La chronobiologiste Claire Leconte raconte à France Inter l'Histoire et les raisons des horaires scolaires actuels. Du temps de l'école rythmée par les prière au XVIe siècle, au temps des rythmes scolaires d’aujourd’hui, à chaque fois le grand oublié reste l'enfant.

Contrairement aux idées reçues, tous les adolescents ne sont pas des couche-tard.
Contrairement aux idées reçues, tous les adolescents ne sont pas des couche-tard. © AFP / FRED DUFOUR

La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse évoque ce lundi l'idée de déplacer l'horaire du début de cours des lycéens franciliens de 8 à 9 heures, afin de mieux respecter le sommeil des adolescents.

Une idée qui plait à la chronobiologiste Claire Leconte, qui travaille depuis de nombreuses années sur la question du rythme de l'enfant et de la psychologie de l'éducation. 

Cette question du rythme biologique de l'enfant est, comme elle l'explique à France Inter, "une préoccupation récente des professionnels de l'éducation et du personnel politique". Mais au XVIe siècle, lorsque les premiers lycées ont accueilli leurs premiers élèves, les ecclésiastiques qui leur faisaient cours ne s'en souciaient guère.

Rythme scolaire, une préoccupation récente

La vie éducative des jeunes élèves était rythmée par les prières, une toutes les trois heures. Bien souvent, leur journée débutait à 7 heures (avec les matines) pour se terminer vers 19 heures (avec les vêpres). 

Ce n'est qu'avec l'entrée en vigueur des lois Guizot sur la scolarisation en 1833 que l'école tente de s'organiser différemment. Ce texte législatif contraint toutes les communes de plus de 500 habitants à scolariser les garçons (mais pas encore les filles). La question de leurs horaires et de leur temps de présence est importante pour les familles de paysans, qui ont souvent besoin de leur enfant pour travailler dans les champs au gré des saisons. L'année suivante, en 1834, un texte du conseil royal fixe le temps de travail des écoliers à 30 heures et cinq jours par semaine.

C'est aussi au XIXe siècle que l'Académie de médecine commence à s’intéresser aux rythmes des enfants, même si la chronobiologie n’existe pas encore. 

Le jeudi et le dimanche sont alors des jours que l'on consacre à la religion. Il faudra attendre 1969 pour que le samedi après-midi de classe soit supprimé. Les élèves perdent par ailleurs trois heures de cours, passant de 30 à 27 heures. Puis en 1972, on remplace le jeudi par le mercredi, qui devient le jour de coupure pour les écoliers. 

Le temps passé à l'école a fortement diminué

Le temps passé à l'école est très fortement diminué. "Entre Jules Ferry et aujourd'hui, on est passé de 1280 heures à 864 heures, avec un programme malgré tout très chargé", rappelle Claire Leconte. 

On ne se préoccupe véritablement du rythme biologique des enfants qu'à partir des années 50. Aux États-Unis, à cette époque, sont menées les premières expériences sur le sujet.

La psychothérapeute a depuis suivi de nombreux travaux sur le sujet et lors des nombreuses conférences qu’elle donne aux parents et aux enseignants, elle rappelle qu’il est avant tout fondamental de s’interroger sur la question du sommeil.

"Ce qui manque aux parents et aux enfants, c'est une bonne connaissance de leur sommeil" : Claire Leconte évoque trois catégories, petits, moyens et gros dormeurs. 

"Les parents pensent que l'enfant s’adapte à tout, mais c'est faux", insiste la thérapeute. Il est par exemple important de laisser, tant que faire ce peu, l’enfant se réveiller naturellement. "Entre 3 et 10 ans, un enfant a le même sommeil. Puis arrivé à 11, 12 ans, deux changements primordiaux se produisent. Le premier est le retard de phase physiologique." Autrement dit, pour le pré-ado ou l'ado, toutes les horloges se déplacent d'une heure.

"L'autre élément fondamental est la typologie : matinalité, vespéralité. Il faut donc déterminer avec votre enfant s'il est dormeur du matin ou du soir." D’une manière générale, Claire Leconte milite pour retarder l'heure d'entrée au lycée, pour éviter dans tous les cas de réveiller les enfants trop tôt, car en faisant cela d’après elle, "on coupe le dernier cycle de sommeil".

Des lieux de repos pour les lycéens

Même si la conférencière met les parents et éducateurs en garde: "tous les adolescents ne sont pas des couche-tard et certains sont même des lève-tôt."

Pour elle, l’essentiel pour l'enfant est d’apprendre à se connaitre, "le signe qu'il est temps de se coucher, c'est la sensation de froid. Une fois ce moment repéré, il faut s'habituer à stopper tous les écrans une heure avant cet horaire de coucher, auquel on s'habituera."

"Pas d'écran dans la chambre et le moins d'électronique possible", prône Claire Leconte. 

Bien se connaitre comme dormeur est une chose, mais face à son rythme propre, le lycéen doit faire avec celui du lycée. "Je milite activement pour que les enfants puissent avoir un moment de relaxation, de repos, à la pause déjeuner. Mais encore faut-il qu'un lieu adapté existe". Pourtant, sans cette sieste ou au moins cette pause, la scientifique estime que le lycéen cumule trop de fatigue. "Du temps à perdre, ils en ont besoin", assure-t-elle. "Il faut savoir par ailleurs que pour eux, se réveiller tôt est plus perturbant que de se coucher tard."

Lors de ses rencontres avec des proviseurs et dans les établissements scolaires, elle propose donc de créer des lieux de repos pour les lycéens et de retarder leur entrée en cours à 9 heures. "Ils pourraient ensuite travailler jusqu'à 13 heures et ne reprendre qu'à 14h30 pour terminer à 18 heures." Une proposition qui n’arrange pas tout le monde du côté des parents et des professeurs. Mais Claire Leconte insiste : "plus on aménagera la vie des élèves, mieux ils travailleront. Les élèves devraient être au centre des intérêts".

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