En 2013, les trois futurs terroristes du Bataclan prennent la route de la Syrie, cette nouvelle terre sainte que leur a vendue la propagande djihadiste. Ils vont rejoindre un groupe encore peu connu, l’Etat islamique en Irak et au Levant, qui retient en otage une vingtaine d’Occidentaux. Parmi eux, le journaliste Nicolas Hénin, qui couvrait la guerre civile syrienne, notamment pour Radiofrance. Il a été enlevé à Raqqa le 9 juin 2013, « le jour du divorce », comme il nous l’explique, entre deux groupes djihadistes attirés par le chaos syrien, et désormais rivaux. Les jeunes recrues sont plongées dans cette guerre fratricide. Dès leur arrivée, les apprentis djihadistes doivent faire un choix : accepter de mourir au combat, ou dans une mission-suicide.

En 2013, les trois futurs terroristes du Bataclan prennent la route de la Syrie, cette nouvelle terre sainte que leur a vendue la propagande djihadiste.

Que vont-ils trouver là-bas ?

Depuis 2011, le pays est plongé dans une guerre civile atroce. La rébellion est composée d’une mosaïque de groupes armés. En France on connait alors surtout l’Armée syrienne libre, la branche modérée de l’opposition, mais sur le terrain, elle est petit à petit supplantée par des groupes islamistes radicaux, et en particulier, par des djihadistes venus d’Irak. Ils forment la branche locale de l’organisation terroriste Al-Qaida, elle a été créée après l’intervention des Etats-Unis en Irak. 

Ces djihadistes sont affaiblis par dix ans de guerre contre l’armée américaine, mais ils vont profiter du chaos dans le pays voisin pour se relancer. En Syrie, début 2013, ces différents groupes combattent encore ensemble le régime de Bachar El-Assad, mais cela ne va pas durer.

"En juin 2013 je me rends à Raqqa, c’est mon cinquième séjour en Syrie depuis le début de la révolution syrienne, et Raqqa est la première capitale de province à tomber et à être perdue par le régime de Bachar El-Assad.

Nicolas Hénin couvre alors la guerre civile syrienne, pour Radio France.

"Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment les groupes d’opposition réussissent à gérer un centre administratif, et en l’occurrence les groupes d’opposition qui sont présents, c’est une coalition. Une coalition qui regroupe à la fois des groupes modérés, séculaires, de l’Armée syrienne libre, des groupes islamistes, des groupes djihadistes, et parmi eux le Jabbat Al-Nosra, qui est à l’époque la filiale d’Al Qaida en Syrie, mais qui est en train de vivre une crise, puisque en son sein, ceux qui vont créer l’EIIL, Daech, l’Etat islamique en Irak et au Levant, sont en train de se séparer. Et en fait, moi, je suis capturé le jour du divorce. J’étais allé voir, avec Pierre Torres, un groupe de militants politiques, pour les droits humains qui s’appelle Haqquna et puis à un moment parce qu’il faisait très chaud je décide d’aller à la petite épicerie qui était à côté pour acheter des boissons pour Pierre et moi, et quand je sors de cette épicerie y a une voiture qui pile, quatre hommes en armes à l’intérieur qui me sautent dessus, et m’enlèvent :

en l’espace de quelques secondes je me retrouve attaché couvert à l’arrière de cette voiture entre deux djihadiste masqués et armés.

L’Etat islamique en Irak et au Levant plante son drapeau noir sur le palais du gouverneur de Raqqa. Les militants démocrates d’Haqquna sont écartés, des opposants exécutés en public, des églises chrétiennes profanées.

A l’été 2013, les otages sont rassemblés à Alep, à environ une heure et demie de route de la frontière turque. C’est aussi dans cette zone qu’affluent des centaines de jeunes Européens candidats au djihad. 

Parmi eux, les trois Français qui deux ans plus tard vont commettre un massacre au Bataclan. 

Deux sont arrivés en septembre. Le dernier, Foued Mohamed-Aggad, arrive avec ses amis de Strasbourg un peu avant Noël. La veille, le 18 décembre, c’est Romain qui a débarqué. Ce converti suisse de 29 ans va nous aider à comprendre comment se passe l’intégration des recrues au sein du groupe Etat islamique. (...) Quand les recrues sont amenées pour dormir dans une grande maison, une madafa, une maison d’hôte, là, il réalise qu’il a un choix à faire:

"En arrivant à la Madafa on a dû choisir, l’étage du haut ou l’étage du bas. Les étages du haut nous laissaient la possibilité de mourir en combattants, alors que l’étage du bas était destiné à ceux qui voulaient se faire exploser, en faisant un attentat suicide. Il n’y avait aucune solution où il était prévu que nous survivions. 

Si vous voulez le suicide étant interdit dans l’islam, ils nous font comprendre que oui on peut mourir en martyr, en se rendant utile à la population et du coup être jugé en allant au paradis selon leur promesse.

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13 novembre, l'enquête

  • Réalisation : Céline Illa
  • Mixage : Vincent Godard 
  • Musique : « Hivernelle » par Yakie  

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