C’est LA réforme dont le ministre de l’Éducation est le plus fier : le dédoublement des classes de CP et CE1 en éducation prioritaire. Le ministère vient de livrer un premier bilan de la mesure, globablement positif, un an et demi après son entrée en vigueur. Mais quand on gratte un peu, tout n'est pas aussi rose.

Avec des effectifs réduits, les élèves progressent plus vite, et les enseignants sont remotivés
Avec des effectifs réduits, les élèves progressent plus vite, et les enseignants sont remotivés © Maxppp / Guillaume Bonnefont

À Soissons, dans l'Aisne, l'école du Tour de la Ville accueille à la fois des CP et des CE1 dédoublés. Dans la classe de Fatima et de ses camarades, il y a de la place. Beaucoup de place : 13 élèves seulement la composent. "C'est bien quand on n'est pas nombreux, c'est calme et on n'énerve pas la maîtresse", témoigne l'écolière. 

En effet, le calme, c'est ce qui marque d'emblée. Après le CP l'an dernier, ces élèves de CE1 vivent leur deuxième année en classe dédoublée, avec des résultats flagrants selon Carole, l'institutrice. "J'ai l'exemple de la leçon sur l'addition à retenue", raconte-t-elle, "je suis allée beaucoup plus vite cette année. J'étais en avance de deux ou trois mois, et les trois-quarts de la classe étaient prêts".

Des élèves qui progressent et des enseignants remotivés

Selon les statistiques du ministère, c'est surtout pour les élèves les plus en retard que la mesure, qui concerne aujourd'hui 190 000 élèves de CP et CE1 (ils seront 300 000 à la rentrée 2019), a un impact. Dans les classes de CP dédoublées, la proportion d'élèves en très grande difficulté est en recul de 8% en français, et de 12,5% en mathématiques. La baisse est assez sensible, même si on aurait pu s'attendre à des chiffres plus importants, au regard des moyens déployés et de l'attente politique autour de cette mesure. Le ministère estime pour sa part que ces résultats sont très encourageants, dans les fourchettes internationales.

Pour que ça fonctionne encore mieux, il faudra continuer d'adapter la pédagogie selon Fabienne Rosenwald, la directrice de l'évaluation au ministère de l'Éducation nationale : "Quand on a que 12 élèves, les enseignants peuvent imaginer beaucoup plus de différenciation, de personnalisation, on pourrait sûrement avoir de meilleurs résultats".

Un constat que partage Carole, l'institutrice : moins d'élèves, c'est surtout plus d'attention pour chacun d'entre eux : "Ça permet de cerner immédiatement la problématique de l'enfant, ses difficultés, et cela permet de faire aussi de faire des remédiations plus rapidement qu'avec une classe classique à 26 ou 30 élèves".

Des difficultés plus vite repérés, des progrès plus rapides, et un véritable bénéfice pour les enseignantes à en croire le directeur, Philippe Culem. Les dédoublements ont remotivé les troupes dans cette école : "C'est flagrant ! Elles sont beaucoup plus en recherche d'innovations pédagogiques par rapport aux années précédentes. Il y a une motivation qui est totalement différente, puisqu'elles sentent que tous les enfants sont en situation de réussite. Elles essaient de trouver du matériel pour le bien-être des élèves, beaucoup plus qu'elles ne le faisaient précédemment".

Selon les chiffres du ministère, qui a interrogé les enseignants concernés, 82% d'entre eux constatent une meilleure dynamique de classe avec les dédoublements. 98% disent mieux identifier les besoins des élèves dans les CP à 12.

Des classes dédoublées, ce sont des classes qui ferment ailleurs selon un syndicat

Le bilan est donc clairement positif pour ces enseignants, mais les dédoublements sont un peu l'arbre qui cache la forêt depuis un an et demi, selon le constat que dresse Héléna Sampaio. Cette représentante locale du SNUIPP (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC), premier syndicat de l'enseignement primaire, alerte sur le fait que les autres écoles du département, hors éducation prioritaire, ont bien souffert. "Ces dédoublements ont nécessité 64 postes", détaille-t-elle, "qui ont été pris sur un dispositif existant, Plus de maîtres que de classes, qui bénéficiait à toutes les classes. Il y a eu également beaucoup de fermetures en milieu rural. Par exemple, l'école du village de Pommiers a une moyenne de 28 élèves par classe, avec des triple niveaux".

Pour le SNUIPP, il n'y a pas eu assez de postes créés. Le syndicat maintient que pour procéder à ces dédoublements, dans l'Aisne comme ailleurs, on a déshabillé Paul pour habiller Jacques.

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