"Comment est-il possible qu’un individu qui payait si peu de mine se retrouve à faire des choses aussi horribles ?" C’est ce qu’a pensé au lendemain des attentats Marc Trévidic, l’un des juges d’instruction qui avait mis en examen, trois ans auparavant, le premier terroriste mort au Bataclan. Son père, lui, n’a toujours pas réussi à comprendre ce qui avait fait basculer Samy Amimour, qui « ne manquait de rien », et que ses parents emmenaient à la fête de l’Huma. Un autre tireur du Bataclan, Foued Mohamed-Aggad, était en 2013 sous l’influence d’un des plus gros « recruteurs » français, habile à convaincre des jeunes qui cherchent leur place que le djihad est la meilleure voie. Certains ont choisi de la suivre, sans même ouvrir le Coran.

Les trois hommes qui ont commis un carnage au Bataclan sont nés en France. 

Samy Amimour et Omar Mostefai ont grandi en banlieue parisienne, Foued Mohamed-Aggad, le plus jeune, à Wissembourg en Alsace. Des familles plutôt modestes. Des familles musulmanes mais pour deux d’entre elles, peu ou pas pratiquante au moment où leurs fils se radicalisent.

Quand je me penche sur leur parcours et que je lis les témoignages de leurs proches, je me dis qu’avant de partir en Syrie, ils ressemblaient à beaucoup de garçons qui cherchent leur voie.

Les deux premiers, peu diplômés, alternent des périodes de chômage et des contrats courts.  Samy Amimour, a eu son bac, section littéraire, il s’est inscrit en fac de droit mais il n’y est pas resté longtemps. 

Deux ans avant les attentats, il a 25 ans, il habite chez ses parents. Il était déjà connu de l’anti-terrorisme depuis un premier projet de djihad, pour avoir voulu partir au Yemen ou en Afghanistan. 

J’ai commencé par demander au juge Marc Trévidic, l’un des magistrats qui s’étaient occupé de ce dossier, s’il se souvenait de Samy Amimour:

"Après ce qui s’est passé le 13 novembre, on repense à l’individu en question et on se dit : 

Comment est-il possible que quelqu’un qui payait si peu de mine, lui et ses deux acolytes, qui ne semblaient pas être dans les plus dangereux quoi qu’on puisse dire, se retrouvent à faire des choses aussi horribles ? 

Et puis la réponse elle est dans, un peu plus d’un an d’Etat islamique, en Syrie, ça transforme un homme très certainement. C’était pas le même au retour qu’au départ."

Téléchargez tous les épisodes de cette série sur l’application Radio France, disponible sur iOS et Android, ou via le fil RSS.

13 novembre, l'enquête

  • Réalisation : Fanny Bohuon 
  • Mixage : Vincent Godard et Jean-Philippe Jeanne
  • Musique : « Hivernelle » par Yakie 

Bibliographie

Aller + loin