au contraire. Simplement les modalités évoluent", a insisté le ministre de l'Éducation Jean-Michel Blanquer. "D'une manière ou d'une autre, il y aura une session du baccalauréat, à une date ou à une autre", a-t-il même affirmé dimanche alors que la fermeture de tous les lieux publics et magasins non essentiels avaient été décrétés.

Afin d'assurer "la continuité pédagogique", et alors que tous les établissements scolaires seront fermés à compter de lundi jusqu'à nouvel ordre pour contenir l'épidémie de coronavirus, un enseignement à distance va être assuré pour les élèves, de la maternelle au lycée. Explications.

À quoi cela va ressembler ?

Plusieurs outils sont à la disposition des enseignants. Il faut savoir que, dans les collèges et les lycées, des plateformes intranet propres à chaque établissement sont déjà généralisées. Ces "espaces numériques de travail" permettent aux professeurs d'échanger des cours, des messages, des exercices, avec leurs élèves. Ils sont en revanche peu répandus dans le primaire. 

Mais la "colonne vertébrale" de cet enseignement à distance, a expliqué Jean-Michel Blanquer ce vendredi sur France Inter, c'est une plateforme en ligne développée par le CNED. Baptisée "Ma classe à la maison", elle a déjà été expérimentée par les élèves d'établissements français à l'étranger (notamment en Chine), ainsi que dans les académies déjà concernées par des fermetures. 

Concrètement, l'interface comprend deux volets : une partie comporte des ressources pédagogiques, qui correspondent au programme scolaire de chaque niveau, avec des exercices en téléchargement, des activités en ligne, des séquences de cours, etc. Pour l'école primaire par exemple, l'enfant aura accès à un cahier de bord, avec des activités à chaque fois étalées sur une semaine. Il aura aussi à sa disposition des livres numériques interactifs. 

Les élèves du secondaire, eux, auront des activités réparties par journée de travail, leur permettant d'étudier plusieurs disciplines. Les activités interactives leur donnent une totale autonomie. Concernant le contrôle continu pour les classes de premières,  la deuxième période qui s'ouvre ces jours-ci, a été étendue jusqu'au mois de juin.

Le seconde partie consiste en des classes virtuelles, où professeur et élèves interagissent par écran interposé. L'élève peut ainsi compléter un tableau en direct, lever le doigt, poser une question, etc.

Selon l'Éducation nationale, la plateforme "Ma classe à la maison" peut désormais supporter 15 millions de connexions simultanées.

Enfin, dernière solution, simple et basique : les enseignants pourront également communiquer avec leurs élèves par mail. Les enseignants devraient ce vendredi récupérer les adresses mail de toutes les familles pour pouvoir contacter les élèves à partir de lundi.

Comment me connecter ?

Dans les prochaines heures, a expliqué Jean-Michel Blanquer, chaque parent d'élève va recevoir un mail "personnalisé", comportant une adresse internet permettant de se connecter à la classe virtuelle de la plateforme "Ma classe à la maison". Un mode d'emploi sera également mis à la disposition des familles. Par ailleurs, "beaucoup recevront un coup téléphone dans les prochains jours. L’objectif est de s’assurer de ce qui se passe pour chaque élève", a expliqué le ministre de l'Éducation.

La plateforme est accessible via un ordinateur, une tablette ou un smartphone.

Comment cela va se passer au quotidien ?

Le but n'est pas que les enfants passent leur journée devant un écran, a souligné Jean-Michel Blanquer. Les temps de travail varieront donc selon l'âge des enfants. "Des choses seront données sous forme papier. Il y aura des consignes pour faire des choses à certains moments devant l’écran et à d’autres moment en autonomie", a précisé le ministre. Les parents disposeront donc de recommandations. Quant aux enseignants, certains viendront au sein de l'établissement et d'autres travailleront de chez eux.

"Dans un événement négatif, il y a toujours du positif", a martelé le ministre de l'Éducation. "Si nous sommes solidaires et mobilisés, nous pouvons créer de nouvelles modalités de travail, de nouvelles convergences parents/professeurs autour de l’enfant."

Quelles difficultés cela pose ?

Comme le note le syndicat SNUIPP-FSU, le dispositif suppose d'avoir un équipement informatique, une connexion internet, un espace de travail propice à la concentration de l'enfant. Or environ 5% des élèves n'ont pas d'équipement informatique à la maison. "Ce matin, des professeurs ont créé des adresses mail avec les élèves, mais quand on ne peut pas se connecter, c'est un peu compliqué...", explique sur France Inter Lysiane Gervais, proviseure dans l'Académie de Bordeaux et secrétaire nationale du SNPDEN.

À ces élèves, Jean-Michel Blanquer a promis un accompagnement. "Notre but c'est qu'aucun élève ne reste au bord du chemin", a-t-il répété.

Cela pose aussi la question de l'accès aux outils informatiques des enseignants eux-mêmes. Selon une enquête publiée en 2018 par la Depp, le service statistique du ministère de l'Éducation nationale, 57% des enseignants disposaient d'équipements informatiques suffisants dans leurs établissements. Et 53% d'entre eux déclaraient utiliser le numérique quotidiennement dans leur enseignement. Il reste donc une grande proportion de professeurs qui ne sont pas familiarisés avec ces pratiques.

Autre interrogation : le rôle des parents. Faut-il avoir un bac 5 pour réexpliquer le cours de mathématiques à son enfant de seconde ? Bien sûr, les enseignants seront disponibles pour répondre aux questions. Mais rien ne remplace un cours en présentiel. Et les parents vont devoir suivre davantage le travail des enfants. Or c'est source d'inégalités :  en France, les devoirs à la maison sont plus marqués socialement que dans les autres pays de l’OCDE. Plus la période sera longue, plus les familles en difficulté seront pénalisées.

Enfin, le SNUIPP-FSU déplore que, sur la plateforme "Ma classe à la maison", aucune consigne "ne soit disponible sous forme orale ou dans d’autres langues pour les parents non lecteurs"

Jean-Michel Blanquer espère "le retour à la normale à la fin des vacances de printemps, après le mois d'avril". "On observe l'évolution de l'épidémie, c'est pourquoi je communiquerai vers les professeurs, les professionnels et vers les familles, très régulièrement pour rendre compte", a précisé le ministre de l'Éducation.

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