En 2015, la « cellule opex », chargées des opérations extérieures, de l’organisation terroriste, tourne à plein régime. A Raqqa, Abdelhamid Abaaoud recrute et entraîne les volontaires. « C’était un peu, qui est candidat pour aller faire des attentats contre ces kouffars de Français ? Il y en a plein qui levaient le bras !» résume le juge Marc Trévidic. Pour les services de renseignement français, Abaaoud devient l’homme à abattre, mais ils n’arrivent pas à le localiser : « pour tout le monde, il était encore en Syrie » résume le journaliste de Médiapart Matthieu Suc. Les services anti-terroristes sont en alerte rouge, mais pour le procureur fédéral de Belgique, Frédéric Van Leuw, les informations recueillies sont encore trop parcellaires: « on parlait de quatre pays différents, on ne donnait pas de cible exacte, on ne savait pas qui c’était, c’était chercher une aiguille dans une botte de foin ».

Nous arrivons maintenant au printemps 2015. Le groupe Etat islamique se lance dans l’organisation d’attentats à l’échelle industrielle. 

A Raqqa, « c’était une véritable usine » rapporte un revenant en garde à vue à Levallois-Perret, au siège de la DGSI le renseignement intérieur. Reda Hame est un jeune technicien en informatique. Il déclare qu’il a été recruté par Abdelhamid Abaaoud, le Belge qui se filmait avec des cadavres et qui s’est échappé après l’attentat déjoué de Verviers. Abaaoud lui aurait demandé : “Imagine un concert de rock dans un pays européen, si on te passe de quoi t’armer, est-ce que tu serais prêt à tirer dans la foule ?” 

Le suspect est mis en examen par le juge d’instruction Marc Trévidic

"En fait Abaaoud cherchait des volontaires pour faire des attentats en Belgique et en France, et euh, grosso modo, bah, il arrivait devant les nouvelles recrues, il voyait un peu qui était Français, qui avait un passeport belge ou français, et puis c’était un peu, « qui est candidat pour aller faire des attentats contre ces kouffars de Français ? Et puis, en a plein qui levaient le bras… là il choisissait selon le profil, et il faisait un entraînement spécial pour ces gens-là. 

Sara Ghibaudo : Et après ? 

Trévidic : Bah il savait que l’objectif devait être un concert de rock, mais il n’avait pas de détails du tout. Il devait être contacté sur une boîte mail dédiée, avec une clé de cryptage, par Abaaoud pour avoir la suite, avoir les consignes exactes, récupérer les armes, etc. On l’a arrêté entre-temps, mais ceci-dit il a donné beaucoup d’informations,  il a indiqué comme beaucoup d’ailleurs qu’il avait renoncé lui, il en avait profité pour rentrer mais il ne voulait pas du tout faire un attentat, ce qui est vrai ou pas j’en sais strictement rien, ça c’est, c’est une histoire difficile à appréhender."

Matthieu Suc est journaliste à Médiapart, il a consacré un livre aux services secrets de l’Etat islamique, Les espions de la terreur. Il a étudié le fonctionnement de la cellule des opérations extérieures. (...) Au printemps 2015, d’après un djihadiste, l’organisation terroriste aurait tenu une réunion pour planifier de nouvelles attaques. Elle voit les choses en grand, et comme l’explique Matthieu Suc, elle a retenu une date:

"Moi j’ai eu des témoignages de djihadistes allemands, qui étaient dans l’Amniyat, et qui expliquaient comment cela a pu se passer, et comment ceux qui étaient au bureau des opex avaient l’œil rivé sur des calendriers. Sur le 13 novembre y a le match France-Allemagne, je suis pas sûr que les djihadistes, se disaient qu’ils allaient réussir à tuer François Hollande, par contre si vous commettez un attentat, à 200 mètres, dans l’enceinte du stade, sous le nez du président de la République de la France, il y a une portée symbolique qui est très forte.

Le bureau des opex avait cherché à frapper plusieurs fois la France courant 2015, des attentats qui ont échoué, et au printemps ils vont réfléchir, et décider là de changer de méthode, de plus avoir recours à des gens qui étaient déjà sur site, mais projeter un commando pour commettre une tuerie, et il est même vraisemblable que cet attentat n’était pas seulement celui qu’on a malheureusement connu, mais qu’il devait même frapper d’autres capitales européennes, Amsterdam c’est quasiment sûr, mais il est très vraisemblable que Londres aurait dû être frappée à peu près en même temps, ou un peu plus tard"

L’EI voulait frapper un grand coup pour sidérer le monde entier, l’attentat multi-sites en Europe !

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13 novembre, l'enquête 

  • Réalisation : Anne-Sophie Ladonne
  • Mixage : Basile Beaucaire
  • Musique : « Hivernelle » par Yakie  

Références

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