L'un des deux membres du groupe Air a publié vendredi un nouvel album solo, "Concrete and glass". Inspiré de grandes œuvres architecturales, il a été conçu dans le cadre d'un projet du plasticien Xavier Veilhan. Découverte avec Nicolas Godin de ce nouvel album sur lequel il a invité de nombreux artistes.

Nicolas Godin, ici sur scène avec le groupe Air
Nicolas Godin, ici sur scène avec le groupe Air © AFP / Noam Galai / GETTY IMAGES NORTH AMERICA /

FRANCE INTER : Quand avez-vous commencé à penser à ce nouveau disque ?

NICOLAS GODIN : L'artiste Xavier Veilhan m'avait contacté pour collaborer avec lui, sur la musique d'une série d'expositions sur l'architecture. Ça a duré à peu près un an, un an et demi. C'est là que j'ai commencé à penser au disque en me disant, tiens, j'ai toutes ces mélodies, tous ces accords... Est-ce qu'il y moyen d'en faire un disque ? Je m'y suis mis... J'ai essayé de transformer ces morceaux en chansons, mais je n'y arrivais pas. Ça a duré un an. J'ai ensuite rencontré Pierre Rousseau, qui m'a aidé : on a tout refait une troisième fois. On a un peu transformé les morceaux en chansons, et c'est ainsi que le disque est né. 

Au départ, il y avait pourtant un cahier des charges assez précis, des morceaux pour rendre hommage à une architecture, ou à un architecte. 

Pour chaque morceau, Xavier avait choisi plusieurs maisons dans l'histoire de l'architecture moderniste et a décidé d'exposer dans chacune d'entre elles. Il m'a demandé si j'avais une idée musicale pour illustrer l'exposition, la maison, l'expérience qu'on a de pénétrer dans ce bâtiment et d'appréhender ses œuvres.

Pour le disque, il a fallu trahir cette idée, la faire évoluer ?

Il a fallu raccourcir les morceaux, qui étaient conçus pour accompagner des expositions qui duraient des journées entières. Ou certains titres issus de performances que j'ai faites sur place, comme l'église de Claude Parent. Mais en fait, à partir du moment où les mélodies et les harmonies étaient présentes, j'ai tenté d'oublier le contexte de chaque maison et de me concentrer sur la musique. Ça s'est fait un peu à la manière d'un cadavre exquis : chaque maison a donné naissance à une mélodie ; une fois la mélodie trouvée je cherchais un arrangement... Et par ricochet, je suis arrivé aux morceaux de l'album.

Quel rapport entretenez-vous avec l'architecture ? 

Les deux sont liés. Déjà, ils sont liés chez moi parce que mon père était architecte. J'ai grandi dans cette ambiance de l'agence, des dessins, des maquettes. Et puis, je viens d'une famille de musiciens. Musique et architecture ont toujours été liés chez moi. J'ai pu, enfant, arpenter les jardins de Versailles, voir le travail de perspective de Le Nôtre, avoir des notions de spatialisation, de lignes droites, de points de fuite. Autant de choses que j'essaie de mettre dans ma musique.

C'est ce que vous avez toujours fait, y compris du temps de Air...

Oui, j'ai toujours pensé mes morceaux comme des choses concrètes. Le fait que j'utilise des synthétiseurs analogiques, de fabriquer moi-même les sons au lieu d'utiliser des sonorités toutes faites. Et sur ordinateur, la musique crée des sortes de formes : quand tout est enregistré, on a une espèce d'image qui peut, en un sens, ressembler à un bâtiment, avec des blocs qui s'empilent les uns sur les autres. 

Sur les différentes chansons de l'album interviennent de nombreux artistes avec qui vous avez collaboré. Comment l'enregistrement s'est-il passé avec ces gens ? Vous avez travaillé à distance ?

J'ai fait les morceaux dans une petite cabine de 9 mètres carrés ! Je voulais retrouver le goût du home studio. J'ai commencé la musique dans ma chambre, avec un sampler, un petit magnéto quatre pistes - que j'ai ressorti ces jours-ci, avec toutes mes cassettes de 89, 87, 88 pour numériser tous mes vieux morceaux d'adolescent. Après, avec les gens venus du monde entier, on s'est croisés un peu partout. On a travaillé petit à petit, il y avait des bouts de couplets qui ont été faits à un endroit, des refrains qui ont été faits à un autre, des textes qui ont été écrits quelque part et qui ont été chantés ailleurs. C'était le monde moderne, c'est sympa !

Ça vous arrive, parfois, qu'une mélodie forte vous tombe dessus, s'impose à vous ? 

Oui. C'est fou comme phénomène. Je ne suis pas un très grand compositeur, mais du coup, parfois, j'entends des mélodies, vraiment toutes connes, que tu ne trouves pas géniales... Et finalement, les gens les trouvent géniales, c'est super bizarre. On est toujours aimé pour ce qu'on ne voudrait pas, en fait. Même quand on fait les concerts avec Air, quand je joue des morceaux tout simples, tout bêtes. Les gens adorent et j'essaie de placer des morceaux qui me tiennent à cœur et je vois que les réactions sont plus faibles de la part du public... 

Ce nouveau disque, allez-vous le défendre sur scène ? 

Oui, alors même que ce n'est pas évident, car comme je ne suis pas chanteur, j'ai du mal à être sur scène. Pour l'instant, nous avons suffisamment répété pour jouer une quarantaine de minutes ; il faut qu'on travaille encore pour jouer une heure. Suivant les villes où je serai en concert, j'espère que certains invités du disque viendront chanter (...). Mais il n'y aura pas d'ordinateur sur scène : ce n'est pas dans ma nature de jouer sur un ordinateur sur scène. Je ne critique pas le fait de faire ça, pour les jeunes artistes qui le font aujourd'hui, mais moi, je suis de la vieille école ! 

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