À la veille de la rentrée scolaire, l'épidémiologiste et membre du conseil scientifique ne cache pas son inquiétude, même si la circulation du variant Delta est actuellement à un point d'équilibre.

Arnaud Fontanet
Arnaud Fontanet © Radio France

Jour J pour la rentrée des enseignants, avant celle des élèves ce jeudi. C'est la deuxième rentrée sous le signe du Covid, et en métropole, la quatrième vague est moins puissante. On ne serait plus très loin d'un retour à "une vie proche de la normale" selon le professeur Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. Mais le virus risque-t-il de circuler à nouveau à la faveur des grandes retrouvailles à l'école ? C'est ce que redoute l'épidémiologiste de l'Institut Pasteur et membre du conseil scientifique, Arnaud Fontanet.

FRANCE INTER : Est-ce que vous craignez une circulation forte du virus dans les établissements scolaires ?

ARNAUD FONTANET : "La rentrée scolaire fait partie de nos préoccupations. L'excellente nouvelle c'est que 60 à 70% des 12-17 ans sont vaccinés à la rentrée. Personne ne s'y attendait donc c'est vraiment parmi les points positifs. Mais le fait que chez les moins de 12 ans (qui ne sont pas éligibles à la vaccination) se trouve la plus grande partie de la population susceptible à l'infection entraîne que le virus va circuler dans les écoles. Il va donc falloir mettre tout en œuvre pour limiter au maximum les transmissions. On a su faire fonctionner les écoles l'année dernière, il faut faire la même chose cette année avec toutes les mesures de distance physique, port du masque, et surtout l'aération des locaux. Et puis, il faudra aussi mettre en place une surveillance pour savoir ce qui se passe réellement dans les établissements."

Est-ce que le pic de la quatrième vague est derrière nous ? 

"Je serais un petit peu prudent. Je pense qu'effectivement il y a des signes de stabilisation, voire d'amélioration de la situation épidémique. On se rend compte que le nombre de contaminations est redescendu autour de 20 000 cas par jour, les hospitalisations sur les admissions sont de l'ordre de 800 à 1 000 par jour. C'est dû d'une part aux mesures qui ont été prises pour contrôler la circulation du virus, et d'autre part à la protection qui a été apportée par la campagne de vaccination qui a bien marché cet été. Cet état d'équilibre est satisfaisant. Mais il faudrait que les données continuent de descendre parce que 1 000 hospitalisations par jour, ce n'est pas négligeable. 

Les jours et semaines qui viennent vont être assez déterminants. Il va y avoir des éléments perturbateurs : les rentrées scolaires, universitaires, et professionnelles. On s'attend à ce que cela puisse rompre cet équilibre. Mais avec au moins 80% de la population qui est immunisée, que ce soit par l'infection naturelle ou par vaccination, on est dans une situation où il est plus facile de répondre à des poussées épidémiques et de stabiliser les chiffres sans être obligé d'aller vers des mesures aussi dures que celles qu'on a connues dans le passé, comme les couvre-feu ou les confinements."

Faudrait-il par exemple rendre à nouveau obligatoire le port du masque dans certains lieux clos, comme les cinémas et les discothèques ?

"Dans la dernière note du conseil scientifique, nous avons insisté sur le fait qu'il fallait considérer malheureusement qu'avec le variant Delta, des mesures de protection type masques devraient être utilisées en lieu clos pour les personnes vaccinées parce qu'on ne peut pas garantir leur protection et surtout la protection de leur entourage. Il est vrai que l'on pouvait espérer avec les variants précédents et un taux de couverture vaccinale élevé permettre aux personnes vaccinées de tomber le masque. Et puis, on s'est rendu compte avec le variant Delta que l'efficacité du vaccin contre l'infection n'est pas aussi élevée que ce qu'elle avait été contre les autres. 

Avec le Delta, vous avez une activation très rapide et des charges virales plus élevées qui font que quand vous avez été vacciné, votre système immunitaire, qui a besoin de 2-3 jours pour fabriquer à nouveau des anticorps, est pris de court. On n'arrive pas à prévenir l'infection, même si on peut prévenir les formes graves de la maladie. Quand vous êtes vacciné, vous diminuez quand même d'au moins 60% votre risque d'être infecté et vous diminuez encore de 50 % votre risque de transmettre à quelqu'un d'autre, il est donc important de se protéger avec le masque pour protéger ainsi votre entourage."