Au début de l’année 2014, un groupe de combattants français et belges joue les fossoyeurs dans la région d’Alep, et se filme avec un téléphone portable, devant des têtes fraîchement coupées. Le reporter indépendant Etienne Huver récupère les vidéos auprès de sympathisants de l’Armée syrienne libre et identifie le propriétaire du téléphone : il s’agit du jeune Abdelhamid Abaaoud, qui reviendra mitrailler les terrasses parisiennes. Quatre des dix hommes envoyés le 13 novembre à Paris ont appartenu à cette « brigade des immigrés », qui s’est rendue coupable d’exactions.

"Etienne Huver : Là on a le quotidien des combattants francophones au moment où ils sont arrivés en 2014 dans cette zone. Voilà, on les voit pas combattre, mais on voit des images extrêmement choquantes et extrêmement violentes, de cadavres.

Sara Ghibaudo : Et là ils ont une tête coupée à leurs pieds ?

Etienne Huver

Ils ont une tête coupée à leurs pieds, et ils vont shooter dedans, voilà, c’est-à-dire qu’il n’y a plus aucun tabou.

Parmi ces djihadistes qui n’ont plus aucun tabou, il y a quatre hommes qui, le 13 novembre 2015, viendront semer la terreur à Paris et à Saint-Denis. Ils font partie de la brigade des immigrés, qui s’est installée en  au Nord d’Alep, avec une vingtaine de Français et de Belges. 

Son chef, le syrien Abou Al-Athir, est parfois surnommé « l’émir des Belges ». Il est à la tête d’un groupe rebelle important, et il a prêté allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi. Le chef de l’Etat islamique en Irak et au Levant veut profiter de la guerre civile pour s’étendre en Syrie. Il va s’appuyer sur ces djihadistes étrangers.

Parmi eux, Abdelhamid Abaaoud, l’homme qui le 13 Novembre viendra mitrailler les terrasses parisiennes, le tireur qui portait des baskets orange. 

On est en février 2014, le groupe Etat islamique, qui s’est illustré par sa violence et son sectarisme, est chassé de l’Ouest syrien par les autres rebelles. Etienne Huver décide de sauter sur l’occasion pour aller voir les zones libérées. (...)

"On peut pas imaginer à l’époque que des combattants français ou francophones soient partis dans cette zone-là et aient commis ces exactions, et c’est ce qui pour nous est déterminant quand on décide de ramener les images c’est qu’on se dit ces, ces gamins sont en train de commettre, d’une certaine manière des crimes de guerre, il faut le raconter aussi en France, et c’est pour ça aussi que les Syriens nous ont donné ces images-là, y en a qui nous ont dit mais, les combattants francophones ils nous tuent nous, les musulmans ici en Syrie, donc faut que vous le disiez en France pour que ça s’arrête parce que c’est pas possible quoi."

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13 novembre, l'enquête

  • Réalisation : Céline Illa et Fanny Bohuon
  • Mixage : Maxime Ingrand 
  • Musique : « Hivernelle » par Yakie  

Références

Les vidéos tirées du téléphone d'Abaaoud ont été en partie diffusée par BFM, "Le quotidien de djihadistes français en Syrie", 27 mars 2014, Etienne Huver, Guillaume Lhotellier avec Etienne Broquet et Myriam Alma.

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