Après le 13 novembre s’engage une enquête judiciaire d’une ampleur inédite. Abdelhamid Abaaoud, l’homme aux baskets orange, est abattu par le Raid à Saint-Denis, mais combien de revenants a-t-il envoyés en Europe, qui n’ont pas été découverts ? Salah Abdeslam, lui reste longtemps introuvable : « il est vu partout, sur une plage nudiste jusque dans les Ardennes » se souvient le procureur fédéral Frédéric Van Leuw. Quand il est finalement arrêté, les derniers complices, qui préparaient peut-être un attentat contre l’Euro 2016 de football, informent leur commanditaire en Syrie qu’ils changent de plan. Le 22 mars, trois hommes se font exploser à l’aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek. Deux autres semblent avoir renoncé au dernier moment, comme Salah Abdeslam à Paris. « Qu’il parle ! » demande Jean Reinhart, avocat de plusieurs parties civiles, qui a perdu son neveu au Bataclan et qui espère que le procès pourra éclaircir quelques unes des dernières zones d’ombre.

Le 12 novembre 2015, en milieu d’après-midi, trois voitures parties de Bruxelles et de Charleroi s’engagent sur l’autoroute, direction Paris. « C’est trois voitures qui se suivent, c’est le convoi de la mort » raconte l’un des passagers.

Les futurs tireurs du Bataclan, Samy Amimour, Omar Mostefai, et Foued Mohamed-Aggad ouvrent la route avec Bilal Hadfi, le dernier kamikaze du stade de france. 

Dans la voiture du milieu, trois amis de Molenbeek roulent en fumant et en écoutant des chants religieux : Salah Abdeslam, le seul qui n’est pas allé en Syrie, son frère Brahim et leur ami Mohamed Abrini. Tous les deux ont fait un court séjour au sein du groupe Etat islamique.

Abdelhamid Abaaoud, le chef du commando, ferme le ban, avec Chakib Akrouh, un autre Belge, et les deux Irakiens, premiers à se faire exploser à Saint-Denis. A l’arrière, ils ont les armes et les explosifs.

Les attentats sont prévus le lendemain, « tous ces gars-là vont mourir » relate Mohamed Abrini.

Tous sauf quatre. A commencer par lui. Après quelques heures dans la planque réservée près de Paris, Mohamed Abrini appelle un taxi. Il est plus de minuit, il négocie un retour à Bruxelles pour 450 euros.

Le 13 Novembre, après le parcours meurtrier des terrasses, Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh disparaissent, à pied, vers 22H30. Au même moment, Salah Abdeslam appelle des amis à l’aide pour qu’ils viennent le récupérer. 

Cette nuit-là, des milliers de personnes cherchent leurs proches. Jean Reinhart, avocat réputé, partage cette angoisse: son neveu Valentin, 26 ans, était au Bataclan avec sa compagne Eva.

"On remue ciel et terre toute la nuit, on se téléphone beaucoup, on s’échange énormément, on s’inquiète encore plus. Tombe assez rapidement dans la nuit une première information que Eva est blessée, qu’elle est à l’hôpital. Je passe des dizaines d’appels, à tout va, auprès de tous pour essayer d’avoir des renseignements et je m’aperçois que c’est le chaos le plus total. 4H, 5H du matin, 6H, on envoie les uns et les autres dans les hôpitaux avec les photos, ce qui a été fait par beaucoup d’autres personnes, 

et à 9H et demie du matin ou 10H moins le quart, je reçois le coup de fil douloureux. 

Pff la suite c’est des petits gestes, des grandes douleurs, des embrassades, et cette détermination forte de se dire mais, comment tout cela a pu se passer, est-ce qu’on a produit ces monstres ? Et puis avec ce sentiment très difficile à vivre de dire, donc je ne le reverrai pas."

Pour aider à retrouver les terroristes, la police lance un appel à témoins. Elle va recevoir près de 17 000 coups de téléphone, la plupart sans intérêt, jusqu’au dimanche 15 novembre. Sonia, une mère de famille de Seine-Saint-Denis, affirme avoir vu Abdelhamid Abaaoud. La magistrate Camille Hennetier, à l’époque chef de la section anti-terroriste du parquet de Paris, est alertée.

"On est informés à 17h par la SDAT de ce que effectivement une jeune femme a appelé le numéro 197, et a livré des informations qui paraissent immédiatement assez crédibles. Il y a une surprise évidemment de savoir qu’il se cache en France, et ça va être confirmé par les surveillances par la suite assez rapidement. Alors pas avec certitude parce qu’il se trouve qu’il a changé. Abaaoud c’est quelqu’un dont nous parlent beaucoup les autorités belges depuis 2014 et il est considéré comme quelqu’un d’extrêmement dangereux. Donc oui, c’est une information capitale et on est tous sous le choc de cette information."

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13 novembre, l'enquête 

  • Réalisation : Anne- Sophie Ladonne et Céline Illa
  • Mixage : Julien Michel
  • Musique : « Hivernelle » par Yakie  

Références

  • Sonia, Claire Andrieux, Témoin, éditions Robert Laffont, novembre 2016.

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